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La Laïcité, une religion française
Le Monde - Dossiers et documents - décembre 2005

 


Signalons ce dossier fort bien construit sur la laïcité qui paraît à l'occasion du centenaire de la loi 1905, dossier qui reprend parfois d'anciens articles publiés dans le contexte historique. En titre d'introduction, la rédaction constate que la laïcité n'est plus conçue comme un facteur d'unité du corps social dans la France de 2005, mais comme un mode de co-existence de citoyens de plus en plus individualisés.

Ce dossier a le mérite de faire la part belle aux recherches historiques récentes qui mettent à mal les clichés habituels sur la fameuse " séparation " des Eglises et de l'Etat. Son titre rappelle le côté fort émotionnel du terme " laïcité ", dont le sociologue Emile Poulat dit qu'il donne lieu à un véritable délire en France, devenu un terme à la mode censé supplanter le concept de modernité, voire régler tous les problèmes sociaux ! L'étude démarre avec justesse avec un " best of " des idées reçues, qui concernent notamment l'opposition vie publique / privée, la laïcité " ouverte " ou " fermée ", l'intangibilité supposée de la loi 1905, les positions prêtées à l'Eglise Catholique ou à l'Islam. Les déclarations anticléricales, certes, mais non anti-religieuses de Jules Ferry, Spüller, Jaurès, Briand sont mises en exergue pour démontrer l'esprit d'ouverture de cette loi.

Certes, 1905 voit bien la consécration d'une séparation entre la morale républicaine et la morale religieuse, entre connaissances et croyances, qui se cristallise particulièrement dans le domaine scolaire, dans lequel l'Etat adopte une attitude que l'on qualifierait aujourd'hui de totalitaire, à la lumière de l'expérience des pays communistes. Par contre, la loi 1905 ne concerne pas du tout ces sujets, mais organise simplement la liberté des cultes dans un cadre légal.

On découvre fort à propos la description de la laïcité française donnée par la commission Stasi (reproduite in extenso), qui insistait sur la version libérale - celle de la loi 1905 - . Publié en 2003, ce rappel doctrinal constituait une première en France après 20 ans de confiscation du débat par les tenants jusqu'au-boutistes, qui véhiculaient et défendaient une version virtuelle d'une laïcité qui n'a jamais existé en France. Elle coïncidait avec l'entrée en force des universitaires dans ce débat.

Avec les universitaires, un changement de tonalité

Les universitaires sont appelés à donner leur sentiment sur l'évolution sociale et les politiques actuelles. Pour Emile Poulat, c'était une erreur que d'invoquer des raisons religieuses pour la loi sur les signes vestimentaires, le motif d'ordre public qui s'applique aussi bien d'ailleurs aux manifestations politiques que religieuses lui semble plus pertinent. Il rappelle que la loi 1905 était une loi de libéralisation (la privatisation d'une religion d'Etat), non une loi de laïcisation de l'Etat, qui l'était déjà.

Jean Baubérot préfèrerait quant à lui que l'on applique la loi de 1905 complètement, plutôt que de la modifier. Il rappelle que, selon l'auteur même de cette loi Aristide Briand, lorsqu'on doutera sur un point d'application, c'est la solution la plus libérale qu'il faudra choisir. L'enjeu de 1905 est la diversité culturelle, pas l'homogénéité ! Le sociologue rappelle qu'aujourd'hui la France prône la diversité culturelle sur le plan international, mais que beaucoup œuvrent dans le sens contraire à l'intérieur. L'hexagone ne détient pas le monopole de la laïcité dans le monde, loin de là !

Les grands débats qui ont précédé 1905

Déjà Victor Hugo, député, s'était engagé en 1850 lors de la loi Falloux pour une instruction gratuite, permettant l'accès du plus grand nombre à la science, tout en défendant le droit des religions à l'enseignement de leur religion pour autant que celui-ci ne touche pas à la politique, avec une séparation stricte entre les deux.

En face, Charles de Montalembert, futur chef du Parti du Parti religieux libéral, demande que l'on fasse entrer la religion dans l'éducation non pour tuer la raison, mais pour la discipliner et l'éclairer. Pour lui, la religion est la garante de l'ordre social.

