Coordination des Associations et Particuliers pour la Liberté de Conscience
Coordination des Associations & Particuliers pour la Liberté de Conscience
line
CAP pour la Liberté de Conscience - Liberté de Religion - Liberté de Conviction
 
actualites
enquetes
revue de presse
vos droits
Aidez-nous
futur
publications
Point de vue
liens / links
telechargements
contacts
english version
CAP LC 2012
www.coordiap.com

Ecrivez-nous : 37, rue St Léonard 44000 Nantes

contact@coordiap.com
 
 
shim  
 
Laïcité à plusieurs voix
( Le Monde des Religions - Janvier-février 2004 )
 


Peut-on enseigner les religions d'une manière laïque ?

Le sujet avait suscité un débat entre les membres du conseil d'orientation du Monde des Religions, au moment de la publication du rapport de Régis Debray sur "l'Enseignement du fait religieux dans l'école laïque" (février 2002, Editions Odile Jacob). L'actualité récente a incité la direction du journal à demander aux protagonistes de ce débat d'expliciter leurs arguments.

En dépit du titre, seuls les deux premiers textes du dossier, ceux du philosophe jésuite Paul Valadier et de l'historien Philippe Joutard, posent le problème de l'enseignement des religions. Les autres auteurs, probablement parce qu'ils représentent des "minorités" (en France : anglicanisme et bouddhisme), abordent le sujet des rapports entre Etat laïc et religions.

Selon Régis Debray, il existe en France un "apparent consensus [...] pour une approche raisonnée de religions comme fait de civilisation". Des voix se sont immédiatement élevées pour contredire cette affirmation et s'opposer à tout enseignement religieux à l'école. Selon Ph. Joutard, cette opposition "provient aussi bien de certains milieux religieux inquiets d'être dépossédés d'un domaine dont ils revendiquent le monopole, que d'anticléricaux persuadés que cet enseignement est "le loup dans la bergerie" et la préparation à l'endoctrinement".
P. Valadier appartient probablement au premier groupe d'opposants. Selon lui, l'enseignement des religions dans un contexte laïque serait impossible, car il n'existerait pas d'objectivité en la matière ; un enseignant se trouverait incapable d'adopter un point de vue différent de celui imposé par son éducation, ses croyances ou ses convictions. P. Valadier va plus loin ; il revendique la nécessité du regard subjectif. A ses yeux, la neutralité de l'enseignant n'est pas souhaitable, l'analyse des faits objectifs faisant perdre aux religions leur dimension existentielle.

Confronter plusieurs points de vue
Ph. Joutard rejette l'argument selon lequel on ne parlerait bien que de ce que l'on connaît : "l'histoire des juifs faite uniquement par des juifs, celle des femmes par les femmes, celle du catholicisme par les catholiques, celle des migrants italiens par les Italiens". L'exemple n'est pas simplement amusant. Il fait concevoir les résultats d'une approche aussi sectaire.

Ph. Joutard revendique, pour le fait religieux, une démarche scientifique, consistant à confronter plusieurs points de vues. Cette approche, éprouvée de longue date dans d'autres domaines de la recherche, a fait ses preuves.

Le Lama Denys et un évêque anglican, Mgr Whalon, s'intéressent, eux, aux rôles respectifs de l'Etat et de la religion

Fondateur de la congrégation bouddhiste Dachang Rimay, le Lama Denys, réclame une intervention de l'Etat laïque, non seulement pour garantir la liberté d'expression des religions, mais également pour assurer le fonctionnement démocratique de celles-ci. Il souhaite, pour les 600 000 bouddhistes de France, comme pour toutes les grandes traditions présentes en France, la création d'un système représentatif, tel celui mis en place par le ministère de l'Intérieur pour l'Islam.
Selon le Lama, une intervention de l'Etat permettrait de créer un indispensable équilibre entre unité et diversité, tout en évitant les dangers que représentent ces principes lorsqu'ils sont isolés : pensée unique d'un côté, chaos de l'autre.

