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Commission d'enquête relative à l'influence des mouvements à caractère sectaire et aux conséquences de leurs pratiques sur la santé physique et morale des mineurs
 


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Retour aux auditions

Mardi 13 septembre 2006 à 14 h 30

Audition de : Madame Charline Delporte, présidente de l’ADFI – Nord-Pas de Calais.

Extraits

Intervention compléte

Extraits essentiels

 

 

Georges FENECH :

Mes chers collègues, l’audition est reprise.

Nous accueillons Madame Charline DELPORTE, présidente de l’Association de Défense des Familles et de l’Individus, l’ADFI du nord Pas de Calais.

Je vous remercie Mme DELPORTE d’avoir répondu à notre invitation. Je vous rappelle d’abord qu’au terme de l’article 142 du règlement de notre assemblée, la commission pourra citer dans son rapport tout ou partie du compte rendu qui lui sera fait. Ce  compte rendu vous sera préalablement communiqué, les observations que vous pourriez faire seront soumises à la commission.

Je vous rappelle également les dispositions du code pénal relatives à la violation du secret professionnel, sauf en matière de sévices et en matière de privation de soins et des atteintes sexuelles.

Cette même ordonnance exige des personnes auditionnées qu’elles prêtent serment de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Je vais donc vous demander de lever la main droite et de dire je le jure.

« Je le jure »

Georges Fenech :

« Merci ». Je rappelle également à l’attention de la presse les dispositions de l’article 39 quinquies de la loi du 29 juillet 1881. Madame la présidente, je vous donne la parole pour un exposé préliminaire et ensuite nous vous poserons des questions. Vous avez la parole.

Charline Delporte :

Merci.

Donc je suis depuis maintenant depuis presque 10 ans, je dirais même 10 ans, la présidente régionale de l’ADFI Nord Pas de Calais-Picardie. C’est à ce titre que je me présente devant vous pour venir d’abord présenter notre association qui est un centre d’accueil, de prévention, d’informations et nous accueillons les familles victimes de sectes et les sortants de sectes.

Je vais bien sûre vous parler de ce que je vis sur le terrain. Je ne suis pas une conférencière professionnelle, ni une professionnelle. Je laisse ça à d’autres personnes que moi ; je vais venir vous réciter ce que nous vivons.

Mais avant cela, je voudrais grandement vous remercier au nom de notre association et de tous nos adhérents et des victimes de… des sectes. D’abord  parce que cette commission a lieu. Contrairement à ce qu’on peut lire chez les gens d’en face, et bien cette commission est importante pour nous, importante pour nos enfants, pour ces adolescents qui sont et qui le sont devenus, esclaves, comme ces adultes victimes, je dirais, de ces mouvements sectaires totalitaires.

Je vais également essayer, mais ça va être moins facile, n’en déplaise aux gens d’en face, de ne pas être et d’être prudente dans mes paroles car je pense qu’aujourd’hui, et bien, je ne compte plus mes assignations et encore moins mes jugements. Alors je pourrais bientôt tapisser une de mes chambres avec les somations interpellatives ou les rendus de jugement.

Voilà. Donc je voulais le dire, merci beaucoup Messieurs, Mesdames, de vous…, de vous atteler à ce … à ce dur fléau que sont … ces sectes et ces leaders sectaires. Egalement donc ça va être un plan ; j’ai fait un plan vous savez je n’ai pas, je dirais … je vais d’abord présenter cette association, qu’est-ce qu’on y fait sur le terrain.

La situation personnelle m’ayant conduite, mais en deux secondes parce que … mon cas personnel n’est pas vraiment intéressant.

La secte, qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que, comment peut-on être manipulé, être séduit, comment  peut-on, je dirais, perdre cet esprit critique et vite, vite, très vite, les conséquences bien sûr sur l’enfant, puisque c’est ça dont on va parler, et des propositions que l’ADFI vient vous demander. Alors voilà.

L’ADFI c’est quoi, et bien l’ADFI c’est un centre d’accueil, je l’ai dit, de documentation et nous recevons ces familles. Elle a été créée il y a trente ans par Lid OVIGNEUR qui avait sa nièce qui est entrée dans un mouvement hyper chouette et sympathique, c’était la secte Moon. Mais il y a trente ans, on ne connaissait pas ou peu les sectes.

Ma situation,  pourquoi j’ai adhéré à cette association il y a 16 ans, oh vous savez, j’avais pas envie de faire du bénévolat à 43 ans, parce que je travaillais, je … je  vendais des fromages pour être claire ; donc vous voyez, Maroile, (fromage spécialité de Lille - NdT) et du Vieux Lille » (bruit de bavardages…)

Fenech :

« Ne vous laissez pas distraire par Jean Pierre BRARD madame DELPORTE »

Delporte :

« Mais je suis toujours ravie de parler de fromage. Il y a même certaines sectes qui m’appellent la crémière. C’est vrai que je vendais de la bonne crème fraîche et pas de la crème pourrie. Vous voyez je suis déjà en train de déraper, excusez-moi. »

Fenech :

« Poursuivez, poursuivez, ne vous laissez pas perturber»

Delporte :

« il y a 16 ans nous avons été conduits à aller dans cette association parce que notre fille aînée est entrée dans…, a adhéré à un mouvement sectaire totalitaire. Et naturellement, désemparés, mon mari et moi, on a donc trouvé une adresse, l’ADFI de Lille et là, on a été écouté, on a été entendu, on n’a pas été jugé, parce que c’est très difficile  de raconter un récit familiale, une souffrance, sans comprendre ce qui arrive à l’être cher. Et au bout de deux heures de conversation, ou bien sûre notre … la présidente de l’ADFI à l’époque nous a dit et bien votre fille est adepte d’un mouvement sectaire.

Et là on s’est dit mais qu’est ce que c’est qu’une secte, qu’est ce que c’est ce truc. Et à ce moment là bien sûr, ce choix à ce moment là a été fait. Quelques temps après, j’adhérais à l’ADFI. Donc il y a 16 ans que je suis à l’ADFI et je ne regrette rien bien sûr. Mais c’est une autre vie, naturellement.

Alors la secte qu’est-ce que c’est ? La manipulation mentale, bien sûr, certainement  que vous avez beaucoup appris et vous savez ce que c’est mais … sur le terrain et pour l’ADFI, qu’est ce qu’une secte ?

Et bien la secte est un groupe où l’on trouve toujours les mêmes ingrédients ayant une finalité : la pratique de la pensée unique. C'est-à-dire qu’il  y a un leader, il y a un groupe et  il y a d’abord, bien sûr, d’abord, ensuite la doctrine et le groupe. Ce leader, je dirais, est un homme, une femme, un groupe de personnes qui a inventé, je dirais, un cocktail de quelque chose.

Alors là aussi je voudrais bien préciser que je ne suis pas venue ici pour vous faire un cours du religieux. Laissons de côté cela. Mais naturellement ces sectes se cachent derrière ces masques fort importants, cette liberté de croyance, cette liberté de conscience qui n’est absolument pas menacée, je dirais, en France, parce que nous avons cette laïcité qui est très importante chez nous. Mais les sectes l’ont très bien comprises.

La secte bien sûre, est une escroquerie intellectuelle et financière.

Les sectes, nombreuses, se cachent toutes derrière un masque d’honorabilité ; ça peut être un masque de la santé, spirituelle bien sûre, mais aussi un masque de bien être, un masque de sport, également je dirais, de loisir.

Dites moi, Messieurs, Dames, ce qui ne va pas actuellement, chez vous, parce que nous sommes toutes et tous, et surtout quand on est ado, et je peux vous faire une confidence aujourd’hui, nous faisons et c’est formidable, cette commission d’enquête sur les mineurs, mais vous savez que la secte, comme elle est très fine et très en avance sur nous, elle a ses moyens puissants.

Et bien depuis un an, je peux vous dire que dans notre centre d’accueil, nous avons maintenant une autre partie de la population qu’ils sont en train d’attirer, c’est les personnes âgées. Parce qu’ils se rendent bien compte dans ces sectes, bien plus en avance, que là les enfants vont être peut être et je l’espère, nous l’espérons, et ça on vous fait confiance, et bien peut être plus protégés. Donc elles ont déjà changé, parce qu’elles en font leur fond de commerce.

Donc c’est vrai que ces sectes pour nous sont en effet … je dirais … ça passe par trois phases, qui est toujours ces mêmes histoires malheureusement qu’on écoute qu’on entend. Il y a d’abord cette phase, je dirais, où on va être séduit, parce qu’on a enfin trouvé une réponse à un moment difficile, à un moment plus vulnérable.

Les propositions de sectes c’est pas pour tout le monde, c’est également un moment où la personne va être peut-être un petit peu plus vulnérable dans sa vie. Et là, tout simplement parce que  vous savez, là l’idée reçue, c’est « on entre en secte », non c’est faux, c’est la secte qui entre en vous, par le biais d’une manipulation mentale exercée par ce leader. Alors leader bien sûr, j’ai oublié de dire ces ingrédients, mais ils sont importants, toujours un charisme, toujours le pouvoir, intelligent, pervers, très souvent détraqué sexuel et paranoïaque.

Et petit à petit, si la personne qui a à ce moment-là, je dirais, un moment de vulnérabilité, un moment un peu plus difficile dans sa vie, il risque à ce moment-là de se faire piéger de bonne foi ; parce que cette personne elle est de bonne foi avec un projet intéressant.

Par contre l’intentionnalité du leader : celui là, a-t-il de bonnes intentions ? Et c’est là aussi où il ne faut pas aussi nous … nous laisser embarquer quelquefois, et ça aussi au centre d’accueil nous avons des personnes qui viennent  nous dire : « oh bien, telle ou telle personne c’est un gourou » et à nous bien sûr de bien savoir discerner ; nous n’avons pas droit à l’erreur.

Naturellement, je suis bien obligée d’introduire ça pour parler des enfants, çà c’est-à-dire des manipulations. Une fois que cette personne a été séduite et bien et çà c’est aussi un moment important parce que la personne qui va être séduite par une conférence dans un moment difficile, chômage, et là on a ce qu’il faut, et qui va trouver écoute et qui va trouver quelqu’un qui dit : « moi je peux t’aider ». 

A ce moment, cette personne est seulement en train d’y rentrer ; cette première phase est importante parce qu’elle pourrait éventuellement, le doute existe toujours donc là la prévention est importante pour nous et dès l’instant où la famille nous dit : « Ah, ça fait que 3 mois qu’il y va, on peut se permettre à ce moment-là, nous, rapidement, sur le terrain, de pouvoir rencontrer cette personne et d’expliquer et de l’informer avec nos moyens bien sûr ; les moyens que nous avons à l’association, souvent la documentation bien sûr très souvent mais attention là, vous voyez y a tout ça.

