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CAP pour la Liberté de Conscience - Liberté de Religion - Liberté de Conviction
 
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René Rémond, politologue et académicien

«Non à toute législation antisectes »

… Enquêtes policières, rapports Parlementaires, création d'une nouvelle mission Interministérielle anti-sectes... L'État est-il dans son rôle ?

Son rôle est de veiller à ce qu'il n'y ait pas d'abus contre la liberté des personnes, l'honnêteté des transactions, des moeurs... II est responsable de la moralité publique et du respect de la loi. Au nom de la liberté de chacun de croire en ce que bon lui semble, l'État ne peut évidemment pas fermer les yeux sur des pratiques qui tombent sous le coup de la loi.
Que les policiers, la Justice, le gouvernement et le Parlement s'inquiètent des agissements de certaines sectes suspectes, j'en suis d'accord. Par contre, je n'admettrai pas que l'on puisse légiférer spécialement pour elles.

Vous craignez une loi d'exception ?

Une liste des sectes présumées dangereuses a été dressée. Elle est aléatoire, souvent arbitraire et elle s'apparente à une loi des suspects. Qu'est-ce qui est secte et ne l'est pas? II n'y a pas de définition intellectuellement satisfaisante. Alors comment appliquerait-on une législation spéciale à un phénomène que l'on n'arrive pas à définir ?
De proche en proche, on finirait par étendre cette loi. Ne recommencerait-on pas avec les sectes ce que l'on a fait, jadis, avec les congrégations religieuses, en adoptant un régime discriminatoire? Que craint-on de la part des sectes: des séquestrations, des escroqueries, des atteintes aux bonnes moeurs. Le code pénal suffit à les condamner. Il n'est pas nécessaire de leur consacrer un chapitre spécial.

Partageriez-vous l’opinion d'un certain nombre de militants laïcs qui affirment que l'État n'a pas à se mêler des croyances quelles qu'elles soient ?

C'est la position libérale et laïque traditionnelle, celle qui a conduit à la séparation des Églises et de l'État: La religion est une affaire intime, privée. L'État n'a pas à s'en mêler. Que les gens appartiennent à une secte, c'est leur affaire.. Cette position n'est pas réaliste. II est vrai que la croyance religieuse est avant tout un fait de conscience. En matière de liberté religieuse, l'État n'est pas compétent. Il doit être neutre.
Il demeure que le fait religieux a, nécessairement, une dimension collective et sociale: les gens se rassemblent dans des lieux de prière, ils transmettent leurs convictions. Là, qu'on le veuille ou non, nous sommes dans le domaine public. L'État ne peut pas fermer les yeux. La loi de séparation, dans son article premier, affirme bien que la République doit garantir la liberté des cultes. C'est donc reconnaître leur existence.

Extraits de  « Ouest-France » du 12 avril 1999