Mgr Whalon s'emploie, quant à lui, à montrer comment, en dépit d'une apparente diversité qui lui a parfois valu d'être qualifiée de secte, la Communion anglicane a su garder son unité : l'archevêque de Cantorbéry en est l'unique chef spirituel. Mgr Whalon insiste sur la capacité d'adaptation dont l'anglicanisme a fait preuve au cours de l'histoire, surmontant avec succès des événements susceptibles de briser sa cohésion (abandon par Rome au XVIe siècle, naissance d'une église nationale américaine lors de l'indépendance des Etats-Unis au XVIIIe siècle).
Cette réussite tiendrait à la prise en compte des réalités sociales et de leur évolution (mariage des membres du clergé, participation des laïcs à la direction de l'église et, plus récemment, consécration d'un évêque qui ne cache pas son homosexualité).

Evolution sociale, encore, avec le texte de l'historienne Jacqueline Chabbi, qui traite de "ce voile que l'on dit islamique". L'auteur replace les textes coraniques dans leur contexte historique. Selon J. Chabbi, "dans le Coran, le manière de s'habiller relève historiquement de questions de société et non de religion". Vouloir appliquer aujourd'hui des recommandations justifiées au moment de leur écriture, relèverait d'un désir utopique de retour à un passé disparu. J. Chabbi souligne l'ambiguïté de cette attitude de la part de personnes qui ne rejettent pas certains apports du modernisme.

L'auteur fait du voile un problème purement formel. A aucun moment elle n'évoque le souci identitaire lié à ce sujet. Les historiens du costume n'ignorent pas que de tels phénomènes s'affirment parfois au travers des vêtements. Ainsi, le noeud porté par les Alsaciennes a-t-il pris des proportions considérables pendant l'occupation allemande de 1870-1914. De même, la coiffe bigouden s'est développée en hauteur à mesure que s'affirmait le sentiment nationaliste breton.
L'habileté de l'Etat français à réduire toute "divergence", linguistique, vestimentaire ou religieuse, n'est pas nouvelle. La coiffe bretonne a été désamorcée sans loi. Il a suffi d'en faire un élément de folklore. De la même manière, J. Chabbi cherche à faire du voile le symbole d'un monde perdu. C'est oublier que le voile concerne surtout les jeunes générations.

 

Second dossier up

"Les religions menacent-elles la République ?"

Le premier article, intitulé "La France a mal à sa laïcité", fait le point sur les différentes missions et commissions, ainsi que sur les divers points de vue concernant la laïcité : "Au fil des semaines, la société française s'est trouvée partagée en trois camps, les "pro-loi", les "anti-loi", et un camp majoritaire, celui des "indécis", baladés entre les arguments souvent convaincants, des uns et des autres, qu'il s'agisse des partis politiques, des syndicats, d'associations, d'acteurs de terrain ou de spécialistes ès laïcités".*** ***Les personnes interrogées plaident pour l'apaisement et l'ouverture. Une laïcité en danger ?

Le secrétaire du Comité national d'action laïque, "ne pense pas que la laïcité puisse être menacée par quelques voiles".

Quant au secrétaire général adjoint de la Ligue de l'Enseignement, il constate que "la nation française est pluraliste", déplore la difficulté historique de la France "à gérer ce qui n'est pas dans les normes", et revendique l'exemple des "accommodements raisonnables" québécois. Au Québec, en effet, les employeurs ne peuvent pas "faire travailler leurs employés plus de six jours consécutifs", ce qui permet d'adapter le rythme du travail aux fêtes religieuses des diverses confessions.

"Parler de péril ou de danger est quand même excessif", annonce le président de la Mission interministérielle de vigilance contre les dérives sectaires (Milivudes). Pourtant, en novembre 2002, la Milivudes plaçait "la défense de la laïcité en tête de ses préoccupations" et, depuis octobre 2003, elle organise à grands renforts de juristes, sociologues, médecins ou historiens, un séminaire sur le thème "Secte et laïcité". L'auteur de l'article remarque cette étonnante contradiction de la Milivudes et s'interroge, à juste titre : "Tout ce remue-ménage pour rien ?"

"La France a mal à sa laïcité".

Il s'agit cette fois d'une interview de l'historien et sociologue Emile Poulat. Avant de se pencher sur l'histoire de la laïcité, E. Poulat donne une définition de ce terme : il dérive du mot laïc, dont le sens est : "qui n'appartient pas au clergé". Apparu lors de la Troisième république, il devient synonyme d'opposition au monde clérical.