Je ne suis pas là bien sûr pour vous interdire d’y aller, c’est pas mon travail, c’est pas ma mission, mais de dire soyez prudents, posez les questions. Et vous savez que dans les sectes, on ne pose pas de question, c’est marche ou crève.

Donc naturellement on a cette possibilité d’aider la personne mais la secte on ne la voit pas, elle est bien cachée et encore plus maintenant parce qu’elle a vraiment pas envie de se faire avoir. Donc la première phase, on appelle ça chez nous la phase de séduction. Et bien sûr, la personne qui a trouvé des réponses, elle ne voit pas l’arrière boutique de la secte et toute sa cruauté qu’elle va lui faire vivre après.

La deuxième phase est la phase de conditionnement ; alors ça aussi c’est une phase douloureuse bien sûr … pas pour celui qui va rentrer dans la secte ; puis ce que pour lui il a trouvé des questions et puis il va continuer son bonhomme de chemin, il a trouvé des amis, c’est chouette, enfin j’ai des réponses, c’est des gens charmants, on va à des réunions, on est assidus à tout ce qui est, je dirais…. Enfin bref, ça va bien pour lui.

Mais l’entourage commence à se dire : « mais comment çà se fait qu’il soit un peu plus distant, ou comment ça se fait qu’il a un langage qui n’est plus le même ; il y a les habits qui changent, vestimentaires, c’est plus la même … La nourriture change également, beaucoup de remarques, on ne peut plus regarder la télé, on ne peut plus non plus, on nous fait des remarques sur les magazines d’actualité, et tout y passe.

Alors on se dit mais encore une fois, il faut savoir qu’il s’agit d’un mouvement sectaire mais quand on ne le sait pas on se dit : « tiens, elle passe une phase un peu plus difficile, mais on voit pas non plus là qu’il peut y avoir derrière çà un langage et la doctrine s’installe.

Cette doctrine qui est très importante parce que c’est là justement, c’est là justement où cette personne qui a un projet bien précis, elle, elle continue, mais la secte a un autre projet. Celui de vous rendre dépendant à elle pour faire de vous comme le dit bien Ron Hubbard, le fondateur de la Scientologie : « je ferai de vous des esclaves heureux. » ou alors la deuxième secte en France, les Témoins de Jéhovah qui dit : « vous êtes des esclaves fidèles et avisés », c’est çà que veut la secte.

C’est qu’elle puisse, par le moyen de cette manipulation mentale exercée sur vous … et vous savez une fois qu’elle est en vous, elle prendra son temps, elle va pas faire ça en 48 heures, ça c’est faux, mais elle prendra son temps. Alors ça prendra 2 ans 3 ans mais toujours pour le même but c’est-à-dire de passer à cette phase finale chez nous qu’on appelle la programmation. Excusez- moi du terme, mais quand on est déjà dans cette deuxième fin de phase de conditionnement on n’a plus avec l’être cher, plus de dialogue ; on a un monologue, on a un langage qu’on ne comprend plus, on a des interdictions qui sont faites par la secte, on est face à, je dirais, c’est dur ce mot, un produit fini pratiquement mais qu’on ne comprend plus.

Et naturellement cette phase de programmation qui vient très rapidement … puis ce que là le projet … une fois que le projet dont la secte en est toujours vainqueur, je dirais puisque la personne vulnérable se retrouve avec tous les gens de la secte, elle ne voit plus que des gens de la secte.

Elle a coupé les ponts avec ses racines familiales, avec son environnement, avec son intellectuel et on la prend et on la met bien sûr, je dirais dans cette cage, qui est pour nous une prison sans barreaux. Ah elle va être comme vous et moi, mais la coquille est vide et si toutefois on dit : « Eh bien, attendez, qu’est-ce qui se passe ? »

Eh bien, elle va vous parler, on va discuter ensemble pendant une demie heure de tout et de rien ; mais si toutefois on a le malheur de commencer à parler de son organisation sectaire alors là débite tout ce conditionnement, tout ça ça sort, parce que c’est devenue, je dirais, une des leurs ou un des leurs et alors là …

C’est pour ça que je dis également que ces personnes sont complètement, je dirais reconstruites pour la secte et c’est bien sûr je dirais aussi une main d’œuvre très facile pour la secte. C’est pour çà que les sectes arrivent à avoir cette main d’œuvre à bon marché, le savoir intellectuel de ces personnes est tout à fait acquis pour la secte.

Alors quand on dit : « Mais attendez, on donne pas d’argent dans la secte » Ah non pas toujours, regardez les Témoins de Jéhovah, c’est des gagne petit, pourtant ils ont des milliards de francs ou d’euros mais le petit geste et puis du moment qu’ils ont happé le savoir intellectuel du jeune ou du moins jeune, eh bien ils vont aller sur le trottoir vendre, donner, excusez-moi, je risque d’être assignée, donner puisque maintenant c’est gratuit mais ils bossent, ils travaillent et c’est gratuit.

Pour les scientolo … enfin toutes ces sectes … Et c’est même ces gens là, donc le groupe qui met sur le piédestal et le leader … mais leader qui s’identifie à cette doctrine puisque c’est lui qu’il l’a inventée. Donc automatiquement, tout ça fait masse et on se retrouve, je dirais devant une personne complètement perméable. Alors ça c’est vrai, c’est ce que nous vivons au centre d’accueil.

Alors bien sûr s’en découle maintenant, un autre sujet  bien sûr : « mais que font les enfants dans des couples, quand ça arrive. Eh bien, bien sûr l’enfant de plein fouet, de plein fouet il subit, je dirais eh bien tout ce qui est de papa et maman.

Dès la naissance de l’enfant et même quelquefois avant la naissance de l’enfant si toutefois la secte décide que cet enfant ne doit pas exister, on va le sacrifier - là non plus je ne suis pas contre les lois avortement, non mais attention tu as été dans le péché, tu as forniqué en dehors du mariage, cet enfant est satanique - Hop, donc vous voyez que ça va très loin parce que ces enfants-là qui sont manipulés et qui ont été formatés dès leur naissance et bien vont grandir comme cela.

C’est bien sûr de la viande fraîche pour la secte et c’est la continuité …, Excusez- moi les mots sont durs mais c’est comme ça, c’est ce que nous voyons arriver au centre parce que, alors tant que le couple, je l’ai dit, le couple est heureux dans la secte, tant que l’enfant reste dans la secte, ma foi, ils sont conditionnés, ils sont esclaves, heureux de l’être, mais le jour où ce jeune adolescent a envie de quitter, pourquoi il a envie de quitter ? C’est dur, le plus difficile pour nous c’est de voir l’enfant qui est élevé dans une secte et qui à l’âge de 16 ou 17 ans décide de la quitter. D’abord c’est hyper courageux, et souvent on a pu le constater, en tout cas j'ai pu le constater sur le terrain, c'est qu'il est amoureux....

Et quelquefois le fait de tomber amoureux de quelqu'un du monde - monde des méchants - (donc vous voyez j'ai aussi le langage des sectes) et bien, çà permet à cette personne d'oser, cette jeune fille ou jeune garçon, d'oser réfléchir, d'oser penser contraire, afin d'avoir, je dirais, des pensées autres que celles de la secte ... et à ce moment là, alors c'est là où nous avons bien sûr, ces souffrances qui sont ... qui nous sont rapportées, je dirais, ou qu'on vient nous demander de l'aide.....alors, bien sûr j'ai à votre disposition ... je dirais ... malheureusement ... beaucoup de récits de jeunes gens que nous rencontrons à l'ADFI ... oh ! j'ai ... j'en ai plein la tête !

Je pense à Romain qui n'a pas réussit ... NOUS n'avons pas réussi ! Il s'est pendu ! Il avait 15 ans.

Je pense à Rémi (bruit de micro qui montre que sa main tombe sur la table à 2 reprises)! Ce garçon n'a pas réussit ... pourtant vous y avez été pour quelque chose ... j'ai demandé ... mais vous avez fait votre travail, c'est vrai, à l'époque ... il est mort.

Il n'a pas accepté ces soins ... je pense à Axel, je pense à Camille ... je pense à tous ces ..... prénoms que je ...., mais toutes ces personnes, tous ces parents et grands parents qui sont venus nous voir et à chaque fois on a essayé, je dirais, de faire en sorte qu'ils puissent accepter tout simplement les soins ...

Et j'ai un exemple concret, que j'ai eu y a pas .... y a quelques temps ... je ... d'un jeune homme très courageux … et j'ai ... vous savez que l'ADFI est notre union nationale, je suis bien sûr membre de l'Union Nationale, et à ce titre, nous avons l'agrément à l'Education Nationale pour aller faire de la prévention dans les lycées ... collèges mais à partir de la troisième....mais c'est plutôt des causeries.....et  ensemble....je pense aux collèges puisque c'est ensemble avec les collégiens de troisième qu'on avait créé cette plaquette...plaquette très aérée "Ne cherchez pas … elle vous trouve", c'est une plaquette de l'ADFI du Nord - Pas de Calais, mais.....Picardie, mais..... ce sont des jeunes gens qui l'ont faite..... parce que c'est ça l'important, c'est la prévention.

Et je me souviens de ce jeune homme qui s’est levé parce ce que je parlais justement de soins, des relus de soins, dans une secte bien connue, les Témoins de Jéhovah, et ce garçon s’est levé devant ses camarades, et je parlais de cette carte que 110 000 Témoins de Jéhovah ont sur eux et je disais oui, ça c’est quelque chose de ne pas autoriser mais comme c’est pas interdit, on ne sait pas trop, donc les sectes font leurs loi à elles et cette carte existe.

Et ce jeune homme s’est levé en disant : « mais moi, Madame, j’ai été témoin de Jéhovah, et à 6 ans mes parents sont Témoins de Jéhovah, et moi je ne le suis plus  parce qu’à 6 ans j’ai été transfusé pour une grave maladie et le procureur à fait son travail comme il le fait pour les mineurs » et ce garçon disait … et il faut beaucoup de courage pour le dire devant ses camarades, et ce garçon disait: « j’aurais préféré mourir », je lui dis : « Pourquoi ? Si je puis me permettre ? » Il a répondu : « mais vous comprenez pas, parce que vous comprenez bien madame que moi, je n’irai pas dans ce monde nouveau, très bientôt qui va être Armageddon.

Donc, moi je suis mort aux yeux de mes parents, je suis mort et tous les jours ils me le répètent quand ils font leurs prières : toi, tu ne viendras pas avec nous. » Donc ce garçon depuis ce temps là, il a besoin d’être aidé et à chaque fois je n’ai que peu de retour car dès l’instant où ses parents ont appris qu’il nous en avait parlé et bien vous pensez bien que ça a été rapide et que je n’ai pas pu après encore le rencontrer mais ce jour-là il a eu un témoignage, je pense, important pour ses camarades.

