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Courrier International du 21 mai 2001 (extraits)

SECTES
Scientologie, Falungong, etc.

de Harold Hyman

Le phénomène sectaire inquiète. La Chine mène une véritable guerre contre les sectes, l'Europe tente d'en limiter l'expansion, le Japon ose à peine agir, tandis que les Etats-Unis leur laissent une grande liberté. La culture politique de chaque pays suffit-elle à expliquer ces différentes attitudes ?

«D'un côté, il y a des sectes. Et puis de l'autre, il y a des sectes apocalyptiques ou millénaristes.» Ainsi s'exprimait, voici deux ans, William Pfaff, éditorialiste de l'«International Herald Tribune». Cette distinction fonctionne au Japon, en Chine, mais pas en France. «Une première mondiale», c'est ainsi que la loi antisectes de mai 2001 a été caractérisée par son rapporteur, la députée Catherine Picard.

Pour «The Guardian», «la France est le premier pays au monde à tenter de limiter juridiquement l'influence des sectes», au grand déplaisir de la scientologie et du révérend Sun Myung Moon. Toutefois, les autorités catholiques et protestantes ont critiqué l'usage du mot «secte» dans la loi, car il serait «juridiquement indéfinissable».

Un député français, Jean-Pierre Bard, a rétorqué qu'une religion n'est pas mieux définie : «Nous savons ce qu'est une secte. Il nous fallait un instrument pour les combattre. Aujourd'hui nous l'avons», a-t-il dit. Des définitions quasi légales ont été formulées par des commissions d'enquête parlementaires et par l'UNADFI, la principale association antisectes de France.

Mais en matière de première, l'Allemagne a peut-être devancé la France lorsqu'elle a, il y a environ quatre ans, juridiquement restreint les activités des scientologues. Cette attitude a suscité aux Etats-Unis la réprobation du Congrès et du Département d'Etat. Car, en 1993, les scientologues se sont vus reconnaître par la Cour suprême américaine le statut de religion légale.

Si la nouvelle loi française a laissé de marbre les élus et journalistes américains, c'est sans doute parce qu'ils sont actuellement préoccupés par la répression chinoise à l'encontre de la secte du Falungong. C'est l'énième épisode du grand drame de la violation des droits de l'homme par la Chine, un drame dont le scénario est écrit à Washington.
Inversement, le sort du Falungong émeut bien peu en France. Une comparaison est donc à faire entre la situation chinoise et française, car aujourd'hui, ces deux pays se considèrent comme des piliers de l'antisectarisme.

Bien sûr, la loi française ne réserve aucune punition pour les sectaires. Seul est sanctionnée l'activité délictuelle, définie de manière large, des adeptes responsables. Les décrets officiels chinois débouchent, eux, sur une répression policière et carcérale élevée au rang de croisade nationale. Mais le langage du député français Jean-Pierre Bard ressemble à celui employé par les autorités chinoises. Des mots comme «maléfique, malsain, manipulateur» reviennent souvent.
L'association officielle antisecte chinoise, elle, a fait une discrète visite en France, où elle a pu rencontrer quelques champions français de l'antisectarisme. La désignation même de «secte» (cult) justifie la répression menée par le gouvernement chinois, note le «Times» de Londres. Les dirigeants chinois aussi savent ce qu'est une secte. On dirait presque qu'ils utilisent à leur insu une définition française !

La Chine se retrouve dans une posture diplomatique maladroite. Elle cherche des soutiens à cette croisade à contre-courant dans un Extrême-Orient truffé de sectes. Tung Chee-hwa, chef exécutif de Hongkong, et James Murdoch, fils de Rupert et PDG de News Corp en pleine expansion en Chine, ont tous deux dénoncé le Falungong pour satisfaire Pékin.

En clair, l'Etat chinois se sent défié par les sectes, l'Etat français non. William Pfaff nous rappelle dans l'«IHT» que la Chine a souvent été secouée par des sectes révolutionnaires, comme les Taiping et les Boxers au XIXe siècle : «La question est de savoir à quel genre de secte appartient le Falungong.» Les gouvernants pékinois ont clairement répondu.

Le Japon, enfin, est lui aussi confronté à un problème de «cultes». L'oeuvre assassine de l'Aum Shinrikyo ­ cette secte apocalyptique à consonance bouddhique a frappé aux gaz toxique en 1994 et 1995 ­ a débouché sur une législation renforcée. Toutefois, l'Aum Shinrikyo reste légale sous un autre nom.
D'autres sectes nipponnes n'ont rien de maléfique, au contraire : elles sont considérées comme de simples «groupes religieux».
C'est le cas de la secte Soka Gakkai, décrite notamment par le «Japan Times» comme le volet religieux d'un parti politique présent à la Diète et au gouvernement ! Chose, bien sûr, inconcevable en France. «Asiaweek» classe le Japon aux antipodes de la «sectophobie».

La France laïque et républicaine, elle, mérite sans doute le titre de pays occidental le plus avancé dans la sectophobie.
A moins que ce ne soit l'Allemagne...

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