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sectes caplc ciaosnL'église catholique : une secte dangereuse ?
Une organisation sectaire nuisible ?

La question est-elle si provocante qu'elle en a l'air de prime abord ? Les récentes révélations de ces dernières semaines, le dossier de huit pages du journal belge Le Soir intitulé "l'affaire Dutroux de l'Eglise" du week-end du 11 septembre et l'émission spéciale de la télévision belge, la RTBF, du lundi 13 septembre prouvent à quel point cette organisation religieuse a accumulé en masse les critères des dérives sectaires servant, selon le CIAOSN (Centre belge d'information et d'avis sur les organisations sectaires nuisibles) à repérer ce que la loi belge dénomme comme une « organisation sectaire nuisible" : entrave à la justice, dissimulation de preuves, protection de criminels, abus de confiance, abus sur des mineurs, tentatives de corruption, non-assistance à personne en danger, et sans doute plus encore. Qu'une organisation rassemble autant d'infractions à la loi devrait légitimement nous permettre de nous poser la question en toute transparence et souci d'impartialité. Certaines victimes d'abus sexuels des prêtres catholiques vont d’ailleurs plus loin comme les centaines réunies ce 25 septembre en Italie pour lancer un appel international pour que ces actes de pédophilie soient reconnus comme un "crime contre l'humanité".

Le terme « organisation sectaire nuisible » est un concept assez flou créé par l’Etat belge afin d’éviter le terme méprisant de « secte ». Dans l’ensemble sont considérées comme des « sectes » en Belgique presque toutes les minorités religieuses non reconnues. Le terme « secte » devenu aujourd’hui une insulte et utilisé abondamment auparavant par les autorités - on se souvient malheureusement de la commission d’enquête sur les sectes » - a été abandonné suite aux nombreuses contradictions qu’il suscitait envers l’esprit des droits de l’homme. Madame Asma Jahangir, Rapporteuse Spéciale des Nations Unies sur la Liberté de Religion ou de Conviction, déclarait dans son rapport de 2006 que « la politique de la France envers les “sectes” (sur laquelle s’est basée la commission parlementaire belge sur les sectes”) a contribué à créer un climat de suspicion et d’intolérance générale envers les organisations listées dans la liste des « sectes ».

Il faut rappeler en effet qu’il n'existe en droit aucune distinction reposant sur une disposition légale entre un « culte » ou une « religion » et une « secte » et que toute tentative en ce sens serait nécessairement discriminatoire et incompatible tant avec la Constitution qu’avec la Convention européenne des droits de l’homme.

Ainsi les termes « organisation sectaire nuisible » et « dérive sectaire » utilisés aujourd’hui permettent, tout en étant malgré tout encore flous, non définis et donc risqués dans leur utilisation, un léger progrès dans la désignation des groupes religieux dangereux. Ces derniers seront appréciés sur base non plus de jugements de valeur mais sur base de comportements et de faits précis comme par exemple des manquements à la loi. Le progrès le plus significatif réside sans doute dans le fait que ces termes peuvent s’adresser à tout groupe religieux, qu’ils soient minoritaires ou majoritaires.

En effet par organisation sectaire nuisible, la loi entend : "Tout groupement à vocation philosophique ou religieuse ou se prétendant tel qui, dans son organisation ou sa pratique, se livre à des activités illégales dommageables, nuit aux individus ou à la société ou porte atteinte à la dignité humaine". Au vu des révélations actuelles il est donc tout à fait légitime de classer l’Eglise catholique comme organisation sectaire nuisible vu qu’un grand nombre de ses responsables se sont livrés à des pratiques condamnées par la loi en profitant de leur vocation religieuse. Ce classement est d’autant plus possible qu’aucune disposition de loi ne permet au CIAOSN de déterminer quel type de groupe correspondrait à la notion d’ « organisation sectaire nuisible ». Ainsi un culte reconnu peut tout aussi bien se retrouver classé « organisation sectaire nuisible ».

La société belge, et très certainement celles de ses pays voisins, est sans doute frileuse à qualifier ainsi une organisation qui a jalonné la culture européenne depuis des siècles. Certes il est plus aisé de qualifier d'organisation sectaire nuisible" ou de "secte" une nouvelle communauté de foi peu connue et dérangeante pour ses idées différentes qu'une institution faisant partie du paysage de façon si intime qu'elle en endort notre méfiance. Comme l’explique Lgierd Kuty, professeur émérite à l’Université de Liège et président du centre de recherche et d’intervention sociologique de l’ULg, l’Eglise a bénéficié d’un statut exceptionnel et sa légitimité doit désormais être négociée.

