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ÉDITORIAL

Manipulation mentale, kèsako ?
par Paul Vinel
CAP Liberté de Conscience - novembre 2010

 

 

La loi About-Picard, une spécificité bien française, punit l’abus frauduleux de l’état de faiblesse. Elle n’a à ce jour trouvé qu’une seule mise en application, objet de très nombreuses critiques. Parce que la notion d’emprise sectaire serait très difficile à caractériser, la Caimades (Cellule d'assistance et d'intervention en matière de dérives sectaires) a été mise en place pour "porter assistance à tous les services de police et de gendarmerie qui seraient confrontés à des dossiers de dérives sectaires". Deux exemples d’une réalité très controversée, mais de quoi donc s’agit-il ? Qu’est donc ce phénomène appelé selon les cas emprise mentale, ou manipulation mentale ou encore abus de faiblesse ? Selon ses propagandistes, il serait comparable à une possession démoniaque, une forme d’envoûtement, la capacité à « bricoler » le cerveau d’un individu pour le transformer en esclave docile. Et tout cela à l’insu de la personne ainsi manipulée, quelle belle performance !

C’était aux Etats-Unis, après la guerre de Corée. Des soldats américains faits prisonniers et détenus par les chinois firent des déclarations procommunistes à leur retour au pays. Emoi dans la patrie du capitalisme ! Comment cela était-il possible ? L’explication avancée fut que les chinois avaient trouvé le moyen de manipuler le mental de ces prisonniers, de modifier à leur insu leurs croyances et leurs convictions. La CIA, l’agence de renseignement américaine, lança un vaste programme de recherche, le projet MKULTRA. Celui-ci visait à manipuler mentalement, à mettre sous influence n’importe quelle personne et à la soumettre à la volonté aveugle de la CIA. Cela aurait été le moyen rêvé de retourner des agents ennemis, de fabriquer facilement des espions dociles. Mais le projet fut un échec total : la CIA constatait que manipuler mentalement des individus contre leur volonté propre était impossible.

L’affaire aurait pu s’arrêter là si n’étaient apparu à la même époque de nouveaux groupes religieux et spirituels. Leur succès provoqua étonnement et questions. Comment de bons chrétiens pouvaient-ils du jour au lendemain abandonner leur ancienne foi et suivre aveuglément ces nouveaux chefs religieux hier encore inconnus ? L’explication avancée fut que ceux-ci auraient eu la capacité de pratiquer la manipulation mentale et de modifier à leur guise les croyances des personnes. Cette explication était fumeuse et fut réfutée par les scientifiques qui la déclarèrent non-fondée. Elle traversa cependant l’Atlantique et arriva en Europe, et aussi en France où elle y trouva un terrain favorable. Et c’est là que nous trouvons encore aujourd’hui ses plus fervents défenseurs. Une campagne d’opinion se mit en place pour faire accréditer cette thèse et elle perdure encore aujourd’hui. Un premier épisode de cette campagne eut lieu après le drame de l’OTS, après que de nombreux cadavres calcinés furent retrouvés dans une forêt du Vercors. Malgré des indices en faveur d’une intervention extérieure, la piste sectaire du suicide rituel fut privilégiée à l’exclusion de toute autre. Et parce qu’il fallait trouver un coupable, le chef d’orchestre Michel Tabachnik, membre de l’OTS, fut mis en cause. Selon l’accusation, les « Archers », textes ésotériques et confus rédigés par lui, auraient eu la capacité d’envouter les membres de l’OTS et de les pousser au suicide. « Des mots qui font des morts » avait déclaré l’avocat Me Collard ! Très logiquement, les armées du monde entier auraient dû s’adjoindre les services de M. Tabachnik, cet écrivain talentueux capable de donner l’envie à des personnes ordinaires d’affronter la mort. Quelle aubaine pour des chefs de guerre et pourtant ils n’en firent rien ! N’y croyaient-ils donc pas ? Et ce ne fut qu’après des années d’une saga médiatico-judiciaire que M. Tabachnik parvint enfin à être innocenté. Un deuxième épisode de cette campagne fut le vote par le Parlement de la loi About-Picard, du nom de ses deux initiateurs, le sénateur Nicolas About et la députée Catherine Picard. Cette loi est la seule à punir quelqu’un pour des actes qu’il n’a pas commis lui-même. Ainsi si vous êtes une personne charismatique et influente, écrivain ou journaliste engagé, homme politique, artiste, et si l’un de vos disciples, de vos lecteurs, de vos spectateurs ou auditeurs, venait à commettre un acte illégitime, cette loi permettrait de vous en rendre responsable au prétexte que cette personne était en état de faiblesse et aurait subi votre influence.

Mais pourquoi un tel acharnement pour imposer cette doctrine de la manipulation mentale alors que tous les scientifiques sérieux affirment que cela n’est pas possible ? Il n’y a pas de réponse certaine, mais force est de constater que la loi About-Picard pourrait devenir une arme redoutable contre toutes les opinions non conformes : une loi pour contrer les doctrines religieuses déviantes, mais également toutes les médecines non officielles, les nouveaux modes de vie, les revendications sociales. La liste est sans fin ! La France sombrerait alors dans un maccarthisme stalinien. Triste perspective que celle-là, mais l’histoire a souvent des retournements inattendus. Un homme politique français n’a-t-il pas été condamné grâce à une loi qu’il avait lui-même contribué à faire voter ? Au moment de la Révolution française, les instigateurs de la Terreur ne furent-ils pas eux-mêmes mis en accusation, jugés et exécutés ? Alors Mme Picard et M. About seront-ils un jour mis en cause par la loi About-Picard ? C’est envisageable car ils sont aussi des justiciables ordinaires, et quel beau titre de journal en perspective ! Un juste retour de balancier pour des « gourous de la secte des antisectes » qui usent de leur influence pour imposer leur volonté à leurs adeptes.

Et que dire de plus quant à la possibilité de manipuler une personne particulière, de la mettre sous sujétion psychologique ? Voici la réponse de Mme Liliane Bettencourt, l’héritière de l’Oréal au cœur d'une affaire d'abus de faiblesse présumé. Au cours d’un entretien diffusé par Europe1 lundi 25 octobre 2010, elle déclarait : "Si on m'abuse, c'est que je me laisse abuser, tant mieux pour moi. Qu'on me laisse vivre!"

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