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ÉDITORIAL
CAPLC - décembre 2007

 

 

Quelle place pour des incroyants dans une société spiritualiste ?

"Et je suis tombée des nues quand j'ai réalisé que l'ésotérisme avait changé de visage et pris une ampleur sans précédent dans notre société contemporaine". Voilà quelle a été la réflexion de Claudie Voisenat, chargée de mission au ministère de la Culture, interrogée par Régis Meyran de la revue Sciences Humaines. Aujourd'hui en effet, nous assistons à un formidable regain d'intérêt pour la spiritualité, le développement personnel et toutes les activités connexes. Pour s'en convaincre il suffit d'aller dans une librairie et voir les rayonnages consacrés à tous ces sujets. Tous ceux qui ne partagent pas cet engouement le ressentent forcément, et cela probablement les inquiète.

Ce changement de mode de pensée s'explique en partie par l'échec d'une civilisation uniquement matérialiste, à apporter un bonheur durable. La société industrielle a certes procuré de nombreux bienfaits, mais elle a également créé de nouveaux problèmes. Alors, face aux formidables défis écologiques, aux inégalités sociales persistantes, aux guerres à répétition, de plus en plus nombreux sont ceux qui recherchent des solutions ailleurs, notamment dans un retour à une religiosité jamais totalement disparue. Parce que, face aux innombrables mystères de l'univers et de la nature, il a toujours existé une croyance implicite en une réalité transcendante, en un au-delà de la réalité perceptible.

Nous sommes à une époque charnière où un ancien paradigme disparaît, et où un autre paradigme, non encore clairement identifié, apparaît progressivement.

Face à ces changements annoncés, que peuvent ressentir ceux qui s'étaient installés confortablement dans les anciens modes de pensée et de vie, et qui aujourd'hui voient inéluctablement leur monde se dérober sous leurs pieds ? Nous, les minorités de conviction, sommes les laboratoires pour ce futur qui s'annonce, alors même que personne ne sait encore de quoi ce futur sera fait. Alors, quelles « menaces » représentons-nous pour tous les nostalgiques d'un monde qui progressivement disparaît ?

La première des « menaces » identifiables est très certainement la « perte de territoire », et plus particulièrement « la perte de pouvoir et la perte d'influence sur autrui ». De nombreux responsables de religions établies ont vu des ouailles les quitter pour aller vers d'autres mouvements. Des parents ont vu leurs enfants adopter d'autres croyances que celles qu'ils leur avaient inculquées. De nombreuses personnes ont vu leurs conjoints ou amis s'engager dans d'autres voies. Des médecins ont vu des patients choisir d'autres médecines pour se soigner.

Cette première menace a été perçue essentiellement par tous les détenteurs du pouvoir actuel. Ceux-ci se sont coalisés pour freiner les nouvelles croyances. Et, si nous déplorons leur attitude, et même en souffrons, celle-ci apparaît cependant naturelle.

La deuxième des « menaces » identifiables concerne la peur de la « manipulation mentale ». Ce qui a beaucoup étonné de nombreux adversaires des nouvelles spiritualités et religions est la soudaineté avec laquelle de nombreuses personnes se sont converties à de nouvelles croyances. Alors que ces personnes avaient été de bons athées ou de bons membres d'une religion reconnue, les voilà en un tournemain adeptes d'un nouveau courant religieux à la doctrine perçue comme bizarre. Alors, la seule hypothèse que les esprits rationalistes ont imaginée pour expliquer ces brusques changements de croyance a été la « manipulation mentale ». Selon eux, ces nouveaux groupes religieux devaient disposer de moyens inconnus, mystérieux et fulgurants, pour hypnotiser, reformater le cerveau de jeunes victimes et les mettre ainsi sous leur emprise.

En fait, des travaux scientifiques ont démontré que cette « manipulation mentale » ainsi imaginée par ces rationalistes en manque d'explication était tout simplement impossible. Mais ce fantasme paranoïaque continue à perdurer et à faire des ravages dans les esprits crédules.

Ces conversions soudaines ont une explication beaucoup plus simple : ces personnes déjà assoiffées de divin sont simplement entrées en résonance avec les nouvelles croyances proposées. Il n'y a jamais eu conversion, simplement révélation de ce qu'elles avaient toujours été, de ce qu'elles avaient toujours espéré, attendu ou pressenti. Ces explications ne satisferont sans-doute pas des esprits athées matérialistes pour qui rien ne peut exister, hormis la matière tangible. Et pourtant, il faut bien constater que la soif du divin est une donnée fondamentale de la nature humaine, et toute l'histoire de l'humanité est là pour le confirmer.

La troisième des « menaces » identifiables concerne la peur de la perte de liberté. C'est probablement le cas des athées anticléricaux. Le souvenir de la religion omniprésente, omniprégnante, de la situation d'avant la Révolution française les hante certainement. Et en cas de regain de spiritualité, ces personnes craignent de ne plus pouvoir vivre librement leur incroyance et leur athéisme. Le spectacle de ce qui se passe dans d'autres pays et d'autres civilisations peut aisément les conforter dans leur crainte.

Si les deux premières craintes procèdent, soit d'une démarche égoïste, soit d'une démarche fantasmagorique, nous devons prendre en considération la troisième de ces craintes.

Nous vivons dans une société où la manifestation religieuse dans le domaine public n'est pas la règle courante, loin s'en faut. Tous les incroyants peuvent donc s'y sentir en paix. Mais qu'en sera-t-il demain dans une société qui inclura de plus en plus le religieux et le spirituel dans la vie quotidienne ? Notre société garantit la liberté des croyances, du moins dans les textes. Mais cette liberté des croyances n'a de sens que si la liberté à l'incroyance est, elle aussi garantie.

Aujourd'hui, nous, les minorités de conviction ressentons le besoin de vivre librement nos croyances et nos modes de vie. Demain, les incroyants n'auront-ils pas strictement les mêmes besoins dans le sens inverse ? Pour préparer un futur prévisible, aussi bien que pour réparer les injustices actuelles qui nous sont faites, il est donc très important de mettre en place une véritable laïcité, une laïcité non pas exclusive, qui exclurait les croyances et manifestations religieuses hors du champ public, mais une laïcité d'ouverture qui organiserait la cohabitation harmonieuse de toutes les croyances,... y compris les incroyances.

« Celui qui oublie le passé, reproduit l'histoire » dit le dicton. L'exclusion de quelque minorité que ce soit n'a jamais été une solution à aucun problème. Cela a juste été source d'injustice pour les exclus, et cause de ressentiment envers la société qui excluait. Il n'est que temps de préparer le futur en fonction de notre expérience passée et présente.

Mais justement, qu'en pensent les incroyants ?

 

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