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Editorial par François Régis Hutin

Sectes: une loi contestée...

Lutter contre les sectes dangereuses, c'est bien. Encore faudrait-il éviter de risquer ainsi de menacer indirectement la liberté de pensée en France et ailleurs.

La loi récemment votée à l'unanimité moins un des parlementaires inquiète les Églises. Catholiques et protestants l'ont fait savoir.

On a prétendu tenir compte de leurs remarques. En réalité, la modification de l'article concernant la manipulation mentale ne constitue nullement une amélioration. Le délit d'abus de faiblesse ou d'ignorance reste vague. «Le juge va devoir apprécier les choix de vie des personnes selon des critères qui peuvent varier, déclare le spécialiste catholique des sectes, Mgr Jean Vernette. Que pensera le magistrat de la vie en congrégation et de ses contraintes? La personne ayant fait ce choix paraîtra peut-être manipulée et son consentement sans valeur. »

La menace reste donc et plane au dessus des consciences, car la loi utilise les termes mêmes qui définissaient la manipulation mentale, dénoncée déjà dans le premier projet. Preuve donc que rien n'a été réellement changé et, affirme le pasteur protestant Jean Arnold de Clermont, « cette toi a des effets pervers insoupçonnés ».

Certes, aujourd'hui, personne ne songe à en faire mauvais usage, mais qui sait de quoi sera fait demain? On a vu de grandes démocraties se lancer soudain dans les chasses aux sorcières. Ce fut le cas, par exemple aux États Unis dans les années 50 avec le Maccarthysme... Des dérives peuvent survenir partout et être aggravées par l'utilisation de lois imprécises.

…utilisable par la répression chinoise

Les deux responsables religieux cités ci dessus craignent qu'il soit possible de dévoyer l'esprit de cette loi et de porter atteinte aux libertés fondamentales, craintes partagées par certains députés: ne devenons pas liberticides à notre insu? Ne fabriquons pas des armes juridiques qui pourront un jour se retourner contre nous... Seul François Goulard, député du Morbihan, est allé jusqu'au bout de sa logique en refusant de voter la loi: « Mon opinion, dit il à juste titre, est qu'on ne peut faire appel à des notions subjectives en matière de droit pénal... La liberté de chacun est importante. Beaucoup de voix, tant de catholiques que de protestants, se sont d'ailleurs élevées contre ce projet... Si l'on veut combattre les sectes, il y a déjà suffisamment de textes dans notre droit pour le faire efficacement. »…

parait il, plusieurs Parlements étrangers envisageraient d'adopter des législations similaires. C'est, en effet, le cas des autorités de Hong Kong qui, sous la pression de leur gouvernement de Pékin, sont incitées à entrer en lutte à leur tour contre Falungong (1) que les communistes chinois considèrent comme une secte alors même que les observateurs s'interrogent encore sur la nature de ce mouvement qui leur parait autre.

Les autorités de Hong Kong sont bien ennuyées, car, à cette occasion, les Églises ont pris la défense non pas de Falungong, mais des libertés sur le petit territoire. Une loi contre Falungong pourrait, craignent-elles, être utilisée ensuite à leur encontre. Et voilà que la France apporte aux autorités communistes, avec cette loi déplorable, une possibilité de solution à leur problème. En s'en inspirant, ces autorités pensent ne pas pouvoir être accusées d'attenter aux libertés, puisqu'elles agiraient dans le même esprit que la grande démocratie française !

C'est un comble: la France vole indirectement au secours d'un gouvernement communiste toujours aussi autoritaire. La France ainsi ne se grandit pas dans l'esprit des libéraux chinois qui, en cet anniversaire du massacre de Tian'anmen, continuent à lutter pour la liberté.

(1) Mouvement créé en 1951; contre la science, l'immoralité et la dépra­vation en Chine; revendiquant 80 millions d'adeptes; interdit par les autorités chinoises en juillet 1999.

 

Extraits du journal  « Ouest-France » du 16 & 17 juin 2001