Donc vous voyez, le fait d’autoriser la transfusion…. Bien sûr, ça c’est le judiciaire et on a sauvé la vie de ce garçon. Mais ce garçon, y a ses parents et la manipulation mentale est bien plus forte, je dirais que les soins par lui-même.

Voilà un peu, alors là c’est le cas de ce jeune homme. Je pourrais également parler de Nicolas, Nicolas qui pour… ce garçon que j’ai rencontré, que j’ai supplié avec le directeur d’école on avait fait un signalement judiciaire. Il venait d’avoir 18 ans mais au lycée, là où il était, il voulait devenir matelot et puis c’est un gaillard, mal aux jambes, à une jambe, biopsie, cancer rarissime, faut l’amputer, faut tout de suite l’amputer, faut aller très vite, faut aller très vite parce que c’est rare. Et ce garçon, la maman, infirmière libérale, et bien elle, elle connaît ces techniques de bien-être, elle connaît, je dirais tout ce qui est dans cette nébuleuse du New Age.

Pourquoi pas, à la limite … bon. On fait ce qu’on veut, on est libre, on peut se soigner comme on veut, pourquoi pas ? Mais là justement, la mère s’adresse à une méthode que l’on connaît bien, la méthode Hamer et ce garçon bien sûr après la biopsie va consulter ce genre de médecine.

Ca n’est même pas une médecine, c’est rien, rien du tout… bon, il y va avec sa maman et on lui dit : « si tu as mal aux jambes, à ta jambe c’est parce qu’on t’a fait une biopsie. Nous on a des traitements et surtout on va te donner une technique. Tu as perdu ton papa il y a 3 ans et dans notre technique et bien si tu fais le deuil de ton papa, tes cellules cancéreuses vont partir, vont disparaître et tu seras guéri ». Et il y a crut Nicolas, Nicolas y a crut. Le directeur et moi on était, on se dépêchait à demander au Procureur de faire en sorte de protéger malgré lui ce gamin sous influence.

C’est difficile. Il venait d’avoir 18 ans, les sectes utilisent beaucoup maintenant la loi du 4 mars 2002, celle de Kouchner, celle ou tu as le droit de mourir libre et éclairé, n’oublions pas que les personnes dans les sectes sont des personnes sous influence et endoctrinées et naturellement Nicolas est mort sans soins quelques mois après.

Alors bien sûr, des situations comme celle-là, comme celle de ce jeune homme, 15 ans, dans une communauté qui bien sûr … sa meilleure amie, c’était sa grand-mère. La grand-mère est venue me voir avec une tante, plus de papa, une maman qui avait d’autres enfants et un nouveau papa, et Romain est placé dans une communauté dure et là ce garçon écrit à sa grand-mère et je vois les lettres de ce jeune homme qui dit : « Mamie, tu sais, je suis pas bien ici et elle lui avait acheté une carte de téléphone, donc il pouvait lui parler, une carte téléphonique.

Et il lui disait : tu sais mamie, je comprends pas pourquoi moi je dois aller manger avec les porcs et pourquoi moi je dois courir le torse nu parce que je mange pas bien ou alors on me donne des coups de fourchette dans les mains.

C’est toujours moi qui dois nettoyer les slips de mes camarades et puis …. Bon. Donc naturellement vite fait, on intervient auprès du Procureur. Le Procureur qui dit à la substitut des mineurs : « allez voir ce qui se passe dans cette communauté ».

A mon avis, mais ça n’est que mon avis, on était très vite sur les dents à l’ADFI et grand-mère me dit, et j’avais régulièrement la grand-mère au téléphone et elle dit : « Et bien vous savez ils vont envoyer une substitut pour savoir comment ça se passe avec Romain » et moi je pose juste une question en disant : « il serait peut être préférable que Romain n’y soit pas, qu’il soit à l’extérieur » On connaissait déjà cette communauté, mais non, l’enquête s’est faite avec Romain à l’intérieur et 2 mois après elle n’avait plus de nouvelles de Romain.

Une lettre est arrivée, elle disait : Mamie, n’en parle plus à l’ADFI, tu sais, ça va bien, bon maman je suis content qu’elle attende son 7ème enfant. Tout va bien, non demande, demande… ce n’était même plus le même courrier, plus rien, c’était différent et le lendemain soir en écoutant la radio, la télévision dans ma région, il y avait la mort par pendaison dans une communauté d’un jeune garçon de 15 ans. C’était Romain, voilà. Ceci dit, il faut continuer, je parle en leur nom, excusez-moi, mais l’émotion fait partie également ….

je ne suis pas une professionnelle, je n’ai pas eu de formation mais c’est vrai que c’est compliqué et c’est là où j’en arrive, je dirais, à tout ce que l’on vit.

Alors, c’est au quotidien ce que nous vivons et c’est douloureux quand on ne peut pas arriver à faire bouger nos professionnels mais, pour rentrer dans ce domaine sectaire, faut d’abord savoir de quoi on parle et à chaque fois, chaque fois, ne m’entraînez pas, je sais que vous n’allez pas le faire, ne m’entraînez pas dans ce domaine religieux, ça n’a rien à voir, je ne veux plus en entendre parler. On a à faire à des organisations où ils prennent en otage de bonne foi, des personnes qui dans un moment donné de leur vie sont un petit peu plus, je dirais, vulnérables.

Et il y en a des difficultés et la secte quand elle ne passe par là, ils vont trouver peut-être des personnes référentes! (?) mais si ils ne la trouvent pas, ils peuvent trouver la secte. J’ai pas dit qu’il y avait des sectes à chaque coin de rue mais là actuellement elles se démultiplient parce que vous êtes là maintenant depuis 10 ans et que vous êtes vigilants et là les sectes ils sont de plus en plus obligés de se saucissonner, de se cacher davantage derrière des masques dont vous n’allez même pas voir qu’il s’agit d’un mouvement sectaire.

Le citoyen lambda ne le verra pas, ne le verra pas. Et l’enfant va payer tout çà. Regardez, je vous montre parce que moi je n’ai que çà à vous dire. Voilà, regardez des belles affiches, regardez des belles publicités, Oui à la vie, non à la drogue, mais bien sûr tout le monde, les jeunes y adhèrent.

Regardez ici les jeunes s’interrogent, réponse pratique, mais bien sûr des réponses pratiques aux questions que vous vous posez, ils ont 15 ans, à 15 ans on se pose ces questions. Mais ça, ça fait partie de la secte totalitaire. C’est à dire TJ Témoins de Jéhovah, Scientologie, pour ne pas les nommer.

Mais j’en aurais bien d’autres ; Stri Mataji, quand on entend, j’ai eu des enfants Stri Mataji, Sahaja Yoga on devient Sahaja Yoga, tout ça ne me dérange pas, les croyances ne me dérangent pas ; aussi tout ça on peut faire bon ménage ensemble mais quand on entend ce jeune homme de 14 ans qui dit et qu’on lui dit : « Mais qui est pour toi Stri Mataji ? » « C’est une mère » il ne cherche pas « c’est une mère, bien plus haut que ma maman » et à 2 ans on les envoie dans des écoles en Italie ou en Inde et alors les câlins de papa et maman où ils sont ?

Et quand on interroge les parents, parce que moi j’ai souvent les grands parents mais on se dit, les parents disent : « mais pourquoi tu le mets là bas ? » « Mais parce que l’air est plus frais et ça va être mieux ». Mais naturellement après on les formate, et on les formate à qui ? Et bien à cette gourelle, faut pas se leurrer, c’est comme çà que ça se passe.

Ils ont besoin de leur fond de commerce, donc les enfants sont une proie, je dirais, importante ; ce sont des jeunes gens qui ont envie mais on en a tous des enfants, des petits enfants, et je sais de quoi je parle, pour une simple raison, il faut aussi penser que la personne qui est dans la secte, elle se sente ou il se sent heureux, il est heureux, il a trouvé des réponses et il voit pas qu’il est dans quelque chose de dangereux.

Mais l’entourage, l’entourage, la famille qui tous les jours et là aussi la secte atteint son objectif de nous faire taire. Pourquoi ? Ben parce que tous les jours, nous, on garde un lien avec la personne chère dans la secte, que ce soit des grands-parents … ils vont préférer se taire que d’aller voir le Procureur pour dire au Procureur : « vous savez mon petit … » non !

Parce qu’ils ont peur de perdre à jamais ce lien qui est très fin, qui est très facile … et la secte le sait, donc naturellement ils savent très bien qu’on ira pas loin.

Alors là aussi on me pose souvent la question, on me dit : « Y a pas de victimes, y a pas de plaintes, donc y a pas de victimes ».  Il faut dépasser cela messieurs, mesdames, il faut le dépasser parce que bien sûr que la secte en joue, là aussi.

Pas que je sois prétentieuse, je vous rapporte simplement ce que je vis et l’expérience que je vis dans ce centre. Donc, naturellement tout çà, toutes ces choses que je vous rapporte, et bien ce sont, je dirais, monnaie courante à l’ADFI. Alors je ne peux pas vous citer…. Alors si je peux me permettre, j’aime pas les chiffres, mais on a à peu près 100 000 enfants, d’après ce qu’on a pu voir, 100 000 enfants dans les sectes. 45 000 dans une secte, la plus importante, les Témoins de Jéhovah,

Y en a quelques uns qui sont en train de se faire avoir donc, ils vont entraîner les enfants. Interdiction, parce que une fois formaté dans une secte, tu n’as que des interdictions, ce monde est pourri, il va y avoir un nouveau monde bientôt. Quelle que soit la secte en question, d’accord, mais en attendant, il faut que tu bosses, çà c’est clair, je crois que là tout est dit.

Dans notre centre d’accueil, l’année passée, le rapport d’activité, et bien nous avons été demandés pour plus de 700 mouvements et on a accompagné plus de 450 personnes, famille surtout et sortants de sectes. Et ce n’est que l’ADFI du Nord Pas de Calai, Picardie, mais à 45 % la demande a été sur les Témoins de Jéhovah ; il est vrai que les Témoins de Jéhovah, je les ai plus … j’ai plus étudié mais avec des guillemets, parce que je suis pas là pour étudier la croyance mais comprendre surtout je dirais, cette dépendance, puis ce que c’est une dépendance à la secte, aux rituels donc à la doctrine.

Pour comprendre la personne quand elle est devant nous  quand elle parle de ce récit toujours douloureux de ce qu’elle où il a vécu.

L’enfant également, donc naturellement quand il vit, il va pas venir tout de suite à l’ADFI, il va d’abord, il se culpabilise donc il va peut être attendre quelques mois et vous savez, là aussi j’ai pu observer qu’il y avait 3 sortes de jeunes. On a des jeunes qui vont sortir, enfin qui vont se permettre et oser réfléchir par eux-mêmes, donc la liberté, ils ont très très peur, très très peur, et si ils avaient raison ? Qu’est-ce que j’entends çà, « et si ils avaient raison ? ».

