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Les protestants condamnent les dérapages anti-religieux
(Réforme du 17-23 février 2005 - Auteur: Marie LEFEBVRE-BILLIEZ)
 


Le député-maire de Montreuil Jean-Pierre Brard a fait évacuer dimanche 6 février deux Eglises évangéliques. La Fédération protestante condamne ces incidents extrêmement graves ", tandis que Jean-Pierre Brard évoque des questions de sécurité. Dérapage isolé ou menaces sur la liberté de culte ?

Enquête.
Jeudi 17 février, tous les pasteurs de Montreuil, en région parisienne, devaient se réunir et discuter en pastorale des événements survenus tout récemment dans quatre communautés évangéliques africaines et haïtiennes de la ville. Dimanche 6 février au matin, en effet, le député-maire Jean-Pierre Brard (apparenté communiste) est intervenu dans différents lieux de culte au moment de l'office religieux, pour vérifier le respect des normes de sécurité des bâtiments. Deux communautés haïtiennes ont dû quitter les lieux sur-le-champ, sans achever "leur culte. Deux autres, dont l'Eglise évangélique du Rocher, membre de la Fédération protestante de France (FPF), ont pu poursuivre leurs activités.

Ces événements provoquent la colère de la FPF ainsi que celle de spécialistes de la laïcité, tel Jean Baubérot. La liberté de culte serait elle menacée en France? Face aux persécutions dont sont victimes nombre de fidèles, toutes religions confondues, dans le monde, et à l'heure où les Français célèbrent le centenaire de la loi de séparation des Eglises et de l'Etat, garantissant la liberté de culte, la question pourrait faire sourire. Et pourtant. Les interventions de Jean-Pierre Brard en plein culte, auxquelles s'ajoutent différentes difficultés quotidiennes, dont les Eglises évangéliques d'origine étrangère disent souffrir, soulèvent des inquiétudes.

Pour Jean-Pierre Brard, ses interventions du 6 février sont des " faits banals " " Comme nous le faisons régulièrement, et comme c'est le devoir d'un maire, dans le cadre de ses pouvoirs de police administrative, nous contrôlons que des lieux accueillant du public ont fait l'objet d'une déclaration et remplissent les conditions ayant trait à la sécurité. "

Deux lieux ainsi contrôlés dimanche 6 février " n'ont pas fait l'objet des déclarations et autorisations nécessaires préalables à l'accueil du public, un autre avait bénéficié du passage de la commission de sécurité et n'en respectait pas les prescriptions, enfin un autre [le Rocher] n'a pu produire le procès-verbal de la commission de sécurité mais le pasteur m'a indiqué le posséder. Cette Eglise étant présente à Montreuil depuis plusieurs années, je n'avais pas de raisons de mettre en doute la parole du pasteur ".

Ainsi, son passage au Rocher a donné lieu, " à l'extérieur du lieu de culte, [à] une conversation fort courtoise d'une dizaine de minutes avec le pasteur ainsi qu'avec l'aumônier général des prisons de la Fédération protestante de France, le pasteur Jean-Marc Dupeux ". Cette discussion a bien eu lieu pendant le culte, au moment où le pasteur, Félicien Mas Miangu, allait commencer son prêche. Jean-Marc Dupeux estime que " sans sa présence, il y aurait eu intervention de la police et évacuation de la salle ", ce que dément Jean-Pierre Brard.

Il reconnaît cependant que, après son passage dans une autre communauté ce matin-là, il est revenu accompagné de trois policiers en civil, dont la présence, " muette et passive ", a été nécessaire pour obtenir que les personnes présentes acceptent de se disperser.

Des " incidents " que Jean-Arnold de Clermont, président de la FPF, qualifie d'" extrêmement graves ", estimant que " des menaces pèsent aujourd'hui ponctuellement " sur la liberté de culte en France. " Nous sommes globalement satisfaits des principes de la loi de 1905, encore faut-il correctement les appliquer et prendre en compte les nouveaux cultes l'islam, les cultes orientaux et les cultes évangéliques et pentecôtistes. " Jean-Arnold de Clermont rappelle à ce propos que l'article 32 de la loi de 1905 " punit de 15 jours à un mois de prison "ceux qui auront empêché, retardé ou interrompu les exercices d'un culte par des troubles ou désordres causés clans le local servant à ces exercices".

