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ÉDITORIAL

Lynchage à huis clos
par Paul Vinel
CAP Liberté de Conscience - décembre 2012

 

Du 26 au 28 novembre 2012 s’est tenu à Lisieux un procès peu commun : Mme Françoise D. comparaissait en correctionnelle comme « gourou d’une secte », plus concrètement elle était accusée d’avoir extorqué 400 000 euros aux membres de l’association Parc d’accueil et d’avoir abusé de la faiblesse de ses membres, les incitant à des actes sexuels immoraux. Le procès s’est tenu à huis clos et pour sa défense Mme D. n’était assistée d’aucun avocat. Face à elle une dizaine d’anciens membres de son association en tant que parties civiles et leurs avocats, plus le procureur général qui a requis 5 ans de prison contre elle, la peine maximale. Mme D. a reconnu avoir commis des erreurs, mais s’est défendu de tout abus sur des adeptes et de toute intention de nuire. Ce procès peu ordinaire soulève de fait de nombreuses questions. Tout d’abord que dire des anciens membres de cette association, miraculeusement irresponsables parce qu’en état de faiblesse au moment des faits ? Aujourd’hui sont-ils encore en état de sujétion, sous la coupe cette fois de leurs avocats dont la profession est de travestir la réalité ? Et qu’en est-il de la santé psychique de Mme D. ? Celle-ci parlait d’états en 5ème dimension. Soit il s’agissait de véritables expériences mystiques, soit de délires mystiques dans quel cas ce n’est pas la prison qui conviendrait à Mme D., mais une obligation de soins. C’est très différent ! Enfin pourquoi un procès à huis clos et pourquoi aucun avocat pour assister Mme D. dans sa défense ? Y aurait-il eu quoi que ce soit à cacher aux yeux du public ? Le but de ce procès n’était-il pas de faire condamner à tout prix une femme, même malade ? Et pourquoi ?

Pour comprendre les raisons probables d’une telle situation, un bref rappel historique s’impose. Dans les années 1970-1980, apparaissent dans les pays occidentaux de nouveaux mouvements religieux et spirituels. Ceux-ci sont perçus comme des concurrents vis-à-vis des religions établies, soucieuses de conserver leurs ouailles, et agacent les athées opposés à tout renouveau spirituel. Ils suscitent une vive opposition et sont qualifiés de « sectes ». Leurs adversaires n’acceptent pas que des personnes normales en tous points se convertissent d’un jour à l’autre à une nouvelle religion, souvent exotique et bizarre. Ils affirment que les chefs des sectes auraient la capacité de reprogrammer le mental des personnes et ainsi de les soumettre à leur entière merci. Cette théorie leur permet de s’attaquer aux croyances religieuses en les assimilant à de la manipulation mentale : une façon de contourner le droit fondamental de chaque individu à la liberté de croyance ! De quoi aussi susciter l’intérêt des maitres espions : pouvoir manipuler des individus à l’insu de leur plein gré, quelle aubaine ! La CIA se lance dans le programme MK-ULTRA qui malgré d’énormes moyens mis en œuvre aboutit à un échec : il n’est tout simplement pas possible de manipuler mentalement des individus ! Les scientifiques sérieux qui étudient cette question, arrivent eux aussi à la même conclusion. Mais ces preuves formelles n’arrêtent pas les adversaires des sectes : pour eux la pratique de la manipulation mentale par les sectes est un dogme de base, une vérité irréfutable ! En France, Mecque de la laïcité et suite au drame de l’OTS le chef d’orchestre Michel Tabachnik est accusé d’avoir induit des suicides par la seule magie des Archées, poèmes ésotériques de sa composition. Après des années de procédures juridiques à grand spectacle, il sera finalement blanchi. Toujours en France une loi d’exception est votée en 2001: c’est la loi About-Picard qui punit l’abus frauduleux de l’état d’ignorance ou de faiblesse, une autre façon de qualifier la manipulation mentale. Les partisans de cette loi recherchent des mises en application par tous les moyens : sessions de formation pour les magistrats, création d’une unité spéciale de la police, la Caimades. Un colloque à l’Assemblée Nationale a conclu à 35 cas d’application de la loi About-Picard après 10 années d’existence, dont seulement 4 ou 5 en lien avec des dérives sectaires. Un bilan bien maigre au vu des efforts colossaux déployés !

Des condamnations pour abus d’ignorance ou de faiblesse sont donc un impératif stratégique pour les adversaires des sectes. Et dans ce contexte des personnes telles Mme D. sont des cibles privilégiées : personne isolée et tenant un discours ésotérique, convaincue de son bon droit et ignorante du machiavélisme juridique, des adeptes crédules, irresponsables et faciles à retourner, et le tout pimenté par des errements aux limites de la morale et de la légalité. Voilà de quoi attiser l’appétit des spécialistes de la mise en scène désireux de fabriquer des cas de jurisprudence afin de consolider une loi About-Picard souvent invoquée mais peu utilisée. Une telle pratique illustre en fait les travaux scientifiques des chercheurs Brittany Liu et Peter H. Ditto de l’Université de Californie à Irvine : « quand notre jugement moral rentre en conflit avec les faits, nous avons cette fâcheuse tendance à trouver des moyens de minimiser ou même d'invalider ces faits ». En d’autres mots, les adversaires des sectes seront tentés d’ignorer les faits réels démontrant l’innocuité des minorités religieuses et de travestir la réalité pour la faire coïncider avec leur fantasmagorie liberticide.

Mais que vaut une jurisprudence fabriquée par de telles manipulations ?

Et quelles conséquences possibles pour la justice en général ? Si un supposé manipulateur devient pénalement responsable d’actes commis par d’autres personnes au prétexte que ceux-ci étaient soit ignorants, soit en état de faiblesse, ceux-ci sont logiquement dégagés de toute responsabilité. C’est de tels arguments que les criminels nazis ont invoqués lors du procès de Nuremberg : ils se sont dits subjugués par le charisme de leur Fürher Adolf Hitler et incapables de résister à ses ordres. En somme ils invoquaient la loi About-Picard avant l’heure, et si celle-ci avait existé à l’époque, ils auraient pu échapper à la peine capitale ou à de nombreuses années de prison. Les juges de Nuremberg ont quant à eux préféré réaffirmer une autre logique juridique : tout individu est pénalement responsable des actes par lui commis, en toute circonstance !

Les juges en charge de la plainte contre Mme D. auront eux aussi un choix cornélien à faire : soit ils choisiront l’irresponsabilité collective en désignant un bouc émissaire et en déchargeant de leur responsabilité les acteurs d’actes immoraux, soit ils réaffirmeront que chaque personne a une obligation de discernement et reste en permanence responsable de ses actes.

Réponse annoncée pour le 22 janvier 2013.


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