J’ai perdu quelque chose d’essentiel à ma vie, j’ai peur. Donc c’est un peu comme une sortie de prison, il a fait 30 ans derrière les barreaux, et puis il retourne, il connaît personne donc il a peur, donc lui il rechute, voilà.

D’autres, ils grandissent avec tout le conditionnement de la secte, ils se marient, ils tombent amoureux, ils se marient, mais les comportements restent, parce que c’est quand même du domaine de l’irrationnel donc ces comportements là c’est ce qu’il a vécu puisque la secte, une fois rentrée dans cette famille, la famille n’existe plus, c’est la secte qui régit et la vie familiale et la vie intime et la vie tout, naturellement cet enfant l’a eue, ces comportements donc c’est des réflexes et dans une période difficile de sa vie, étant marié, homme ou femme et bien va replonger.

Mais là, il a famille. Combien de familles nous disent, « c’est vrai, mon mari ou ma femme était avant Témoin de Jéhovah, on s’est marié, ça allait bien et tout à coup, hop, il est parti parce qu’il n’a que çà, parce qu’il n’a eu que ces comportements là donc il n’a pas ce choix et il n’a pas eu suffisamment … » donc, là aussi.

Puis on a les jeunes gens qui, c’est trop dur pour eux. J’ai eu le cas à l’association là aussi, une personne, des jeunes gens qui sortaient et c’était bien trop compliqué et ils se suicident.

Et on a ces jeunes gens, avec ce grand courage, et on les retrouve régulièrement jusqu’à ce qu’ils retrouvent cette dignité et un peu de liberté parce qu’il leur faut beaucoup de temps et dans ces réunions que nous avons crées, il y a quelques années à l’ADFI, à leur demande, des familles, des sortants et  également à des jeunes gens et je remercie au passage Monsieur Jancovici qui était venu écouter ces jeunes gens d’un mouvement spécifique mais très important et ils expliquaient la cruauté qu’ils avaient vécue toute leur jeunesse.

Et là ça été des moments forts importants parce que c’est eux qui racontaient, sans voyeurisme, c’était une solidarité. Y avait une sorte de …. Ils ont dit : « et bien nous on va vous aider » et alors il y avait des parents à côté qui avaient un enfant dans la même secte et ils disaient : « et bien nous on peut vous aider, ne faites pas comme ça, ça c’est pas bien, je voudrais plutôt le conseil de faire comme ça parce que vous savez, ils risqueraient de …, de ne pas être d’accords ».

Et çà c’est très important pour l’accompagnement, je dirais de ces sortants, accompagnement qui fait également, et là je voudrais en terminer par là, parce que je pense que ça aussi c’est … et le fait aussi que je le vive à l’ADFI, un accompagnement qui doit être ponctuel…. Qui ne doit pas, on ne doit pas devenir victime à vie de sectes.

 « Ne doit pas devenir victime à vie de sectes. Moi je enfin en tout cas à l’ADFI du Nord, on a cette politique là ; c'est-à-dire que quand je rencontre des sortants, on en discute alors souvent, ça m’arrive, ils veulent pas l’ADFI parce que pour les sectes on leur a tellement dit que l’ADFI c’était satanique, ils me voient avec des cornes et une queue de diable.

Bon, alors des fois, je les rencontre au bistrot du coin et on en discute et on en parle et ils témoignent ; c’est une sorte de thérapie pour eux, une thérapie simple, modeste il n’y a pas de grande…, non c’est intéressant.

Et puis ils viennent en parler et ils rentrent un peu dans ce... Je ne fais rien à leur place ; l’ADFI ne fait jamais rien à leur place ; c’est à eux de faire un cheminement, on leur donne des pistes, ils se débrouillent et petit a petit eh bien on ne les voit plus et quelquefois ça m’arrive, mais je ne fais pas comme les sectes, je n’appelle pas pour les récupérer, j’appelle simplement ou j’envoie une petite lettre d’information :

« ben alors ? est-ce que tu … »

Et puis ils me rappellent :

«  Alors écoute, tu sais maintenant je suis remarié, j’ai une petite fille, j’ai ma famille, moi bon... »

Eh ben je suis la plus contente. Je suis très heureuse parce que ça veut dire qu’enfin la secte a réussi, je dirais, à foutre le camp, je sais pas ou tout au moins en partie de leur tête et ça c’est important parce qu’il ne faut pas en faire des... et ils le disent quelquefois souvent eux-mêmes ces phases... ces jeunes gens :

« je ne suis pas une victime, je n’ai pas choisi » parce que ça quand il s’agit d’un enfant qui a été élevé dans la secte il n’a rien choisi donc ce qui est important c’est de… eh bien de les accompagner et puis le jour où ils ne viennent plus, là aussi c’est pour ça aussi quand on parle de beaucoup de témoignages, c’est important, alors bien sûr on a malheureusement tous les jours des autres cas. Voila un peu, je dirais, j’ai certainement oublié beaucoup de choses mais j’attend de vous que … , je préfère répondre à vos questions. »

Fenech 

 « Merci, merci beaucoup Mme Delporte, »

Delporte :

« Je vous ferai mes propositions  tout à l’heure, »

Fenech :

« Oui on va vous demander, »

Delporte :

« J’en ai trois, »

Fenech :

Oui on a beaucoup de questions ici à vous poser. Simplement je me contenterai d’une seule question. Il y a eu récemment dans votre région un grand rassemblement …, »

« Oh oui, »

Fenech :

Il y’a eu un très grand rassemblement des Témoins de Jéhovah, on vous a vue et entendue réagir dans les media, beaucoup. Est-ce que vous souhaitez, ici, devant les parlementaires donner votre point de vue sur ce qui s’est passé, et comment ça s’est passé ? Est ce qu’il y a ensuite des conséquences de ce rassemblement ?

Delporte :

« Oui… Alors j’ai été ... Oui bien sûr…j’ai été donc au courant de ce rassemblement, Témoins de Jéhovah au stade Bolaert en mai par un  homme ano… un anonyme et cet homme sortait de chez les témoins de Jéhovah mais voulait rester anonyme et dit :

« Vous savez Mme Delporte que les témoins de Jéhovah viennent à Lens ? »

Il ne faut pas me dire ça à moi parce que je sais ce qu’apporte ce rassemblement, ce lot de souffrances parce que … et donc du coup j’ai tout simplement fait ce qu’il y avait à faire.

Mais en tant qu’association, en tant que présidente, j’ai interpellé tout de suite le maire de Lens que dont je ne … encore une fois je ne juge pas, et je n’ai pas là de… et le maire de Lens ne pouvait rien faire et on le comprenait bien parce que il m’a appris ce jour là également que le stade Racing club de Lens était devenu une propriété privée, enfin, qui était un contrat de 50 ans et que il n’y avait plus, je dirais, de droit finalement sauf celui peut être d’avoir un contrat entre .. C’était des bailleurs et donc je devais me renseigner vers Mr Martel et Mr Bomba… Ah Mr Bomba je lui en ai fait voir… moi je pense là c’est vrai que j’ai été le rencontrer, et il était bien gentil et il m’expl …Oh il a dit :

« Oui je sais mais nous, vous savez, c’est l’argent. Pour nous les Témoins de Jéhovah ... ben » j’ai dit :

 « Oui mais c’est quand même  pas  … on est ici pour faire la fête. Une secte Mr Bomba. Vous savez pas ce que c’est et bien sûr j’emmène toujours une information je lui ai expliqué, et :

 « Non, non je suis d’accord avec vous mais moi, vous comprenez, je l’ai loué, trois jours bon ben voilà le vin est tiré.

Bon, ah, bon, bah j’ai dit : écoutez à ce moment là je suppose que si vous louez votre salle, votre stade à tout le monde, demain Ben Laden arrive. Il va décapiter les femmes infidèles dans votre stade et on fera la même chose. Alors il n’était pas content. «Excusez moi, je suis cru mais c’est comme ça, oh il ma dit :

« Taisez vous, vous madame.. »

Ca a même fait partir son chef de sécurité alors j’ai dis ben comment on fait il ne faut pas manquer d’imagination au centre d’accueil parce que là c’est important. Et j’ai demandé avant de partir à Mr Bomba de faire une conférence de presse, non pas en même temps que les Témoins de Jéhovah, mais peut être un peu avant, dans un salon Bolaert mais gratuitement.

J’ai pas un sous moi à l’ADFI, on n’est pas une secte et il nous a donc proposé … c’est moi qui ai choisi ma date ; c’était pendant la coupe du monde de football et donc il ma proposé donc une date pour le 3 juillet pour faire une conférence de presse et je voulais tellement faire venir Mr Bilboène concernant cette secte puisque que lui c’et un américain qui a crée une association il y a 5 ans qui a appelé cette association « le silence des agneaux », je ne le dirais pas en américain je ne sais pas… je ne connais pas l’anglais.

Et il a crée ça parce qu’il a recensé depuis et nous avons des rapports et des relations avec lui maintenant, il a recensé plus de 23720 cas d’agressions sexuelles chez les mineurs Témoins de Jéhovah et ça commence à bouger en France puisqu’il a fait son tour d’Europe il y a quelques années, on a des témoignages et il y a des  vidéos et il n’est pas venu en France mais en France il y a beaucoup de cas et ça commence à parler . Et là aussi, je pense, que c’est grâce à cette opinion publique, à vous, qui commencez déjà à en parler je pense que là aussi ça me plairait bien qu’il vienne être auditionné ici Mr Bilboène. Voila je vous ai demandé … et donc du coup …, »

« Vous voulez ajouter quelque chose ? »

 « … Voila donc du coup j’ai eu, je pense, j’ai eu ce jour là 2 journalistes et demi à la conférence de presse, mais c’était  la coupe du monde. Il y avait plein de personnes je ne sais pas ce qu’il s’est passé, Monsieur le président, mais après, alors Mr Bomba était bien gentil, il a dit :

«Bon allez c’est bien. »

Et après il y a eu une mayonnaise qui est montée et le jour j’ai eu toutes les chaînes de télévision, il y a eu le communiqué de presse de Mr Sarkosy qui avait osé dire que c’était cultuel alors les journalistes s’en sont mêlés. Mr Brard a fait un communiqué et puis  

et puis le maire a fait une déclaration en disant et bien « je suis, je n’accepte plus ces Témoins de Jéhovah alors là… on était bien sûr nous au centre bien content je … encore une fois vous savez je ne vais pas… je ne suis pas amer sur Mr Bomba et Mr Martel on avait également les supporters des 12 avec nous : 8000 supporters donc vous voyez  donc il fallait bien qu’on bouge on est pas... c’est David contre Goliath, voilà, je dirais cette situation. »

Brard

« Comment s’appelle l’américain que vous avez cité, madame ? »

 « Mr Bilboène, Mr Bilboène, il a un site : « le silence des agneaux » je le dis en français mais … »

 « Ca ne se dit pas comme ça en anglais ? »

« Jean Pierre, Jacques Myard est une anglophone bien connu, comment on le dit en américain ? Comment on le dit en Américain ?

