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SECTES : La France a désormais une législation à la pointe du combat

La pensée en liberté surveillée ?

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Ivan Rioufol
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France, pays des libertés ? A voir. Il apparaît de plus en plus déconseillé de penser hors des sentiers laïcs officiels. Un conformisme légal se met en place, dans l'indifférence du plus grand nombre, avec la louable prétention de vouloir protéger les plus faibles d'éventuelles manipulations extérieures. C'est ainsi que le Parlement vient d'adopter définitivement, par un ultime vote de l'Assemblée nationale, la proposition de loi contre les dérives des sectes. « Une première mondiale», s'est réjoui le rapporteur PS à l'Assemblée, Catherine Picard.

Ce texte, qui additionne apparemment les bonnes intentions, va permettre de dissoudre judiciairement les sectes et leurs associations, en cas de condamnation par la justice. L'Église de la scientologie, intrigante puissance financière américaine défendant une vision morale du monde, est notamment dans le collimateur. Si les organismes de ce type sont des repères de malfaiteurs, ils doivent évidemment être mis hors d'état de nuire. Le droit commun, qui sait punir les fautes, le permet. En quoi une loi spécifique est elle utile ?…

… Ces arguments se veulent clairement politiques et idéologiques. Ils laissent entendre que la chasse aux sectes, ouverte en France depuis quelques années, vise d'abord à mettre aux normes républicaines des modes de pensée ou de croyance non conformes et non agréés. Sont principalement visées les pratiques développées aux États-Unis, pays où la liberté d'opinion est un droit sacré. Difficile de ne pas voir dans ces dispositions une atteinte au principe de la liberté individuelle.

La philosophie de cette loi reste antireligieuse. Elle inquiète les Églises catholique et protestante, qui ont le sentiment d'être considérées comme « anormales », comme l'avait en son temps relevé Mgr Gérard Defois, évêque de Lille (2). « Les responsables politiques n'ont plus la connaissance suffisante du paysage religieux actuel ». regrette Jean Arnold de Clermont (3), président de la Fédération protestante de France, qui s'émeut du fait que la France devienne « une source d'inspiration pour des pays (Chine, pays d'Europe de l’Est) où les libertés religieuses ne sont pas toujours respectées».

La première version du texte instituait un délit de « manipulation mentale » qui a effrayé jusqu'à la Ligue des droits de l'homme. Depuis, cette disposition, qui aurait pu rendre suspects les Dix Commandements, faire fermer les couvents ou interdire les Journées mondiales de la jeunesse, a été supprimée. Elle a été remplacée par la qualification d'« abus frauduleux de l'état d'ignorance ou de faiblesse », délit qui reste néanmoins ouvert aux interprétations.

En réalité, cette loi anti secte place la France à la pointe d'un combat déplacé contre les « dérives » de la pensée. Elle s'ajoute à d'autres séries de mesures visant à canaliser la liberté d'expression, sous le prétexte de protéger la morale contemporaine. Ainsi en est il de la loi Gayssot de 1990 qui sanctionne le négationnisme, oubliant que la recherche historique est en quête perpétuelle. Le plus insupportable est que ce sont les négationnistes eux-mêmes qui apparaissent désormais comme victimes.

Ainsi en est il également du délit d'homophobie, qui vise à réprimer tout dérapage de langage ou d'attitude et qui fait de nombreux automobilistes injurieux, coincés dans des embouteillages, des délinquants en puissance. On peut craindre, dans ce contexte du politiquement correct, que le nouveau délit de harcèlement moral, prévu dans le Code du travail, ne revienne à instituer une police des comportements.

On se souvient aussi de l'affaire Renaud Camus, qui obligea cet écrivain, l'année dernière, à censurer son propre Journal Intime (« La Campagne de France ») parce que l'auteur y tenait des propos déplacés sur les juifs. Bien rares furent ceux qui prirent, malgré tout, la défense de la liberté d'expression, fût ce pour laisser écrire des énormités.

C'est Jean François Revel qui déclarait, à un autre propos : « Il n est pas du tout certain que les intellectuels aiment la démocratie et la liberté... » (4) Oui, il flotte, en France, un relent de totalitarisme dont semblent s'accommoder les consciences et qui ne réveille pas, non plus, l’indignation de l'opinion. « Que les temps nouveaux soient donc des temps de liberté et de respect pour tous: Même pour les écrivains », espérait Malaparte, en introduction à Kaputt. La police de la pensée n'a malheureusement pas disparu.

Et l'École n'est plus là, généralement, pour aider à l'éveil de l'esprit critique. Les « savoirs fondamentaux » qu'elle propose aux jeunes élèves  programme minimum de connaissance  ne leur donneront pas les armes leur permettant de déjouer les endoctrinements. Car « l’abus frauduleux de l’état d'inorance ou de faiblesse » n'est pas l'apanage des sectes. Le pouvoir sait se servir des esprits dociles. Voyez cette récente épreuve d'anglais de brevet dans un collège de la région parisienne. II a été proposé le texte suivant: « La famille palestinienne lmad a enterré Wael, les soldats israéliens lui ont tiré dans la tête (..) Les soldats israéliens vont encore tuer des enfants palestiniens » (5). Face à cette propagande à destination d'enfants de banlieue, aucune plainte, notamment d'organisations antiracistes, n'a été à ce jour déposée. De tels propos ne sont ils pas plus dangereux pour la démocratie et son harmonie sociale, que des exhortations de gourous illuminés ?

(1) Agence France Presse, 29 mai 2001
(2) « Le Figaro», 21 août 2000
(3) « La Croix », 30 mai 2001
(4) « Le Figaro », 25 septembre 2000
(5) Cité par « Actualité Juive », 24 mai 2001

 

Extraits du journal  « Le Figaro » du 1 juin 2001