La preuve en est que quasi personne n'ose à ce jour qualifier l'Eglise d’organisation sectaire nuisible et ce malgré les preuves accablantes de ses dérives sectaires. Evidemment la démonstration d’activités « illégales» devra nécessairement résulter de décisions judiciaires qu’une grande partie de la population attend avec impatience. En attendant si un groupe religieux minoritaire cumulait avec autant d’horreur toutes ces mêmes dérives sectaires, l’étiquette d’ "organisation sectaire nuisible" ou pire de "secte" pleuvrait à verse et le CIAOSN s’empresserait de réagir en ce sens. Deux poids deux mesures ?

Une autre preuve de cette frilosité inappropriée en est que personne n’oserait penser poursuivre en justice le chef de l'Eglise catholique pour ces faits. Impossible ! Déraisonnable ! Ces termes ne manqueraient pas de fuser et pourtant la religion Raëlienne européenne l'a fait ce lundi 13 septembre auprès de la haute cour "Queen’s Bench Division" à Londres. La plainte a été acceptée ; cela mérite d’être souligné vu son caractère improbable et cela démontre un changement positif des paradigmes dans le sens d'une remise en question de l'impunité des religions majoritaires. Les chefs d’accusations incluent la diffamation à son encontre, la violation de la Convention internationale des Droits de l'Enfant, la Charte des Droits Fondamentaux de l'Union Européenne (Articles X & XXII) et la Convention pour la Protection des Droits de l'Homme et des Libertés Fondamentales (Article IX).

La religion Raëlienne, religion athée présente sur les 5 continents, base sa vision sur la compréhension qu'il n'y a pas de dieu mais une infinité de civilisations dans un univers infini et que l'une de ces civilisations est à l'origine de la création scientifique de la vie sur terre. Une motivation particulière à poursuivre le pape en justice se trouve dans l’attaque que les raëliens ont subi en 2001 lorsque l’évéché de Liège attaqua pour diffamation l’association raëlienne, Nopedo. Cette association de défense des enfants victimes des prêtres catholiques a été crée par les raëliens dans l'optique de dénoncer publiquement les exactions des prêtres catholiques afin que non seulement ces abus insupportables cessent mais aussi que le gouvernement décide enfin de rendre justice aux victimes. Elle luttait également contre la loi du silence de la hiérarchie de l’église catholique.

Ainsi pour permettre aux victimes de parler des agressions de caractère sexuel dont elles avaient fait l’objet lors de leur enfance de la part de prêtres pédophiles sans que leur souffrance passe aux oubliettes, au début du mois de juin de 2001, l’association NOPEDO procéda à l’ouverture d’un numéro vert pour accueillir les appels et les dénonciations des victimes, à la rédaction et distribution de tracts ainsi qu’à l’ouverture d’un site Internet.

Pendant toutes ces années, alors que les membres de l’asbl Nopedo patiemment tentaient d'aider les victimes l'Eglise catholique se dépêchait en 2001 de faire condamner Nopedo en référé pour diffamation. En juin 2001, l’asbl Evéché de Liège introduisit une action en référé devant le Tribunal de première instance de Liège. Ils reprochaient aux concluants d’avoir rédigé et distribué des tracts contenant notamment les passages suivants : « Les faits de pédophilie connus ne représentent que la face visible de l’iceberg car, pour un prêtre condamné pour pédophilie, il y a fort à parier que les dizaines de prêtres catholiques continuent leurs activités pédophiliques en toute impunité » et « Les risques d’abus sexuels de la part des prêtres catholiques étant statistiquement plus grands que dans la population normale, envoyer ses enfants au catéchisme, c’est courir le risque inacceptable de les exposer sciemment à des actes de pédophilie ».

A la lueur des révélations actuelles il apparaît incontestable que les mises en garde de Nopedo en 2001 s'appuyaient sur des réalités que nul ne conteste plus aujourd’hui.

Déjà à l’époque, par ordonnance du 14 août 2001, le Tribunal de première instance de Liège siégeant en référé déclara l’action des demandeurs non fondée. Les demandeurs interjetèrent appel de cette ordonnance le 27 août 2001. La Cour d’appel de Liège, dans son arrêt du 28 novembre 2001, ne fit pas droit à la requête des demandeurs quant à la suppression du site Internet NOPEDO.org mais décida alors d’interdire la diffusion des tracts. Le procès sur le fond est aujourd’hui toujours en cours.

On peut donc comprendre aisément la motivation de la religion Raëlienne à poursuivre le pape en justice. Sans doute d’autres procès viendront s’ajouter, la voie a été ouverte. Les victimes de prêtres pédophiles ne sont pas en reste comme nous pouvons le constater non seulement en Italie mais partout dans le monde. Dans un avenir proche, nous verrons peut-être l’impunité et le statut d’exception des religions majoritaires tomber et la possibilité de voir en elles un système d’organisation sectaire nuisible au même titre que l’on peut le voir pour les minorités religieuses. Ce ne sera là qu’équité, justice et avancée démocratique.

Eric Remacle
Diplômé en psychologie appliquée
Responsable de Nopedo Belgique
Responsable juridique européen du mouvement Raëlien Européen


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