Myard

« Silence of lumps »

 « Ou c’est les agneaux silencieux et ils ont fait énormément de communiqués au États-Unis pour justement parler de cette situation douloureuse. »

« Or je passe la parole à Monsieur le rapporteur. »

Vuilque :

« Merci, Madame, pour votre témoignage poignant. Et puis merci pour ce que vous faites sur le terrain, parce que je crois que vous êtes particulièrement utile à nos concitoyens.

Je voudrais poser un certain nombre de questions.

Comment qualifieriez-vous la situation actuelle par rapport..., parce que vous avez une antériorité, par rapport à il y a quelques années sur ce phénomène donc d’emprises sectaires sur les mineurs : première question.

2ème question : vous avez parlé tout à l’heure de prévention ; est-ce que vous considérez que cette prévention est suffisante ? Et à quel niveau faudrait il, selon vous, la faire ? Vous parliez des lycées, des collèges, vous parliez également tout à l’heure de l’accompagnement, est-ce qu’aujourd’hui l’accompagnement, après « sectes » entre guillemets, est suffisamment organisé et assuré même si, vous, association, vous faites un travail important sur le terrain. Peut-être que vous avez aussi un certain nombre de propositions à faire sur le sujet.

Est ce que... vous nous avez parlé tout à l’heure des problèmes de saisi du Procureur, est-ce que vous pensez aujourd’hui qu’il y a là peut être à creuser… sur des propositions concrètes sur justement la saisie de la justice et notamment des Procureurs, et la rapidité d’intervention des Procureurs.

Ensuite, 4ème question : nous avons en France un système, Association, MIVILUDES, vous êtes frontalière,

en Belgique, il y a un autre système, est-ce que vous pensez que notre système français est suffisamment performant, est-ce que vous pensez qu’on peut l’améliorer et si oui, qu’est-ce qu’éventuellement vous proposeriez et dernière question, pardonnez- moi, c’est un peu long,

dernière question, nous avons en France un arsenal juridique important que nous avons complété notamment dernièrement avec la loi About Picard, vous considérez que cet arsenal juridique est suffisant ou est-ce qu’il faudrait éventuellement l’adapter et puis il nous intéresserait évidemment de connaître vos trois propositions.

Delporte :

Oui, ce que vous me posez comme question c’est un peu les propositions de notre association.

Alors en effet, l’arsenal juridique est largement suffisant. Si on veut appliquer les lois dans ce domaine des sectes concernant les familles et les sortants de secte, il est largement suffisant.

 

Le souci, c’est qu’il faut appliquer la loi jusqu’au bout et ça c’est le plus compliqué.

N’attendez pas non plus que la famille puisse d’emblée aller déposer plainte chez le procureur. Bien souvent, c’est l’ADFI qui fait un signalement.

Alors c’est vrai que la loi Picard-About, puisque c’est vrai qu’on est sur la loi Picard-About, elle est bien ; bien sûr qu’elle est très bien. Mais je vais juste vous dire une chose, c’est que y a pas longtemps, à l’époque ce garçon n’était pas marié, il est maintenant père de famille, il avait tout nécessaire pour déposer plainte.

Il sortait de secte, il avait vraiment tous les arguments pour déposer plainte contre la secte qui l’avait complètement, je dirais spolié pendant 11 ans, plus de travail, plus de CV, parce que vous avez des trous dans vos CV après, il faut expliquer à l’employeur : qu’est ce que vous avez fait pendant 11 ans après ; Eh bien ce garçon à dit : « Charline, je désire aller voir l’avocat » et j’ai dit : « écoute d’accord, on y a été, la loi Picard-About était toute neuve. Bon elle est de 2001, on est en 2006, elle est toute jeune, je pense mais pour une victime de secte, pour une personne qui a été spoliée par les sectes, c’est très compliqué.

Pourquoi ? Parce que c’est pas encore suffisamment, et là je réponds en même temps à d’autres questions que vous m’avez posées, c’est pas encore suffisamment, on a pas encore suffisamment sensibilisé et nos magistrats bien qu’ils le sont de plus en plus et puis que il y a ce séminaire mais ça manque encore.

Également des sensibilisations près de tous nos travailleurs sociaux et bien sûr on a mis en garde ce garçon parce que, on lui a dit, l’avocat a été clair, c’est pas la peine de donner de l’espoir, il lui a dit : « tu sais, le meilleur juge d’instruction qui connaît bien le domaine sectaire, qui connaît bien, bien sûr, parce qu’en face la secte c’est un monstre froid. Ce garçon n’a pas d’argent, il faut se porter caution et naturellement en face, il va y avoir des expertises d’ordre psychiatrique. C’est un cas, comme dit la secte, c’est un cas isolé. Naturellement, vous pensez bien que ça va pas être facile, alors il lui a dit, tu en as au moins pour 10 ans de procédure.

Ph Vuilque :

Justement, je me permets de vous interrompre sur ce point particulier. Est-ce que vous ne croyez pas qu’en la matière, il y a un problème de délai de prescription ?

Delporte :

Mais bien sûr que si ! Mais bien sûr que si et ça c’est obligatoire de le reculer, enfin si c’est faisable, là je ne peux pas… je vous le demande. Mais l’important c’est que la personne lorsqu’elle sort d’un mouvement sectaire, elle ne va pas courir chez un procureur. Vous pensez bien que quand ils ont été dans un mouvement sectaire, ils ont battu leurs enfants pendant 5 ou 6 ans, ils ont battu leurs enfants parce que la gourelle disait : « Bas ton enfant, il a mal fait, il a Satan en lui », toujours basé sur du religieux et elle battait ses enfants avec une ceinture pour lui faire le plus mal possible.

Elle ne va pas arriver chez le proc. en disant : « eh bien vous savez j’ai battu mes enfants pendant 6 ans, mais je vais déposer plainte contre la secte ». D’abord, ça veut rien dire du tout et en plus, ils n’iront pas. Il ne le font que 5, 6, 7 ans après et après avoir passé, je dirais, par des centres comme les nôtres, des associations qui accueillent et qui comprennent parce que quand ils arrivent chez nous, çà aussi c’est important, quand ils viennent chez nous c’est qu’ils ont quelquefois aussi été, sans non plus vouloir blesser les professionnels, les policiers qui sont là, les brigadiers, l’assistante sociale, la PMI, l’éducateur, ce sont tous des professionnels, mais ils n’ont pas en tête quelquefois et c’est normal, toutes les sectes, l’alcoologie et ses dépendances et donc naturellement ils vont raconter un récit.

Et en général que fait le professionnel devant, il dit : « Oh la la la, faut qu’elle aille voir un psy, elle va pas bien la madame, elle a dû fumer la moquette ». Alors, non mais ce que je dis c’est parce que je l’ai vécu avec Räel par exemple, c’est pas cette grand-mère qui racontait que la petite était abusée par papa, mais c’est écrit dans les notes de Räel et quand elle a été dire çà aux gendarmes, les gendarmes ont dit : « oui, c’est la grand-mère, elle va pas bien, elle est âgée, bon ».

Il a fallu qu’on donne les preuves à l’ADFI, c’est par la documentation, oui c’est écrit là dans leur mensuel « l’Apocalypse », leur organe de presse. Et donc il a fallu du temps parce qu’on n’est pas encore suffisamment informé. Mais je peux aussi vous dire que, vous l’avez posé comme question, çà fait 16 ans que j’adhère dans cette association, ça fait plus de 10 ans qu’on prend à bras le corps en France et je pense que c’est un pays où l’on prend le plus en compte ces sectes et ces leaders dangereux, et bien on voit bien le changement. Et moi, vous savez comment je le vois c’est quand, je fais énormément de prévention, puisque la prévention ça reste ma première mission.

Ph Vuilque :

Excusez moi encore une fois de vous interrompre, justement, je reprends ma question sur la prévention.

Delporte :

Allez-y

Vuilque :

Est-ce que vous considérez qu’elle est suffisamment organisée, parce que chaque association fait, excusez- moi l’expression, un petit peu dans son coin, ce qu’elle pense utile. Mais est-ce que vous considérez qu’il y a là un souci. Est-ce que vous considérez, est-ce que cette affaire ne devrait pas faire partie d’un chapitre dans l’instruction civique, par exemple ?

Delporte :

Tout à fait, alors moi j’en serais tout à fait ravie. Alors vous parlez des associations, c’est un point important. Sans juger, ni quoi que ce soit… dans nos régions Nord-Pas de Calais, Picardie, je peux vous assurer et Monsieur le député Decocq le sait, je fais partie du comité local de sécurité, également comité de pilotage dans nos régions : Villeneuve d’Ascq, Campus Universitaire. On prépare pour le 5 octobre une conférence dans un amphi pour Lille I, Lille II, Lille III. Les jeunes gens arrivent, ils ont déjà une prévention. On fait une affiche commune, Mairie de Villeneuve d’Ascq, ADFI pour faire cette prévention. On a un comité de pilotage, Mairie de Lille, on a des relais chez le procureur, il y a ,je dirais dans nos régions, on a installé, l’ADFI a installé, je dirais, ces relais.

Pas de Calais également, la Somme également, puisqu’on a dans ces trois départements par le Conseil Général des 3 départements, nous avons également, nous formons, nous avons été au Conseil Général de la Somme pour expliquer aux personnes qui sont à l’action sociale et ailleurs, on a fait des préventions. Je fais prochainement ici en mairie de Lille, mais il faut à tout prix, c’est là l’important c’est de sensibiliser ce personnel communal.

Alors on a nos relais, parce qu’on a aussi par la Miviludes, maintenant les fameuses cellules de vigilance qui sont présidées par le préfet de police et qui ont été très bien mises de 98 à 2001 et après elles ont un peu bougé. Là d’après Monsieur le Président Roulet, elles devraient reprendre avec une nouvelle équipe.

Mais j’ai déjà une équipe, on a fait une réunion l’année passée et l’ADFI est invitée à ces réunions avec tous les fonctionnaires qui l’entourent c’est-à-dire ces fonctionnaires éducation nationale, gendarmerie et autre.

Alors c’est vrai que là aussi depuis 16 ans, on sensibilise ces personnes … relais, c’est-à-dire ces professionnels et malheureusement quand ils sont sensibilisés ils s’en vont, mais peut-être en profitent-ils par ailleurs, ils font profiter ailleurs de ce qu’ils apprennent.