La laïcité à l'épreuve de 150 ans de politique Haut de page

Une chronologie rappelle toutes les péripéties de l'enseignement privé et/ou religieux, depuis la loi Falloux en 1850 qui reconnaît les établissement privés ou dits " libres " ( !) à côté des établissement publics, à la loi sur les signes religieux de 2004, en passant par l'interdiction des congrégations (1904) et les différentes lois de la 5è république précisant les statuts et ressources de l'enseignement privé sous contrat. (La loi 1905 prétendue intangible a connu 9 modifications depuis !) On zoome sur la fameuse manifestation de 1984 à Paris, où 1 million de français ont fait reculer le grand projet de système scolaire unifié dit Savary, coup d'arrêt pour une certaine France qui se croyait aux commandes. 10 ans plus tard, c'est pour défendre le service public de l'éducation que les enseignants, parents d'élèves, Franc-maçons et partis de gauche défilent, protestant contre une libéralisation des crédits à l'enseignement privé (un projet de loi très flou et peu applicable qui visait à favoriser les investissements des établissements privés). Entre temps, les ministres Jospin, puis Lang ont enterré la hache de guerre avec l'enseignement privé en payant une partie de 5 milliards d'arriérés dus par l'Etat aux établissement privés (depuis l'arrivée de la gauche au pouvoir), et en promulguant des mesures sociales à l'attention des enseignants du privé, selon le principe de parité public - privé.

La laïcité, le foulard et les intellectuels

Peu de sujets auront divisé les français comme " l'affaire du foulard ". Beaucoup redoutent de voir l'école se transformer en une machine à exclure, une sorte de " conseil de révision rejetant ceux qui ne sont pas conformes au modèle établi ", qui générerait des écoles confessionnelles et un repli de toute une partie de la population. D'autres au contraire, souvent impressionnés par quelques témoignages chocs, veulent éviter un délitement de la République et plaident pour une loi. Le ministre de l'Education, Luc Ferry, d'abord opposé à une loi, - tout comme une majorité de la commission Stasi, changera finalement d'avis sous la pression médiatique.

On rappelle que des universitaires ont plaidé contre l'exclusion qui enlève une chance aux jeunes filles d'accéder à l'éducation, et stigmatise celles qui ont fait un choix personnel. Si le voile peut parfois être un signe d'oppression des femmes, il n'est pas prouvé que ce bout de tissu ait tant d'importance à lui seul.

Un conseiller de Tony Blair explique un sentiment partagé à l'étranger selon lequel cette loi d'interdiction systématique n'est pas une solution, car elle renvoie l'écho du fondamentalisme qu'elle prétend combattre.

Laïcité et contexte international

En faisant un tour des pays occidentaux, on constate qu'ils sont régis par des régimes multiples, qui vont de la stricte séparation (très théorique) aux régimes avec Eglises nationales (Danemark, Finlande). Les cultures locales colorent ces modus vivendi, car en Angleterre ou aux Pays Bas par exemple, le communautarisme n'est pas vécu comme une menace mais comme un mode d'organisation normal. Sous la pression de la Convention Européenne des Droits de l'Homme, les structures évoluent lentement, avec l'abandon de la mention d'appartenance religieuse sur les cartes d'identité grecques, et la séparation de l'Eglise luthérienne et de l'Etat suédois en 2000. Vu de l'étranger cependant, la France semble en proie à une " laïcité de combat " et non à une " laïcité de l'intelligence " selon le vœu de Régis Debray, ce qui fait probablement qu'elle fait peu d'émules.

On cite également la Turquie, où l'islam est soluble dans la laïcité. Atatürk n'a pas voulu en effet dé-islamiser son pays, mais le moderniser. Dans ce pays majoritairment musulman, la loi ne fait plus référence au Coran, et les femmes turques ont voté avant les françaises !

En Angleterre en revanche, le chef de l'Etat est aussi le chef de l'Eglise Nationale Anglicane, et on n'a aboli le contrôle du parlement sur le contenu des livres de prière qu'en … 1972 ! Explication du contexte français vu d'Angleterre : il semble que les français n'ont pas digéré la guerre d'Algérie psychologiquement, alors que l'Angleterre a tiré un trait sur son passé colonial.

Quant aux Etats-Unis, un des premiers pays laïcs, une polémique enfle actuellement sur l'enseignement de la théorie de l'évolution, simple hypothèse de travail ou loi validée ? Le 8 novembre 2005, le Conseil des écoles du Kansas a autorisé une lecture critique de la théorie darwiniste.

Conclusion :

En replaçant la loi de 1905 dans la perspective des deux derniers siècles, ce dossier permet de prendre un recul historique et géographique, de sortir du débat franco-français, de relativiser les enjeux fortement dramatisés en France, et de remettre à sa place ce mythe d'un " modèle universel intangible et parfait ", dont personne ne veut à l'étranger.

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