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ÉDITORIAL - NOVEMBRE 2005
 


LA SOCIÉTÉ DE LA PEUR

Les parisiens adeptes du métro ont pu voir des affiches pour la promotion d'un nouveau livre : " La Société de la Peur ". Que cela soit clair tout de suite, nous n'avons pas lu ce livre, et il n'est donc pas le sujet de notre article. Mais ce titre, " Société de la Peur ", résonne de manière tellement juste avec notre vécu quotidien, celui de nous tous, qu'il nous a fallu reprendre ce titre à notre compte. La peur s'est depuis longtemps insinuée dans notre vie et dirige tous nos actes. Certes elle nous protège de quelques véritables dangers, mais elle est surtout un facteur de blocage pour notre créativité et notre dynamisme, d'autant plus quand elle est injustifiée ou inutile.

Mardi 20 septembre 2005, il n'est pas encore 14H et certains sont déjà arrivés dans le hall immense du Tribunal de Grande Instance de Paris. Visiblement ils ne sont pas des habitués des grands palais de la République. Leurs regards se cherchent, et eux cherchent la salle où se tiendra l'audience, la fameuse audience. Onze plaignants, neuf particuliers et deux associations, CAPLC et l'AVIDEM, se sont regroupés pour assigner en justice deux groupements anti-sectes, l'UNADFI et l'ADFI-Nord. Ils s'appuient sur les préjudices subis par eux-mêmes et d'autres pour demander réparation, et surtout pour demander la dissolution de ces deux groupements argumentant de l'illégalité de leurs agissements. C'est un jour historique. La peur éprouvée des années durant, pourrait enfin les quitter et changer de camp.

Eux qui cherchent la salle d'audience, ceux sont des membres des Minorités de Conviction. Ils ne se connaissent pas pour la plupart. Ils se dévisagent et se découvrent. Certains d'entre eux ont eu à expérimenter dans leurs chairs l'opprobre et la discrimination. Ils ont connu la prison, ont été donnés en pâture à la sottise populaire, boucs émissaires, victimes sacrificielles de ces nouveaux jeux du cirque où l'écran cathodique sert d'arène moderne. Tous ont ressenti sur leurs épaules le regard inquisiteur de la grande cohorte des bien-pensants endoctrinés par des prétendus spécialistes autoproclamés. Eux, membres des minorités de conviction, avaient-ils le droit de faire ce qu'ils faisaient ? Avaient-ils le droit de penser comme ils pensaient ?

Leur crime à eux ? Avoir un jour compris qu'adorer le dieu Pognon ne leur convenait plus, que le culte du Veau d'Or ne leur apportait que désillusions. Avoir perçu qu'au delà de la réalité matérielle immédiate, une autre réalité, plus profonde, universelle, existait et aspirait à vivre et à s'exprimer. Avoir ressenti, hors de tout raisonnement, qu'au-delà de toutes leurs différences les humains étaient tous profondément humains. Avoir compris également, que pour justes qu'ils soient, les messages des religions traditionnelles avaient besoin d'être régénérés, revivifiés.

Crime également d'avoir emprunté des chemins de traverse et exploré des sentiers oubliés pour chercher des réponses à leur quête. Rouvrir des vieux grimoires poussiéreux, interroger sorciers, mystiques et anachorètes, quelle terrible hérésie.

Peur de la part des chercheurs de vérité dans leur quête toujours renouvelée, à la recherche d'une sagesse éternelle, toujours perdue et à chaque fois retrouvée. Peur également de la part des masses bien-pensantes, interpellées dans leurs certitudes confortables. Et peur aussi de la part des tenants du pouvoir, pouvoirs officiels et pouvoirs occultes. Pour eux rien de plus dangereux et de plus dérangeant que de nouveaux modes de vie et de pensée qu'ils ne comprennent pas, et qui les remettent en question.

Société de la peur, assurément. La peur est souvent un moyen de gouvernement. Toutes les dictatures, religieuses, prolétaires ou autres, en ont usé et abusé. Mais la peur n'a jamais résolu les véritables problèmes. Et aujourd'hui ceux-là sont de plus en plus nombreux comme autant de nuages menaçants à l'horizon.

Problèmes écologiques à cause aussi de nos égoïsmes et de nos soifs de richesses matérielles, et qui posent la question quant à la survie de notre planète. Choc des civilisations qui provoquent guerres et désastres. Progrès des technologies qui, oh paradoxe, génèrent aussi bien des nouvelles questions que des nouveaux pauvres.

Face à ces vrais problèmes, colossaux, et qui engagent durablement notre humanité, nos peurs mesquines ne sont plus de mise.

Ce 20 septembre 2005, ces membres de Minorités de Conviction ont fait le choix de remiser leurs peurs et de demander justice et reconnaissance. Non ils ne sont pas dangereux. Oui ils ont été discriminés et à ce titre méritent réparation. Si la société les a à ce jour repoussés ou simplement ignorés, force doit rester à la loi qui affirme la liberté des croyances et des pratiques. Mais surtout ils savent que les autres n'ont aucune peur à avoir d'eux. Au contraire, riches de leur propre expérience, ils savent qu'ils ont beaucoup à apporter.

L'Histoire enseigne que toutes les grandes découvertes, toutes les grandes inventions, tous les grands changements de société, tous ont pour origine quelques individus isolés, quelques groupes très minoritaires. Les grandes masses silencieuses perpétuent des traditions. Les groupes minoritaires sont porteurs eux ce changements. Et toutes les sociétés qui ont persécuté ces marginaux de la pensée, se sont condamnées à la stagnation et à la régression. Des siècles après, elles n'en sont pas encore remises.

Certes les Minorités de Conviction agacent et dérangent. Certes leurs langages sont souvent abscons et incompréhensibles. Certes elles ne sont pas toutes irréprochables et certaines se trompent. Certes tout cela est vrai, et cependant. Et cependant elles ont d'ores et déjà apporté de nombreux bienfaits à la société. Comme toutes les associations, elles participent au tissu social et sont un rempart contre l'exclusion et la délinquance. Elles sont souvent à l'origine d'actions éducatives et aussi humanitaires. Egalement elles participent à des degrés divers à des études scientifiques, ainsi par exemple les études sur les activités cérébrales lors des états de conscience modifiés. Elles apportent des concepts novateurs dans les discours philosophiques, religieux, et dans les modes de vie. De par leurs liens avec les pays étrangers, elles aident notre pays à maintenir sa place dans le concert des nations. Persécuter les minorités de conviction, de quelque façon que ce soit, est donc un non-sens culturel, économique et politique.

Les Minorités de Conviction sont un bien précieux pour notre société. Porteuses d'alternatives pour un changement, elles sont notre avenir. D'autres pays, d'autres sociétés les ont déjà admises et de plus en plus collaborent avec elles. En germe, elles possèdent les solutions à nos problèmes qui apparaissent insolubles aujourd'hui. Refuser cette vérité, refuser de les écouter pour entendre leurs propositions, c'est nous condamner à la régression, parce qu'aucune autre société, aucun autre pays ne nous attendra pour choisir les nouvelles alternatives proposées.

Le choix entre un progrès viable et une régression pour notre société est entre nos mains, et de celles de nos dirigeants.

Le Président

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