Alors ça c’est vrai que là, il y a un énorme manque et le deuxième manque, le deuxième manque c’est la formation. L’information sur quelque chose de spécifique que sont les sectes. Alors j’ai peut-être pas répondu …?

Ph. Vuilque :

Si, si, je vous remercie Madame, simplement avant de passer la parole à mes collègues, vous aviez un chiffre que vous avez avancé tout à l’heure, qui nous a collectivement surpris, vous avez avancé 100 000 enfants dans les organisations sectaires dont 45 000 chez les Témoins de Jéhovah en France ?

Delporte :

… mineurs …. Oui, oui.

Bien sur

Ph Vuilque :

En France ? Donc vous nous confirmez ces chiffres ?

Delporte :

Je ne peux pas vous les confirmer à un près, En tout cas.

Vuilque :

C’est l’ordre de grandeur ?

Delporte :

Oh, oui, oui, c’est un ordre de grandeur. Ah oui, oui. Parce qu’il faut bien penser qu’actuellement les parents qui sont sympathisants ou amis de la vérité de tel ou tel mouvement sectaire, amis de la vérité c’est plus Témoins de Jéhovah, sont en train d’engouffrer leurs enfants dans la secte et ils sont en train d’interdire à cet enfants la joie de vivre, ces joies de petits enfants … ils sont en train de lui interdire tout ce qui va être de sa vie à lui.

Delporte :

… Donc ça, ça fait partie en effet de ce côté-là, j’ai pas dis que je les avais compté un par un, j’aime pas trop les chiffres, mais c’est de cet ordre là.

Vuilque :

Alors, j’ai Christian Vanneste ensuite Christian Decocq, ensuite Jean-Pierre Brard. Christian Vanneste.

Christian Vanneste :

Oui, merci Monsieur le rapporteur.

Madame, je voudrais reprendre tout à l’heure une petite remarque que vous avez faite sur une des organisations. Vous avez manifestement fait allusion au contexte social des membres de cette association ; c’est-à-dire que vous avez soulignez le fait, qu’ils n’avaient pas beaucoup d’argent en gros. Vous avez parlé d’une association, les Témoins de Jéhovah, tout à l’heure. C’est bien ça, alors ….

Oui, c’est parce que je ne voulais pas faire cas particulier, alors, mais la question que je vais vous poser a deux aspects et elle est tournée bien évidemment vers la prévention. Vous avez manifestement une expérience remarquable de ces faits. Est-ce qu’à travers cette expérience vous avez pu définir des milieux sociaux plus fragiles que d’autre, plus sensibles que d’autres, est-ce que vous avez pu également percevoir des profils psychologiques qui sont effectivement plus vulnérables que d’autre. Jusqu’à présent, j’ai déjà posé cette question, je n’ai pas eu de réponse positive, j’ai même eu des réponses qui consistaient à dire : « non en fait tout le monde peut devenir membre d’une secte ce qui laisse moi un peu sur ma faim et un peu perplexe. Je voudrais également vous poser une seconde question ; manifestement vous aviez des cas très précis en tête, vous en avez cité de très émouvants, est-ce que vous avez dressé une liste exhaustive, oui, je sais bien que cette question est un peu gênante et je vais la rendre encore plus gênante en vous donnant un cas particulier pour voir si vous pouvez nous indiquer une frontière.

Par exemple, est-ce que vous avez eu à connaître des faits correspondant par exemple aux activités de l’Eglise des Saints des Derniers Jours, par exemple, voilà, ce qui me permettrait …

Delporte :

Les Mormons ?

Vanneste :

C’est exactement ça Madame.

Delporte :

Je connais les Mormons,. Nous avons à l’ADFI et je ne connais que comme ça, des familles qui ont adhéré chez les Mormons et qui avaient des agissements sectaires. Donc oui et pas plus tard que Dimanche, j’ai fait un forum à Villeneuve d’Ascq et j’ai eu une famille qui est venue me voir en disant, moi j’ai été chez les Mormons, mais vous savez ça pas été facile et ils m’ont appâtée, ils ont appâté mon gamin avec des cours d’anglais gratuits et ces cours d’anglais gratuits pour mon gamin c’était intéressant et ensuite on lui a proposé d’allé voir le culte, il est pas loin de chez nous, enfin de Villeneuve d’Ascq et puis ce garçon et la famille s’est laissé séduire par quelque chose de tout à fait nouveau, voilà.

Vaneste ou Brard :

Est-ce que vous pouvez nous parler des pratiques sexuelles des Mormons s’il vous plait.

Delporte :

Alors les pratiques sexuelles des Mormons, alors l’aspect sexuel dans les sectes est quelque chose de très, très important. Ou c’est l’interdiction complète, chez les Mormons je dirais que là ils font une grande famille, ils aiment beaucoup les enfants, on ne prône pas trop la contraception et l’enfant, y a toute une doctrine puisque c’est quand même le livre de Joseph Smith, c’est le livre des Mormons.

C’est à peu près dans le même truc que les Témoins de Jéhovah. Russel est arrivé après, avec son histoire de Témoins de Jéhovah bon il a créé les Témoins de Jéhovah, Russel et Joseph Smith a créé les Mormons.

Alors autour de la sexualité, je dirais chez les Mormons, ce que j’ai pu en tout cas en entendre, les témoignages qui m’en ont parlé c’est que il faut une grande famille et c’est le père céleste. Alors autour de çà, on pratique vrai …,  ils sont très prudes, y a pas de.., maintenant encore une fois

Brard:

Est-ce que la pruderie va jusqu’à la monogamie ?

Delporte :

Ah oui, mais pas chez nous, pas chez nous, en Amérique mais pas chez nous, en France pas, en France pas. Et donc là, en tous cas je ne l’ai pas entendu chez moi à l’ADFI.

La question était ?...

Vaneste :

Le contexte sociologique et le profil psychologique des gens plus fragiles à l’égard des…

Delporte :

Oui, c’est ça. Tout à l’heure je l’ai dit peut-être très vite mais en tout cas ça n’est que l’avis de Charline Delporte.

Personne n’est à l’abri demain de rentrer dans une secte,

(…)

Personne,

(…)

Mais attention on dit secte mais il faut voir  aussi l’intentionnalité, je voudrais pas .. L’important c’est bien de se dire qu’à un moment dans sa vie on peut ne jamais rencontrer ce mouvement sectaire, même si on a des moments difficiles ou des moments fragiles mais si la secte est par là, les affiches, alors là je vous dis, les affiches prosélytes de la secte.

Ils ont tous leur organe de presse, faut-il encore décortiquer qu’il s’agit de la secte, je l’ai bien démontré mais personne n’est à l’abri demain d’entrer dans un mouvement sectaire, moi je le dis souvent en prévention : « dites moi ce qui ne va pas chez vous actuellement, vous avez peut-être un projet à combler, une recherche spirituelle, une recherche intellectuelle et moi je vous trouve dans mon catalogue de sectes, une secte qui vous irait très bien parce que vous allez avoir des réponses, à pas toutes vos questions, mais à beaucoup de réponses, et ensuite la secte rentre en vous mais ça se fait vraiment très sympathiquement et c’est facile, soyez, je dirais, c’est pour ça qu’il faut être vigilant …

Vuilque :

Merci Madame.

Delporte :

La première phase est importante

Vuilque :

Merci Madame, Christian Decocq.

Decocq :

Oui, en vérité, vous avez Monsieur le Rapporteur posé les questions qu’il fallait poser et l’audition de Madame Delporte a été très complète et comme nous sommes quelques députés du Nord à bien la connaître et à connaître son association. Il faut que la commission sache que son activité est très efficace mais j’aurais aimé, je comprends bien que l’audition serait trop longue, puis cela dépend de la présidente. J’aurais aimé qu’elle puisse aussi évoqué ce qu’elle a commencé par évoquer en parlant des gens d’en face et au fond du harcèlement dont elle est victime. Ce qui donnerait tout de même une idée de la dureté du combat.

Et je dois dire à la commission, Madame Delporte ne le sait pas, moi je dois vous dire que j’ai été mis en garde moi-même contre le comportement sectaire de Madame Delporte, ce qui est sans doute un grand classique du genre mais je débute dans la commission, vous m’excuserez, mais ma question n’est pas liée, j’ai une dernière question je profite de cette audition, qui n’est pas liée avec la mise en garde, elle ne vient pas, qu’on ne se méprenne pas. Est-ce que les Evangélistes, vous les considérez comme un mouvement sectaire ?

Delporte :

Les évangélistes nous posent question pour certaines de leurs églises. Elles sont toutes très indépendantes, juste encore une fois, vous savez c’est pas mes chiffres, on a un annuaire des évangélistes en France et on avait reçu pour bien comprendre parce qu’on avait eu des cas de familles et quelquefois des cas douloureux et là y avait là tous les ingrédients d’un mouvement déviant.

Et donc on avait reçu un pasteur d’une fédération nationale, je ne me souviens plus son nom, je m’en excuse et il était venu me dire qu’il y avait une fédération et il y avait là à l’époque, il y a quelques années, je ne sais plus combien d’églises répertoriées dans cette fédération, des églises dans ce rapport, dans cet annuaire national, y en avaient peut-être 2800 à lui mais il y en avaient 4000 en tout, et beaucoup n’étaient pas, je dirais, répertoriées dans cette fédération.

Alors, quand on devient une église indépendante évangéliste, on est indépendant, c’est des pasteurs, des pasteurs qui peut être vous; demain si le saint esprit vous tombe dessus, vous pouvez tout simplement (rires dans la salle) … non excusez-moi mais c’est comme ça …

voilà je veux démontrer qu’il suffit de très peu, bien sûr on a des pasteurs tout à fait respectables et honorables qui ont des études de théologie, et y en a d’autres, ça va pas.       

Et moi c’est ceux qui sont déviants et quant ils sont déviants eux-mêmes, bien sûr la déviance va aller vers ces fidèles, alors moi les déviances que j’ai de ces pasteurs, c’est qu’on vient me raconter des situations épouvantables :

« mon épouse, j’ai une compagne depuis 9 ans, on a 2 enfants, on s’aime, on a 2 enfants. Bon maintenant moi je vis dans le péché parce que d’après l’Eglise évangélique qu’elle fréquente et bien on doit se marier, je ne peux plus avoir des rapports sexuels avec mon épouse, donc il faut que je marie, elle veut plus de moi ». Donc bien sûr il dit « je vais marier, j’aime ma femme et elle comprend plus, elle se promène du matin au soir avec une bible, ça devient fondamentaliste ».

Moi, je n’ai ces parties là, donc … c’est ces évangélistes et Monsieur le député Decocq, merci de me faire rappeler ce harcèlement que l’ADFI (intervention dans la salle inaudible).