Les guerres de religion, l'époque des Lumières et la Révolution de 1789, sont les grandes étapes de la constitution du mouvement de laïcité. Indéniablement, cette laïcité ne parvient à se définir que par rapport à la religion. Celle-ci n'est pas omise dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen : "Nul ne peut être inquiété pour ses opinions, même religieuses...".

Bonaparte cherche à contrôler les églises. Il reconnaît quatre cultes : catholique, luthérien, réformé, israélite. La conquête de l'Algérie entraînera la reconnaissance d'un cinquième culte, l'Islam. Avec la Troisième république, l'anticléricalisme devient exacerbé. La loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat aurait constitué une tentative de pacification. Désormais, "la République ne reconnaît aucun culte". Les termes "laïcité" ou "laïque" n'apparaissent pas dans cette loi. Ce flou juridique permettra les diverses interprétations actuelles.

Quittant l'histoire pour le présent, E. Poulat se déclare peu favorable à une loi : "A mon avis, l'Islam n'est pas en cause. Mais, nous, Français, avons mal à nos rapports avec les personnes d'origine arabo-musulman [...] si nous ne sommes pas capables de régler nos relations avec les musulmans, attendons-nous à pire encore".

Le dernier article s'intitule : "Chaque religion voit Dieu à sa porte". Henri Tincq y montre comment Catholicisme, Protestantisme, Judaïsme, Islam et Bouddhisme considèrent la laïcité et la loi relative au port de signes religieux.

Côtés Islam et Bouddhisme, les divisions sont nombreuses et les avis difficiles à distinguer.

Si l'Islam "n'appartient pas au patrimoine historique de la France", il n'en est pas moins devenu la deuxième religion de France en moins de vingt ans. Alors que la loi laïque française interdit à l'Etat français de s'immiscer dans les religions, le ministère de l'Intérieur a tenté de contrôler son organisation. Dans cette communauté qui souffre particulièrement des maux de notre société (chômage, problèmes des banlieues, échec des politiques d'intégration), laïcité est souvent devenue synonyme d'exclusion.

Même difficulté à faire émerger un discours cohérent sur la laïcité chez les bouddhistes. Cette fois, il n'est pas question d'exclusion, mais d'une absence d'organisation, due, peut-être, à une implantation récente en France. Ailleurs, un bouddhisme militant s'exprime depuis longtemps.

S'il a fallu attendre les années 1960 pour que l'Eglise catholique reconnaisse la séparation de l'Eglise et des Etats, sa hiérarchie utilise aujourd'hui au mieux cette liberté qui lui permet d'intervenir, parfois de façon très militante, dans les grands débats de société. Alors que, depuis 2002, un rapprochement entre épiscopat et gouvernements était en cours, l'affaire du voile est ressentie comme un frein à la reconnaissance de la religion et de son rôle dans la société.

Pour les juifs, la laïcité a été historiquement synonyme, en France, de reconnaissance. Mais, depuis, le renforcement de l'identité religieuse a fait naître un désir d'adaptation aux nécessités du culte, à l'exemple de ce qui se pratique déjà en Grande-Bretagne, en Italie ou à New York. Jusqu'à présent, le Conseil d'Etat a rejeté les recours tendant à une reconnaissance d'un droit aux absences scolaires le jour du chabbat. Pour ce qui concerne la loi, les avis sont opposés au sein de la communauté ; le Grand rabbin n'y est pas favorable, alors que le Crif se prononce pour.

Les protestants ont toujours milité pour la laïcité, garante à leurs yeux de leur reconnaissance. Ces mêmes protestants ont été parmi les premiers à se déclarer favorables à l'enseignement du "fait religieux" à l'école publique. Selon J.A. de Clermont, président de la Fédération protestante de France : "une loi nouvelle ferait plus de mal que de bien. Des exclusions systématiques précipiteraient encore davantage des jeunes dans la marginalisation".


Sommaire

CAPLC - CAP pour la Liberté de Conscience - Liberté de Religion - Liberté de Conviction