Coordination des Associations et Particuliers pour la Liberté de Conscience
Coordination des Associations & Particuliers pour la Liberté de Conscience
line
CAP pour la Liberté de Conscience - Liberté de Religion - Liberté de Conviction
 
actualites
enquetes
revue de presse
vos droits
Aidez-nous
futur
publications
Point de vue
liens / links
telechargements
contacts
english version
CAP LC 2008
www.coordiap.com
 
 
 
shim  
 

 ENQUÊTES
CAP Liberté de Conscience

Un aperçu du paysage anti-sectes en Autriche
source : HRWF
février 2017

 

 

Un aperçu du paysage anti-sectes en Autriche : vieillissement des principaux acteurs et déclin de l'intérêt du grand public - Par Dominic Zoehrer, MA, pour Droits de l'Homme Sans Frontières (HWRF)HRWF (14.11.2016) – L’étude marquante « Liberté de religion ou de croyance - Les mouvements anti-sectes et la neutralité de l'État. Une étude de cas : la FECRIS », publiée en 2012, contenait déjà une description complète des associations affiliées à l’association anti-sectes européenne FECRIS actives en Autriche, notamment la GSK, rédigée par Christian Brünner et Thomas Neger (1). L'objectif de ce document est de donner un aperçu de la situation complexe de la GSK en 2016, en examinant son histoire, ses protagonistes et sa méthodologie et en analysant la diminution des flux de fonds publics qui soutenaient ses activités.

1. Quelques notes sur le contexte, les acteurs et les méthodes de la GSK

L' « Association pour la protection de la liberté mentale » (Verein zur Wahrung der geistigen Freiheit) a été co-fondée par la psychologue autrichienne Brigitte Rollett et officiellement enregistrée à Vienne le 29 septembre 1977. En 1992, l'association fut baptisée Société contre les sectes et les dangers des cultes (Gesellschaft gegen Sekten- und Kultgefahren, GSK)(2). Madame Rollett est depuis cette date présidente de l'association, et est active depuis de nombreuses années dans la guerre de l'information contre les minorités religieuses et les dangers allégués émanant de ces groupes. Des personnalités anti-sectes bien connues en Autriche et des psychologues formés, comme le Dr. German Müller, directeur exécutif du Bureau fédéral pour les questions de sectes (Bundesstelle für Sektenfragen), fondé en 1998, ou le directeur exécutif de la GSK, affiliée à la FECRIS, le Dr Martin Felinger, ont étudié les enseignements de Rollett.

Selon l'extrait du Registre des associations (Vereinsregisterauszug) (3), les personnes énumérées ci-après sont autorisées à représenter la GSK pendant leur période respective de fonction, qui va du 25 juin 2016 au 24 juin 2020 :

Présidente : Professeur universitaire E. Brigitte Rollett

Secrétaire : Friedrich Griess, DI

Trésorière : Christine Colbert

Friedrich Griess, DI, ingénieur retraité et catholique engagé, a été le troisième président de la FECRIS de 2005 à 2009. Il est connu pour ses actions agressives contre le groupe norvégien Les amis de Smith (nom officiel : Église chrétienne de Brunstad), une église évangélique sans dénomination fondée en 1905 par Johan Oscar Smith.

Étonnamment, Martin Felinger, autre protagoniste de la GSK, n'est pas inscrit comme représentant autorisé de la GSK, bien qu'il affirme en être le directeur exécutif depuis 1999 sur son site privé (4). Il décrit son travail dans un « Centre de conseil psychologique privé » comme offrant « de l'aide et du soutien » aux « anciens membres de sectes destructrices » [sic] et aux familles de personnes qui ont rejoint « des groupes douteux du marché diversifié et problématique du conseil personnel (Lebenshilfemarkt) ». Le langage employé par Felinger révèle qu'il considère clairement les alternatives spirituelles ou religieuses au conseil psychologique moderne comme ayant des tendances superstitieuses, frauduleuses et inefficaces.

Le site officiel de la GSK se compose uniquement d'une page d'accueil qui indique depuis plusieurs années que « le site est en cours de reconstruction » et ne fournit que des coordonnées de base pour les contacter (5). Sur l’unique page de son site Web, la GSK se déclare « membre de la fédération européenne FECRIS ». L'adresse mentionnée, Obere Augartenstraße 26 - 28, 1020 Vienne correspond à l'adresse indiquée dans le registre des associations. Toutefois, il n'y a pas d'heures d'ouverture officielles et on ne peut les contacter que par email ou par téléphone. Selon Felinger, le bureau est utilisé comme lieu de réunion à sa demande chaque fois qu'il a des rendez-vous de conseil avec ses « clients ».