Oui, c’est vrai que depuis 16 ans, cette résistance aux sectes m’a amenée à énormément d’assignations parce que, me faire taire, c’est pas facile.

Peut-être aussi parce que je dis avec mes tripes et c’est jamais facile et que quand je dis quelque chose qui n’est pas beau et que ça ne plaît pas à la secte ça veut dire aussi que j’ai fait mouche et quand je suis assignée, je suis ravie, finalement, ça veut dire que on a dit quelque chose qu’il fallait pas et qu’elle est pas contente.

Mais c’est vrai que, être responsable d’une association telle que celle là, même avec une équipe autour, bien sûr on est une association loi 1901, c’est pas facile du tout parce que ce harcèlement, il est d’abord juridique, la pression est juridique.

Vous savez j’ai été je pense 13 fois assignée, 10 fois jugée, la dixième fois j’ai été condamnée, c’est vrai j’ai été condamnée, c’est vrai c’est un vieux procès, j’avais dis que pour moi les sectes c’étaient des associations de malfaiteurs, y en a une qui s’est reconnue et alors donc j’avais gagné en instance, j’avais gagné en appel mais en cassation on dit pas « association de malfaiteurs » donc c’est revenu en cour d’appel et en cour d’appel de Paris, puisqu’ils ne veulent plus me juger à Lille du fait que soi disant j’aurais des amis magistrats, donc maintenant c’est directement Paris.

Brard :

C’est Paris ou Versailles ?

Delporte :

C’est Paris, et là naturellement j’ai été condamnée à 1 euro de dommages et intérêts, c’est peu mais 6 ou 7 000 euros de frais à rembourser à la secte pour les dépens et surtout, surtout, ensuite ils utilisent cette condamnation et je me souviens que j’ai eu tout de suite par l’Education Nationale, des parents de la secte qui ont écrit à l’époque au ministre de l’Education Nationale pour dire que j’étais une personne malhonnête, une femme, une mauvaise dame qui n’était pas respectable puisque j’étais condamnée et que je n’avais plus ma place à faire de la prévention dans les établissements. Je pense que ce ministre de l’époque n’a pas dû bien lire la lettre ou au contraire je le remercie parce que je continue encore plus à faire cette prévention et je fais confiance en tous cas à ces hommes et à ces femmes, je dirais politiques et autre pour…,

Vous savez notre mission à l’ADFI, c’est des bouts de ficelles et faut pas manquer d’imagination, je pourrais pas vous dire, on travaille toujours dans l’urgence mais je sais que maintenant depuis 10 ans comme disait bien Monsieur le Rapporteur, depuis 10 ans on voit les choses bouger.

On s’est d’abord caché derrière nos rapports parlementaires mais même si on dit : ils sont obsolètes, ces sectes sont toujours bien présentes, il faut bien qu’on sache tout simplement, elles sont là, toutes. Alors il y a l’outil Internet mais elles ont changé de nom, elles se sont saucissonnées, mais elles ont pris, c’est les mêmes doctrines du fondateur pour se faire de l’argent mais il a des petites associations, vous verrez pas que derrière il y a la Fraternité Blanche Universelle ou autre, ou les Témoins de Jéhovah ou la Scientologie ou ….

Ils ont changé mais ils sont toujours là. Ce rapport, bien sûr qu’il faut … peut-être un peu, il n’est pas obsolète pour nous à l’ADFI, pas du tout, non, non.

Vuilque :

Merci, Madame, de souligner l’importance du travail parlementaire, le temps passe, le temps passe, j’ai encore un certain nombre de demandes d’interventions, Jean-Pierre Brard et Serge Blisco. Surtout Madame, ne partez pas avant de nous avoir donné vos 3 propositions.

Jean-Pierre Brard :

Très brièvement, je confirme ce que dit Charline Delporte sur le harcèlement judiciaire, j’en ai été victime moi-même pas plus tard que l’année dernière, j’avais dit sur une chaîne de radio, comme vous savez chers collègues nous ne sommes pas protégés en dehors de ce lieu, que la Scientologie et les Témoins de Jéhovah fonctionnaient selon les modes de la criminalités internationale, ce que nous pouvons tous confirmer.

J’ai été … ils m’ont poursuivi en diffamation, les Témoins de Jéhovah, j’ai été, ils ont été déboutés en première instance et j’ai été condamné par la Cour d’appel de Versailles plus lourdement encore que les Témoins de Jéhovah ne l’avaient demandé.

Je dis ça pour nos collègues, je pense qu’on peut former sans beaucoup de risques de se tromper l’hypothèse que des sectes vont en justice en sachant qu’elles vont perdre et en espérant se retrouver devant telle Cour d’appel où si nous regardons les jugements qui se succèdent on retrouvera le nom d’un même magistrat, je le dis en passant.

Alors ma question est simple, ma question est simple madame la Présidente. Est-ce que vous connaissez l’association nationale « Droits des patients » ?

Delporte :

Oui

Brard :

Est-ce qu’elle est active dans votre département ? Est-ce que vous pouvez dire qui est cette association ?

Delporte :

L’association « le droit des patients » est une émanation directe des Témoins de Jéhovah et bien sûr quand elle a été interpellée dans ce rapport parlementaire elle s’est saucissonnée par association donc elle a crée 5, 6 associations dont R Nata, l’association des Droits des Patients mais on retrouve dans toutes ces associations et bien les Témoins de Jéhovah dont chaque fois, je peux peut-être…, l’avocat Garay, Nadjean, enfin tous ces gens qui sont Témoins de Jéhovah, médecins et qui font un prosélytisme fou parce qu’ils veulent à tout prix être reconnus par notre Etat français, enfin bref, oui.

Brard :

Une question complémentaire, connaissez-vous le nom du secrétaire national de cette association ?

Delporte :

Oui, je le connais bien, il s’appelle Patrick Peloux et …

Brard :

Merci, Madame la Présidente.

Vuilque :

Serge Blisco

Blisco :

Vous avez dit Madame Delporte, à un moment, toutes ces associations et nous le savons tous, ont des revues, j’ai vu tout à l’heure passer la Tour de Garde, je ne sais plus si c’était la version Watch, enfin la version anglaise, Watch Tower ou sa traduction, peu importe, bon que nous connaissons bien et qui sont données, distribuées, portées par portage dans les boites aux lettres suivant les endroits, les régions et les villes, bien.

Bien, aujourd’hui, vous l’avez dit à plusieurs reprises le développement de l’Internet. Or, beaucoup d’adolescents, MSN, vous connaissez ça, enfin moi ce que je vois autour de moi sont toute la journée entre Ebay, la FNAC, tout ça c’est pas grave ; quoique sur Ebay on vend de tout.

Donc, je voudrais savoir aujourd’hui, à la fois l’ADFI mais c’est une question qu’on se pose tous, on n’est pas à lire, à scruter à analyser, les feuilles de papier mais vous le savez tous, vous savez les ados mais pas seulement les ados, lisent de moins en moins, c’est dommage mais c’est comme ça, l’écrit disparaît au profit, disparaît ou est amoindri au profit de ce qui est, toujours de l’écrit mais sur la toile.

Or je trouve qu’on est un petit peu en arrière, un petit peu en retard, est-ce que vous avez aujourd’hui et je crains, on parle beaucoup des sectes sataniques ou des groupes sataniques qui peuvent être des sectes ou tout simplement des groupes affinitaires ou de fans …

Delporte :

Des micros groupes …

Blisco :

… des micros sociétés qui se font sur Internet. Moi j’ai très peur qu’on soit encore en train d’analyser nos journaux alors que des choses passent beaucoup plus facilement et plus fluide et sans le contrôle parental si j’ose dire, parce que vous tombez quand même sur un ado qui lit la Tour de Garde ou un autre journal, bon, vous dites, ça tu sais ce que c’est, etc, ou un des papiers que vous avez montré, mais je crains que là nous ne voyons qu’une vieille partie immergée de l’iceberg parce qu’il se passe beaucoup de choses dans l’Internet.

Je vais poser une 2ème question qui s’adresse plus peut-être à tout le monde, je pensais à Jean-Pierre Brard quand il vous posait des questions etc., deux choses que je dis au rapporteur également.

Est-ce que vous avez remarqué, ça vient un petit peu du Nord aussi, mais je ne citerai pas la personne qu’actuellement il y a une offensive qui est connue depuis longtemps sur le trop grand nombre d’hospitalisations en psychiatrie.

C’est le droit des patients qui m’a fait …, et il y a tout un, toute une interrogation qui peut être légitime, qui a été lancée par un de nos collègues, Jean-Pierre, sur le fait que la France était spécialisée sur, ou était vraiment très en pointe, mais pas dans le bon sens du terme sur les hospitalisations psychiatriques. 

Il se trouve que ça recouvre bine évidemment une … une des multiples avatars de la Scientologie

Delporte :

Oui, le conseil national des Droits de l’Homme et du Citoyen …

Blisco :

Voilà, qui nous abreuve, évidemment en tant que médecin, je suis présent en hôpital psychiatrique. Bien. Quelle ne fût pas ma surprise d’apprendre que dans une mission, une commission d’information parlementaire au mois de… printemps, je sais pas si vous savez, j’ai regretté Philippe de pas t’avoir amené le dossier, cette commission était auditionnée dans l’enceinte de ce parlement.

J’ai prévenu le président de l’Assemblée Nationale, j’ai prévenu le directeur de cabinet de l’Assemblée Nationale directement qui m’ont assuré de leur grande vigilance mais, je donne un exemple, il faut que vous le sachiez.

La collègue que je ne connais pas bien, qui a auditionné et que j’ai prévenu également avait prévu une audition comme aujourd’hui, disons le 13 septembre, le jour le 13 septembre j’ai donc appelé immédiatement le cabinet, 15 jours avant on reçoit une convocation, j’ai appris le 13 septembre que pour des raisons de circonstance qui n’arrivent jamais vous le savez bien, vous qui avez fait beaucoup de commissions et de missions, ils avaient été auditionnés le 6, c’est au moment où le cabinet du président a commencé à s’intéresser à la question, il était déjà auditionné.

Delporte :

Ben voilà, la Scientologie a été auditionnée

Blisco :

Notre collègue m’a dit : « je sais qu’il est à la SNCF, il a demandé à être auditionné et je ne voyais pas pourquoi on ne pouvait pas les auditionner ». Je vous livrerai les pièces de ce tout petit dossier, j’avais bien sûr pris attache auprès d’un syndicat de psychiatres qui a été persécuté comme vous l’avez tous été pour avoir le fonds du dossier qui m’avait envoyé ça par mail, par fax à ce niveau là. Voilà, c’est mes 2 questions.

