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L'Yonne Républicaine du 23 juin 2000 (extraits)

SECTES : " Si le droit est respecté, il n'y a rien à faire "

Tel était l'intitulé de la conférence donnée, lundi soir, à Auxerre par Patrice Rolland, professeur de droit public. Invité par le cercle Condorcet, une association auxerroise qui planche sur des sujets de société, le juriste parisien a donné un éclairage intéressant sur le débat politique engagé à l'Assemblée nationale.

Très attaché à la liberté de conscience, Patrice Rolland enseigne prioritairement les libertés publiques et les droits de l'homme. S'il estime qu' " il faut se montrer vigilant devant les phénomènes sectaires ", il indique aussi qu' " il convient d'éviter les procès en sorcellerie. Il est absolument nécessaire de protéger les minorités " dit-il.

Patrice Rolland ne tient donc pas seulement un discours de juriste. II tente une analyse sociologique du phénomène sectaire, en essayant de comprendre pourquoi les sociétés occidentales génèrent un tel symptôme.

L'Yonne Républicaine: Pourquoi, vous qui êtes juriste, vous êtes vous intéressé aux sectes ?

Patrice Rolland - J'enseigne le droit public depuis une dizaine d'années. J'ai d'abord travaillé à Rouen et à Paris II. Aujourd'hui, je suis professeur de droit public à Paris XII. J'enseigne notamment les libertés publiques et les droits de l'homme. En tant que spécialiste des libertés, je me suis tout naturellement intéressé au phénomène sectaire.

Quelle, définition donneriez-vous de la secte?

Je n'en ai pas. D'ailleurs personne ne peut en donner une.

Comment dès lors, réussir à légiférer? Peut-on interdire les sectes?

Tant que le droit est respecté, il n'y a rien à faire. On ne voit pas au nom de quoi on pourrait empêcher un groupe d'individus de se réunir ou de vivre en communauté, à partir du moment où ils respectent la loi. Or, la plupart des groupes sectaires ne transgressent pas la loi il n'y a donc pas grand-chose à faire.

Les députés tentent d'établir une législation spécifique aux sectes pour éviter qu' elles puissent nuire à l'individu. On parle de la création d'un délit de manipulation mentale.

Cela vous semble-t-il nécessaire?

Cela me paraît tout à fait impossible, et peu souhaitable. Je ne crois pas qu'une loi condamnant la manipulation mentale puisse être promulguée. La manipulation mentale n'a pas en effet de contour juridique. Elle est indéfinissable. De plus, on risque de tomber dans des procès en sorcellerie...

... Que pensez-vous des mouvements antisectes, comme l'ADFI (association de défense de la famille et de l'individu) par exemple?

C'est bien que les mouvements antisectes existent mais quand ils ont l'oreille du gouvernement, ça m'embête. Ils tiennent alors un langage qui devient officiel.

Qu'est ce qui, selon vous, pose problème dans le phénomène sectaire?

Je dois dire que ce phénomène ne m inquiète pas réellement. Je crois qu'il ne faut pas s'alarmer. Il n'y a plus aujourd'hui de développement des mouvements sectaires. Et puis le concept de secte n'est pas un concept absolu. Il faut analyser au cas par cas. Or on ne parvient pas à comprendre ce qui se passe dans ces groupes.
Jusque dans les années 60, les sectes étaient d'origine protestante. Désormais, il est impossible de cerner leur philosophie, si on peut appeler cela ainsi:

À quoi attribuez-vous l'émergence de cette diversité sectaire?

Je crois que cela est lié à l'état des sociétés occidentales. On n'écoute plus l'institution, justement parce qu'il s'agit de l'institution. Résultat les religions ne fédèrent plus. En fait, le phénomène sectaire est un symptôme du malaise social. Aujourd'hui, on se fait sa propre religion. L'individualisme est de rigueur. Mais paradoxalement, on a besoin d'une structure. Cette structure, c'est la secte.

Pourquoi, en France, les sectes sont-elles à ce point dans le collimateur, ce qui est loin d'être le cas aux États-Unis?

Les Français sont plutôt intolérants. Nous sommes très attachés à la notion d'universalisme. La tradition républicaine française n'a pas toujours prôné le pluralisme. Ce jacobinisme reste présent dans la mentalité française.

Toucher aux sectes, est-ce porter atteinte à la liberté de conscience?

C'est vrai que vouloir éradiquer les sectes, lorsque la loi est respectée, c'est s'attaquer à la liberté de conscience. Mais cette liberté est insaisissable. Ni l'Église, ni Staline n'ont réussi à l'aliéner. En outre, la loi de 1905 sur la séparation de l'Église et de l'État garantit la liberté de conscience. Actuellement, la cour européenne aborde le problème des sectes sous l'angle de la liberté de conscience individuelle. Je pense qu'une société de liberté doit accepter une part de risques. Elle doit aussi laisser les minorités s'exprimer.

Propos recueillis par Hubert Besson.