Pour une heure de conseil, Felinger fait payer 70 euros en espèces (6). Toutefois, dans le cas où il est trop occupé pour une séance de conseil d'urgence, il recommande à ses clients de parler avec un « père concerné », un retraité dont la fille a été victime d’une secte. (Felinger se réfère probablement à son collègue Griess, qui a accusé les Amis de Smith d’avoir pris sa fille, mais a perdu plusieurs procès contre ce groupe). Lorsqu'on l'interroge sur sa définition d'une « secte », Felinger explique qu'une secte est essentiellement un groupe caractérisé par « une idéologie unique » et « l’intolérance».

2. Financement public d'une association privée anti-sectes

Jusqu'à présent, la GSK n'a jamais communiqué d'information sur le montant des fonds privés qu'elle recueille, qu’ils proviennent d’églises ou de sympathisants privés, ou des revenus provenant des personnes qui la « consultent ». Ce qui est certain, c'est que l'association a bénéficié de subventions publiques de la ville de Vienne et de l'État de Basse-Autriche pendant plus de 15 ans. Cependant, l'association privée anti-sectes a de façon générale manqué de transparence concernant le montant précis des fonds publics reçus et le ratio du financement public par rapport aux fonds privés.

a) Subventions de la ville de Vienne

Le gouvernement local de la ville de Vienne a régulièrement approuvé le versement de subventions à la GSK de 1992 à 2008, ce qui a entraîné une dépense totale de près de 220 000 euros (voir tableau 1) (7). Sous la pression exercée par des associations de la société civile, entre autres le Forum pour la liberté de religion en Europe (8), qui a mis en cause les motifs idéologiques, la méthodologie incohérente et l'objectif inconstitutionnel de la GSK, le financement public de l'association a cessé en 2009 (voir figure 1). Le montant des subventions accordées à ce groupe anti-sectes privé constitue un indicateur objectif de l'intensité du « débat sur les sectes » qui a eu lieu dans le domaine de l'administration publique et dans les médias des pays germanophones au cours des années 1990 et au début des années 2000. À ce jour, ce débat s'est largement estompé et a été remplacé par le discours sur la migration, le terrorisme et la radicalisation.*

B) Subventions de l'État de Basse-Autriche

La deuxième source de financement de la GSK était l'État de Basse-Autriche, bien qu'aucune répartition précise des fonds alloués à la GSK n'ait jamais été publiée.

En février 1997, l'État de Basse-Autriche a créé un « Bureau d'État chargé des questions relatives aux sectes » (Landesstelle für Sektenfragen), administré par le Dr. iur. Peter Pitzinger, directeur du Département de la Famille de la Basse-Autriche (Familienreferat) depuis 1993 et proche allié de Friedrich Griess (GSK) et de German Müller (Bureau fédéral pour les questions de sectes) (9). Une analyse des comptes de 2000 à 2015 (10) de l'État de Basse-Autriche concernant le sujet « Landesstelle für Sektenfragen » montre qu'un total de 215 359,74 euros de fonds publics ont été affectés à ce projet.

De 2000 à 2002, le Bureau d'État chargé des questions relatives aux sectes a reçu environ 13 000 euros par an, alors que ce montant a été sensiblement augmenté au cours des années suivantes. De 2003 à 2007, le Bureau a reçu un financement entre 21 000 euros et 34 000 euros par an. Cependant, le budget annuel alloué au Bureau a commencé à diminuer régulièrement, passant d’environ 31 000 euros en 2006 à environ 8 000 euros en 2010, et semble avoir été entièrement coupé à partir de 2011 (voir figure 2). Bien que le centre de conseil ne soit actuellement pas présent en ligne et ne dispose pas d'une adresse physique, le Bureau chargé des questions relatives aux sectes de Basse-Autriche existe encore nominalement sous la rubrique publique « Soutien social, éducation et famille » (Soziales, Bildung und Familie). Selon Mag. Vera Maria Streller du « Département des générations » (Referat Generationen), toutes les demandes concernant les « sectes » ou les « cultes » sont désormais transmises directement au Bureau fédéral pour les questions de sectes (Bundesstelle für Sektenfragen). Ce bureau dispose du « personnel et des ressources budgétaires, étant le centre d'information compétent pour l'ensemble de l'Autriche » et « afin d'éviter la duplication des tâches administratives » (12). Le Bureau de l'État de Basse-Autriche existe donc encore comme un tigre de papier, mais pas en tant que véritable institution.

Sur le site web d'origine de la GSK (13), l'État de Basse-Autriche était cité comme sponsor de l'association. Toutefois, les fonds explicitement alloués à la GSK n'ont pas été détaillés dans les comptes publics de l'État de Basse-Autriche et on ne sait donc pas clairement combien d'argent est effectivement allé à la GSK. On peut donc supposer que les subventions à GSK sont incluses dans la rubrique « Förderungsausgaben » (dépenses de financement). Si tel est le cas, au moins 66 600 euros, soit un tiers du budget total pour le Bureau d'État de Basse-Autriche chargé des questions relatives aux sectes, ont effectivement subventionné le bureau de la GSK à Vienne entre 2000 et 2010.