" Grotesque !, répond Jean-Pierre Brard. Me menacer de l'article 32 de la loi de 1905 est un procès en sorcellerie qui rappelle l'inquisition ! M. de Clermont essaie de se victimiser en faisant croire qu'il y a une sorte de persécution religieuse à l'encontre des protestants, dans le but d'obtenir une révision de la loi de 1905, à laquelle je suis farouchement opposé ", déclare-t-il, avant de poursuivre " Si, demain, il y a un incendie, c'est moi, et moi seul, qui suis responsable. "

Pour autant, Jean Baubérot, président de l'Ecole pratique des hautes études, membre de la commission Stasi sur la laïcité, rappelle qu'il n'y avait plus eu d'intervention officielle en plein culte " depuis Mac-Mahon ". " Le prétexte donné ne peut pas fonctionner: la sécurité se vérifie en dehors d'un office religieux. " Jean Baubérot se dit " choqué " et affirme " souffrir avec ces gens dérangés dans un acte fondamental de leur vie : l'adoration calme et paisible ". Pour lui, cet acte est aussi grave que si le député-maire avait interrompu une opération chirurgicale pour vérifier la salubrité des lieux. " Ceci est d'autant plus inquiétant que ce n'est pas un fait isolé. On se retrouve dans la même situation qu'au XIX~ siècle, où certains cultes étaient reconnus, et d'autres pas. Il y avait les protestants sages, et les protestants pas sages, qui, déjà à l'époque, étaient les évangéliques. "

La religion formatée

Jean Baubérot attribue cette situation à la peur " de tout ce qui n'est pas estampillé "religion formatée" ", qui pourrait aboutir, si rien n'est fait pour arrêter " l'engrenage ", à des agressions physiques. Il y voit une dérive du militantisme antisecte. qui a du mal à accepter la liberté religieuse en général.

Luc Saint Louis, pasteur du Centre missionnaire évangélique, qui a reçu la visite de Jean-Pierre Brard dimanche 6 février, reconnaît qu'il existe bien des risques de dérives sectaires au sein des communautés évangéliques quand les pasteurs ne sont pas formés. C'est pourquoi, selon lui, " l'Union des Eglises haïtiennes de France, avec l'aide de la Fédération évangélique de France, a mis en place une école de formation des pasteurs. Nous aussi, nous luttons contre les sectes, à notre manière ". Il précise que le cursus de cette école dure trois ans et forme actuellement une quarantaine de pasteurs.

Quant à l'intervention du député-maire de Montreuil dans sa communauté il déclare qu'elle a " choqué et traumatisé " les personnes présentes, d'origine haïtienne, leur rappelant les mauvais souvenirs des méthodes gouvernementales en Haïti. Jean-Pierre Brard affirme de son côté : " Je ne pense pas que les fidèles se soient aperçus de quoi que ce soit, je suis resté au fond puis le pasteur et moi sommes allés dans un petit bureau. "

D'autres communautés évangéliques, membres ou pas de la FPF, à Montreuil et ailleurs en région parisienne, font état d'autres " tracasseries " auxquelles elles doivent faire face au quotidien. L'acquisition d'un lieu de culte semble souvent poser problème. Ainsi, l'Eglise "Arche de Paix ", à Saint-Denis, qui réunit tous les dimanches en trois cultes 1000 fidèles, souhaite acheter un ancien bâtiment de France Télécom, habilité à recevoir du public. Les 770000 euros nécessaires sont d'ores et déjà réunis. Mais, selon son pasteur, Moke Pengele, la mairie a bloqué l'achat car le règlement de la ZAC n'autorise que l'implantation d'activités industrielles. " Nous sommes en banlieue. On y parle de délinquance. Les gens de la mairie sont-ils venus voir le travail que nous faisons avec les jeunes que nous encadrons ? Pourquoi l'Etat ne peut-il pas nous aider ? " Et Moke Pengele d'évoquer les souffrances dues à la couleur de la peau des fidèles...

A Montreuil, une des communautés qui a dû quitter les lieux de son culte dimanche 6 février souhaite également acheter le bâtiment, dans lequel elle aurait déjà investi l'équivalent de 500000 francs. Selon son pasteur, Joseph Pierre, la mairie aurait donné son accord tacite, une partie de l'argent aurait été versée au propriétaire, puis la mairie aurait utilisé son droit de préemption, rendant l'achat impossible. Le propriétaire aurait gardé l'argent pour de futurs loyers (l'équivalent de trois ans). Selon Jean-Pierre Brard, la mairie n'aurait pas connaissance de ce projet d'achat.

Les suites de toute cette affaire sont encore incertaines. En ce qui concerne l'intervention du député-maire pendant les cultes, les communautés impliquées ne veulent pas porter plainte, mais la FPF attend des excuses. Elle a contacté en ce sens le préfet de Seine-Saint-Denis, département communément appelé le " 9-3 ".Jean-Arnold de Clermont a également rencontré lundi 14 février Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF, qui l'aurait assuré de son soutien. Jean Baubérot attend pour sa part que " le PCF désavoue son député et que toutes les associations laïques manifestent leur tristesse et leur solidarité ".


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