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Boko-Haram: sémantique à la française
Par CAP Liberté de Conscience
juin 2014

 

 

Le Nigeria a déposé une demande officielle au Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU) pour que Boko-Haram soit ajouté à la liste d’organisations considérées comme terroristes et soumises à des sanctions. Si aucun des 15 pays membres du Conseil de sécurité ne s’y oppose, la décision entrera alors en vigueur.

Jean-Charles Brisard, consultant international et spécialiste du terrorisme, dans le journal La Croix écrit: "Reconnaître Boko-Haram comme organisation terroriste et soumettre le groupe à des sanctions n’est pas uniquement symbolique. Cette décision va s’imposer à tous les pays membres car cette résolution relève du chapitre 7 de la charte des Nations-Unies. L’ONU invoque ce chapitre lorsque la paix et la sécurité internationale sont menacées : le terrorisme fait partie de ces menaces. Les décisions prises sous le chapitre 7 sont obligatoires : les États devront appliquer les sanctions contre Boko-Haram au niveau national.

Cette décision donne une base légale à l’action des États : elle leur permet d’enquêter et de lancer des procédures judiciaires contre des personnes soupçonnées de soutenir Boko-Haram, de manière financière ou matérielle par exemple.

Cette qualification permet aussi de considérer Boko-Haram pour ce qu’elle est. Ce n’est pas une secte, ni un mouvement, c’est une organisation terroriste qui pille, tue et sème la terreur.On sait que Boko-Haram reçoit des subsides du golfe Persique. La décision de l’ONU permet aux pays concernés de poursuivre en justice des personnes qui participent au financement du groupe islamiste. Et s’ils ne le font pas, la communauté internationale pourra aussi faire pression sur ces pays pour que les sanctions soient appliquées."

Cette décision concerne évidemment la France vu que Paris est au premier plan de la mobilisation contre Boko-Haram. Mais pas seulement. En premier lieu et selon le Canard Enchainé, M. François Hollande malgré ses positions officielles se serait montré évasif à propos de la lutte contre les filières financières qui arrosent les organisations terroristes, fournissant "des réponses alambiquées à d’excellentes questions". La France devra très vite clarifier ses positions vis à vis des pétro-monarchies du Golfe.

En deuxième lieu, c'est la sémantique utilisée par les médias français qui sera remise en cause. En effet dans tous leurs articles, ces médias utilisent la terminologie "secte" pour désigner le groupe Boko-Haram, alors que tel n'est pas le cas des médias étrangers. A rappeler tout d'abord que les responsables français n'ont jamais réussi à définir le mot "secte". Incompétence notoire ou mauvaise volonté manifeste? Et pourquoi utiliser un tel mot vide de signification? Ceci a de quoi inquiéter les minorités de conviction en France, victimes depuis de nombreuses années d'une violente "chasse aux sectes". L'amalgame entre la terminologie "secte" et un groupe notoirement violent risque de relancer les attaques contre les minorités spirituelles et religieuses en France. Rappelons le drame de l'OTS (Ordre du Temple Solaire) qui a fait 74 victimes mais n'a jamais été élucidé. Il a fait l'objet d'une instruction juridique aberrante et totalement bâclée et a permis de marginaliser durablement toutes ces minorités. L'attitude de la France à l'encontre de ses minorités de conviction lui a valu de nombreuses condamnations par la Cour Européenne de Justice et a durablement terni l'image de notre pays à l'étranger: le pays des Droits de l'Homme est devenu le pays de l'intolérance. Certains nostalgiques voudraient-ils que l'histoire se répète?

Associer systématiquement le mot "secte" aux violences commises par Boko-Haram n'est donc pas anodin, et pourrait être une tentative de manipulation mentale en vue d'abuser l'opinion publique française. Mais dans quel but? Certes Boko-Haram est un groupe violent qui prône le retour à la pureté de l'islam par l'application stricte de la charia, la loi islamique, mais la réalité est plus complexe. De fait l'histoire commence en 1903 quand le Nigéria a été mis sous tutelle britannique. Ce passage sous contrôle colonial avait alors suscité un mouvement de refus de la part de la population locale d'envoyer leurs enfants dans les écoles contrôlées par les Britanniques. Ceci explique le nom Boko-Haram, surnom donné à ce groupe par les autochtones bien que son appellation officielle soit Jama'atu Ahlul Sunna Lidda'awati Wal Djihad, qui signifie en arabe "la communauté des disciples de la tradition de l'islam pour la prédication et la guerre sainte". En langue haoussa Boko-Haram signifie "l'éducation occidentale est un péché" — "boko", de "book", "livre" en anglais, et "haram" , "interdit" en arabe —, soit le rejet d'un enseignement perverti par l'occidentalisation.

Nous le voyons, parler de "secte Boko-Haram" est un raccourci idéologique pour masquer une réalité bien plus complexe, faire des amalgames implicites entre religions et violences, désigner des innocents comme dangereux.

Les français méritent mieux qu'un simplisme réducteur et partisan.

Sources:

Que va changer la classification de Boko Haram comme « organisation terroriste » par l’ONU?

François Hollande ménage-t-il les financiers du Jihad ?

Who are Nigeria's Boko-Haram Islamists? BBC

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