Comme le montre la figure 3, les dépenses de financement du Bureau d'État de Basse-Autriche chargé des questions relatives aux sectes ont augmenté à partir de 2000 et ont atteint un sommet en 2003 (15 180,00 euros). Cependant, entre 2005 et les dernières subventions en 2010, il y a eu une nette diminution du montant alloué aux dépenses de financement, qui a probablement eu des répercussions sur la situation financière de la GSK. De 1992 à 2010, le groupe privé anti-sectes GSK a reçu au total au moins 286 600 euros de financement public de la ville de Vienne et de l'État de Basse-Autriche. Bien que les subventions à cette association douteuse aient été annulées en 2009 et en 2011 respectivement, aucune explication n’a été donnée au grand public à ce jour, et encore moins des excuses.

3. Évaluation

Si un certain groupe préconise une « idéologie unique » essentiellement marquée par « l’intolérance », ce qui est la façon dont Martin Felinger, directeur exécutif de la GSK, a défini un « culte » ou une « secte », il s'agit moins d'une description académique des phénomènes des Nouveaux Mouvements Religieux que d’une auto-description exacte de sa propre association. Le manque de responsabilité de la GSK dans sa méthodologie et son mode opératoire spécifique, l’absence de critères objectifs pour mesurer les résultats du conseil et son manque de transparence concernant l’utilisation des fonds publics n'ont fait qu'ajouter à l'image douteuse du paysage anti-sectes en général.

Aspect positif, il n'existe à ce jour aucune preuve que Rollett et ses disciples Müller, Felinger etc. aient réussi à former une nouvelle génération de militants anti-sectes en Autriche. Leur cause peu convaincante visant à stigmatiser des groupes minoritaires, et la perte subséquente de la confiance et des subventions publiques, ont fait de la GSK l’ombre d’elle-même. En parallèle, de nouveaux mouvements religieux qui étaient classiquement décriés en tant que « sectes » par les anti-sectes, comme les Témoins de Jéhovah (église reconnue depuis le 07.05.2009) ou l'Église de l'Unification (communauté confessionnelle enregistrée depuis le 15.06.2015), ont déjà obtenu la personnalité juridique en tant que religions officielles.

Le principal acteur anti-sectes qui reçoit encore un financement public en Autriche est le Bureau fédéral pour les questions de sectes, avec une enveloppe de 500 000 euros par an (14). Depuis plusieurs années, le Bureau fédéral garde un profil bas et omet de mentionner toute association officielle avec la FECRIS. Il n'a publié que sporadiquement des rapports en 2005, 2009, 2013 et 2014, mais n'a pratiquement jamais documenté de cas de violations des droits humains commises par de nouveaux mouvements religieux en Autriche. Entre-temps, le nombre de membres du personnel du Bureau a été réduit de 8 à 5 personnes en 2012 (15).

Cependant, alors que la mise en place de centres de conseil professionnel, financés par des fonds publics, pour l'information sur les religions – à la fois traditionnelles et nouvelles - et sur leurs éventuels aspects socio-psychologiques problématiques serait effectivement nécessaire, il est troublant qu'il n'y ait pas de débat public sur le gaspillage honteux de fonds publics au bénéfice d’officines anti-sectes pseudo-scientifiques. Pendant plus de vingt ans, des experts autoproclamés ont mené une croisade de dénigrement contre les minorités religieuses aux frais des contribuables, et ont utilisé une approche complètement anticonstitutionnelle et sans aucun fondement scientifique.

Pourtant, les médias et les hommes politiques gardent le silence et regardent ailleurs.

Source : http://hrwf.eu/austria-gsk-is-the-fecris-branch-of-austria-becoming-a-shadow-of-itself/

Traduction CAP LC CT MV

 
Partager
   

La Coordination des Assocations et des Particuliers pour la Liberté de Conscience est une ONG avec statut consultatif spécial auprès de l'ONU

Sommaire des enquête

CAP Liberté de Conscience

PUBLICATION CAP LIBERTE DE CONSCIENCE

La sujétion psychologique » une mine flottante juridique

FECRIS : ONG ou ONG Gouvernementale ?

Liberté de conscience : un état des lieux troublant

Les fonds publics sont-ils utlisés dans l'intérêt général ?


Accès aux documents administratifs

brochure de CAP LC : Les sectes un non-problème

 

CAP pour la Liberté de Conscience - Liberté de Religion - Liberté de Conviction