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ÉDITORIAL

Tumulte chez les psychothérapeutes
par Paul Vinel
CAP Liberté de Conscience - juin 2010

 

Qui imaginerait des curés célibataires tout auréolés de leur virginité promus par décret officiel conseillers en sexologie ? Cela serait-il possible ? En France, pays des Lumières, une aberration similaire vient d’être mise en place : le décret 2010-534 tout juste sorti au Journal Officiel et réglementant le titre de psychothérapeute !

Voici un rapide rappel historique. Le 8 octobre 2003, M. Accoyer et quelques députés votaient un amendement en vue de réglementer le titre de psychothérapeute. Cet amendement dit Accoyer restera comme l’archétype du texte de loi voté nuitamment par un groupuscule de députés partisans et incompétents. Plus de six ans après, le décret 2010-534 vient enfin clôturer de très longues discussions politiciennes. La preuve s’il en fallait de l’inadéquation de ce texte de loi et aussi de l’inculture des hommes politiques concernant un sujet sensible. Entre temps, pour faire aboutir son projet M. Accoyer sera passé par la case président de l’Assemblée nationale. Il aura aussi été qualifié de « plus mauvais président depuis que la Ve République existe » par son ami politique, Jean-Pierre Grand.

En décembre 1995, le rapport parlementaire sur les sectes disait déjà : « L'émergence de besoins spirituels nouveaux résulte de la conjonction d'un certain nombre de facteurs connus, qui ne seront rappelés ici que pour mémoire. Il est certain que la contestation du productivisme, l'effondrement des idéologies politiques, les remises en cause du scientisme, du matérialisme, le déclin continu des religions " traditionnelles " ont fortement remis en cause le modèle sur lequel les sociétés occidentales s'étaient développées depuis le XIXe siècle ». Plutôt que de chercher des vraies solutions, des politiciens opportunistes ont choisi de se lancer dans la chasse aux minorités de conviction, pardon dans la chasse aux sectes, et ont acquis de ce fait une notoriété à peu de frais. Quinze ans après, la situation n’a guère changé, preuve que de fausses solutions ne règleront jamais un véritable problème. Les faits divers les plus dramatiques démontrent l’omniprésence du stress dans notre société en crise. Suicides en entreprise, crimes et drames familiaux, violences en tout genre y compris dans les familles et à l’école, flambée du racisme et de la xénophobie, menaces antisémites, voilà la situation actuelle. Récemment, le député PS Claude Bartolomé a déclaré que le département de Seine-St-Denis pouvait exploser à tout moment. Notre société moderne est soumise à un stress négatif permanent, résultat des nombreuses contraintes environnementales. La santé psychique de nos contemporains est soumise à des tensions pénibles et permanentes et peut vaciller à tout moment. Et pourtant des solutions existent ! La psychothérapie est l’une d’elles car elle permet de résorber les troubles psychologiques, à l’origine de bien des drames.

Dans le monde entier, mais principalement aux Etats-Unis, des chercheurs de renom ont poursuivi les travaux des pionniers Freud, Jung ou Lacan. Ils ont cherché tous azimuts, aussi bien dans l’éthologie animale que dans les spiritualités orientales. Les résultats de leurs recherches ont abouti à de nouvelles méthodes psychothérapeutiques. Celles-ci se sont progressivement développées puis transmises en Europe, preuve de leur efficacité s’il en fallait. Mais elles ont eu du mal à transpercer la chape de plomb du conservatisme et du chauvinisme à la française. Notre pays est resté le champion en prescriptions de psychotropes, condamnant ainsi nombre de nos citoyens à la camisole chimique à vie, avec tous les dégâts neurologiques qui s’ensuivent. Certes la France a inventé le TGV, le train à grande vitesse, mais en matière de bien-être psychique elle en est restée aux locomotives à vapeur, si ce n’est aux chars à bœuf des rois fainéants.

Les psychothérapeutes français pour autant ne sont pas restés inactifs. Ils ont mis en place des syndicats professionnels, des règles de pratique et des chartes de déontologie, ainsi que des listes de praticiens certifiés. L’inscription sur ces listes est assujettie à des contraintes sévères. Une particularité de la profession de psychothérapeute est l’obligation, comme pour la psychanalyse, d’avoir au préalable effectué un travail personnel de plusieurs centaines d’heures, et par la suite d’être suivi régulièrement par un superviseur, c'est-à-dire par un praticien de qualification supérieure. Toutes ces mesures garantissent aux utilisateurs de psychothérapies un haut niveau de professionnalisme. Des enquêtes réalisées par les instituts BVA et CSA démontrent un niveau de satisfaction de 87 % de la part des usagers. Qui dit mieux ?

Ainsi donc, quand M. Fenech déclare « en conséquence, ce décret très attendu depuis l'amendement Accoyer du 9 avril 2004, modifié par la loi du 21 juillet 2009, participera plus efficacement à la lutte contre le charlatanisme et les dérives sectaires en réservant le titre de psychothérapeute aux seuls professionnels ayant suivi une formation auprès d'un établissement agréé par le ministère de la Santé », il s’agit tout simplement d’un mensonge. Parce que la formation mise en place par le décret 2010-534 est d’abord une formation à la psychopathologie, peu utile au métier de psychothérapeute, et ne propose qu’une formation minimaliste à la psychothérapie. Surtout, ce décret octroie le titre de psychothérapeute à des médecins, des psychiatres, des psychologues non formés à la psychothérapie et n’ayant jamais fait de travail personnel sur eux-mêmes. Comme si des personnes n’ayant jamais eu de rapport sexuel exerçaient comme sexologues, ou des analphabètes devenaient professeurs de lettres, voici ce que seront les futurs « psychothérapeutes par décret ».

Une très nette régression donc qui démontre l’incurie des décideurs politiques et leur mépris des Français en persistant dans des mauvaises solutions. Face à cette situation, que peuvent encore faire les « véritables psychothérapeutes », ceux pour qui ce métier est une vocation et qui en ont fait un sacerdoce ? En premier lieu il y aurait l’action juridique : Psy-en-mouvement a déposé le terme « psychothérapeute » à l’INPI le 2 février 2009 et en est donc devenu propriétaire, et son président Bruno Dal Palu avait évoqué un recours devant la Cour européenne de Justice. Des actions politiques sont également envisageables, car les psychothérapeutes ont atteint un nombre significatif et à avec 87 % de clients satisfaits ils pourraient peser un certain poids politique. Et si tout cela ne donnait pas de résultats, il leur restera alors soit à se plier aux diktats du décret, soit à continuer d’exercer leurs compétences sous une autre appellation. Frustrant certes mais pas dramatique, mais aussi un retour aux sources et un pied de nez aux politiciens. Le titre de psychothérapeute deviendra alors une coquille vide car vidé de sa substance. Et les usagers de psychothérapies, intelligents eux, sauront trouver les véritables professionnels en psychothérapie, ceux qui savent guérir.

La loi réglementant le titre de psychothérapeute deviendra alors une loi pour rien, une de plus !

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