Delporte :

Alors pour la première question, il s’agit des adolescents avec ces microgroupes qui s’appellent le satanisme. Le satanisme, je dirais, c’est pas les grandes sectes que l’on peut voir aux Etats-Unis, qui nous viennent souvent de là-bas, mais chez nous en effet Internet est un très bon outil, un outil qu’on a besoin, maintenant je pense, mais ça peut-être aussi un outil pour des adolescents en fragilité dans les moments difficiles, 14, 15 ans où ils vont aller pianoter avec des camarades, je dirais, mais on les voit bien sûr dans les collèges, combien j’ai été voir … 2, 3 jeunes et en effet on les voit même dans leur façon de s’habiller.

Ils aiment la musique hard, ils aiment la magie et naturellement sur Internet ils vont trouver tous ces ingrédients, je dirais pour faire ces petites recherches de magie et tant que ça en reste là, qu’on écoute une musique forte si les parents l’acceptent …. L’important également c’est qu’il n’y ait pas un manque de communication avec les parents parce qu’Internet pourquoi pas, l’outil Internet est quelque chose d’important mais les parents doivent bien sûr être présents pour voir un peu ce que l’enfant voit ou écoute.

Mais ça, ça fait partie du dialogue parent-enfant et enfant-parent alors c’est vrai que là, moi j’ai eu au centre d’accueil ces jeunes gens qui sont venus avec leurs parents. Alors il y en avait un en particulier qui était venu, son père l’avait ramené comme ça, et puis il lui dit : je suis obligé de venir, je sais pas qui vous êtes, mon père … et donc.

J’ai dit : écoutez, j’ai dit au papa gentiment, je ne prends pas les jeunes gens comme ça, si il ne veut pas me parler c’est son droit, parce qu’il a quand même des droits ce jeune homme et on a pu finalement, il a dit, si je suis ici, je reste, je vais parler, on a parlé sans papa et on a parlé longtemps et lui son truc à lui c’est en effet cette musique hard rock et c’est en effet, il est très, très féru de magie et il a pianoté et bien sûr il a rencontré d’autres amis et il est resté dans une magie, pas la magie noire où on commence à faire des rituels.

Alors là pour l’enfant qui est vraiment pas bien du tout, là on revoit et c’est ce que je peux remarquer, conflit familial, séparation et alors là en effet l’enfant tombe, bascule entre cette magie, musique forte, mais l’année d’après il va passer dans une autre classe et ce sera fini, il y aura cet ado.... et bien on a quelques enfants, en effet qui basculent dans le satanisme avec ses rituels.

Mais les rituels, comme toutes dépendances de secte, donc les initiations, je dirais dans ces groupes sataniques et bien c’est d’abord bien sûr de pouvoir aller dans les cimetières, de pouvoir passer une nuit, de pouvoir tuer, je dirais un petit animal, faire un peu comme des grands artistes américains, quand on jette des poussins il faut les tuer avant qu’il commence son concert, je ne le citerais pas mais il est venu en France en concert, bon bref.

Petit à petit, ils vont descendre les marches jusqu’à perdre cet esprit critique, je dirais et ce libre arbitre. Donc les rituels ça va être aussi de se lacérer les bras, parce qu’ils veulent souffrir et le dernier bien sûr c’est le suicide, alors ça peut être en bas d’une falaise mais on voit tout ça, on le voit, les parents … alors c’est vrai ils se cachent mais quand l’enfant commence à ne plus discuter, je pense que là, il faut être très vigilant avec l’enfant surtout si il aime la musique … alors tant qu’il se met, qu’il s’habille de noir, à la limite, il a besoin un peu de çà pour vivre mais c’est après.

Donc là y a une surveillance sans pour cela tomber non plus dans la paranoïa mais en parler, en discuter parce que il peut basculer, je dirais, dans ces rituels et aller bien sûr … nous avons eu bien sûr, je me souviens avoir été dans un hôpital et cette petite jeune de 15 ans qui avait envie de mourir et je lui dis : mais pourquoi as-tu envie de mourir ?

Elle a dit aussi bien, et là il y avait de gros soucis, j’ai pu remarquer qu’il y avait de gros soucis et c’étaient les soucis familiaux qui faisaient qu’elle avait basculé dans quelque chose de beaucoup plus fort et bien sûr la mort, c’est le dernier rituel puisque tout est basculé, ça devient le monde de Satan, çà devient un culte et puis sur Internet t’as tout ce qu’il faut, tu passes dans cette magie noire qui est une magie épouvantable et sanguinaire et ce jeune va le faire.

Et en France, chez nous tout au moins dans la région où je suis, j’ai été interpellée dans des collèges mais c’est des micros groupes.

Vuilque :

Merci madame

Brard :

Quel est l’artiste pour lequel il faut tuer des poussins avant le concert ?

Vuilque :

Madame avant de vous demander vos 3 propositions, je voudrais attirer l’attention de mes collègues sur … on a parlé tout à l’heure des cellules de vigilance, qui sont auprès  de chaque préfet de département. Bon, j’attire l’attention de mes collègues sur un projet de réforme qui viserait à faire de ces cellules, des cellules de sécurité de lutte contre le terrorisme et des cellules de sécurité et les phénomènes sectaires ne seraient que, je dirais, accessoires, donc j’attire votre attention là-dessus parce que, la dimension spécifique des dérives sectaires risque de passer un petit peu à la trappe. Donc il faudra peut-être qu’on y soit vigilant le moment venu.

Madame avant de vous quitter, parce que le temps passe et nous avons une autre personne à auditionner, vous nous aviez dit, vous avez dit tout à l’heure que vous avez 3 propositions précises à nous faire.

Delporte :

C’étaient donc les propositions que l’ADFI avait fait passer l’année dernière pour ses 30 ans. Donc à cette occasion, on avait fait une série de conférences, si vous vous souvenez, vous étiez… donc, moi j’en ai conservé 3 qui me semblent les plus importantes actuellement et ce que vous venez d’annoncer est important, voyez, déjà « cellule de sécurité ».

Ma première c’est d’appliquer et faire appliquer les lois, c’est-à-dire que l’arsenal juridique est suffisant. On travaillait déjà en 93 avec l’abus de faiblesse, on pourrait travailler davantage avec la loi Picard-About, mais appliquer les lois pour aider les familles de secte, ça c’est important, c’est-à-dire que la personne qui va prendre le dossier et bien il faut pas qu’elle le prenne et qu’elle le lâche parce que la secte est très fine, elle est très très maligne et elle, elle a de bons avocats.

Vuilque :

Il faut une continuité et un suivi …

Delporte :

Une continuité, également dans ce même type, c’est pas la peine, çà je m’en suis rendue compte, parce qu’il faut toujours se moduler à la secte, elle bouge, il faut qu’on bouge, dans l’efficacité.

Par exemple pour le stade Bolaert, j’ai nommément nommé les responsables, si toutefois il y avait des victimes, je ne me suis pas adressée à la secte en tant que telle parce que c’est une nébuleuse, j’ai dit à Monsieur X et à Monsieur Y, les représentants qui avaient signé en bas d’un papier : je loue le stade Bolaert pour 3 jours, messieurs vous êtes responsables si toutefois il y a des victimes qui viennent au centre d’accueil et vous vous engagez et vous entendrez parler de nous.

Je peux vous assurer que.., je pense que l’important c’est pas la secte en tant que .. , c’est très dur, ça c’est important.

Intégrer, alors ça c’est pour nous quelque chose de fondamental, en tout cas encore, c’est d’intégrer la dépendance sectaire aux dépendances (aduitif, addictives) reconnues comme porteuses de dangerosité.

Je suis toujours malheureuse, encore ce matin en allant dans un commissariat de voir afficher, la drogue, toxicomanie, tabagie, alcoologie et y a pas sectes.

C’est une … en tout cas avec les années de recul, la dépendance sectaire, quand on est dépendant à sa dose du rituel, c’est une dépendance, une dépendance donc sectaire et sociale.

Et ensuite la troisième c’est de créer dans chaque région, une équipe qualifiée, c’est pas difficile je pense, je pense que on est sur la bonne route, j’espère et rapidement opérationnelle ; assistante sociale, éducateurs, juges pour enfants, surtout quand il s’agit de mineurs parce que vous savez, une chose est sure c’est que moi j’ai des situations, encore ce père de famille hier me dit : « ma femme est dans une secte, mes 2 enfants me l’ont dit », ils ont 8 ans, 2 jumeaux … la mère est dans la secte, ils ont dit : « maman m’emmène à la secte ».

Comment je fais ? j’interpelle le juge pour enfant, il faut faire une enquête sociale, on met tout ça en route, il faut un an, il faut quelquefois longtemps mais c’est comme ça eh bien vous inquiétez pas messieurs, les sectes, messieurs, mesdames, pardon, la secte de l’autre côté travaille tous les jours sur l’enfant mineur vis à vis, et sur maman aussi et quand enfin, le père peut au moins dire : « qu’il n’aille pas à la salle, qu’il n’aille pas dans cette secte » ben l’enfant lui-même et que le père peut récupérer l’enfant  pour qu’il ne soit pas en danger. C’est l’enfant lui-même qui va dire : « Papa, t’es satanique, je veux pas aller avec papa ».

Ca, c’est, nous n’avons, on a que ça et quand enfin on y arrive et bien ils redéposent plainte pour un but sexuel, papa aurait touché la petite pendant une période quand il était là. Nous en avons malheureusement bien de trop, donc, on se doit, je dirais, de rendre et de qualifier, je dirais, surtout de les sensibiliser, de les former ces personnes.

Ca doit se former comme la drogue, comme l’alcoologie, il y a en France, la drogue, la toxicomanie, quand on voit également, je dirais l’alcoologie, on en parle.

Et bien sûr venir en aide à l’entourage des mineurs également afin de prévenir les préjudices. C’est-à-dire que, il suffit pas, l’enfant les parents mais l’entourage, la famille qui est autour et qui elle n’est pas dans la secte.

Vous savez je l’ai dit tout à l’heure mais c’est important et ce sera ma conclusion. La famille qui est autour, qui vit ça depuis des années et bien je peux vous assurer qu’ils sont fatigués et usés d’avoir été voir le proc. d’avoir été voir le juge pour enfant, de voir l’assistante sociale, de voir, finalement on ne fait que tourner en rond.

Donc la famille autour elle dit mais quand c’est que ça va arrêter, mais quand c’est qu’ils vont comprendre qu’on a besoin aussi d’être soutenus parce que si nous on doit soutenir pour ne pas couper le lien avec la personne adepte de la secte, nous on a besoin d’avoir ce soutien et pas dans 10 ans et ça c’est important. Merci.

Vuilque :

Merci pour votre précieux témoignage et puis au nom de tous mes collègues, vraiment nous vous souhaitons bon courage. Nous sommes, vous savez avec vous et nous continuerons à vous soutenir.

Fin de l’audition de Delporte

 

 
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