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CAP Liberté de Conscience - Liberté de religion - Liberté thérapeutique

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Avoir Mayas partir avec l'obscurantisme
Par Christian Paturel
Décembre 2010

 

 

cap lc bugarach maya 2012Ainsi, la « fin du monde » serait programmée pour 2012, et très exactement pour le 21 décembre 2012. Un film à très grande audience intitulé (on se demande pourquoi) « 2012 » a connu un énorme succès. Là aurait pu s’arrêter l’histoire. Ce n’est pas le cas. De nombreux sites relaient cette information qui est amplifiée par les médias. Pourquoi ? Information qui à son tour alimente de nombreuses conversations. Pourquoi ? Comment cette date a-t-elle été arrêtée ? Pourquoi la petite localité de Bugarach dans l’Aude est-elle associée à ce qui serait la conclusion de l’aventure humaine ?

Le calendrier maya

« Bizarre ! Vous avez dit bizarre ? ». De fait, ce dossier semble pour le moins bizarre. A l’origine il y a ce calendrier maya qui s’arrête précisément à cette date du 21 décembre 2012. Il est vrai que la civilisation maya a brillé par sa connaissance des mathématiques, de l’architecture, de la sculpture, de l’astronomie… Dans de très nombreux domaines, la science des mayas était supérieure à celle des grecs et des romains. D’où la très grande autorité attachée à leurs travaux et calculs en matière d’astronomie. Ainsi, les mayas avaient calculé que la durée de l’année solaire était de 365,2420 jours. Nos brillants savants sont parvenus tardivement à fixer la durée exacte, à savoir : 365,2422 jours. Extraordinaire, n’est-ce pas ? Mais, faut-il pour autant en déduire que la fin de leur calendrier (établi sur plus de 5000 ans) indique, sans discussion possible, que la société humaine est arrivée à son terme ? N’oublions pas que la société maya, quel que soit le niveau de culture atteint, présentait quand même certains aspects pour le moins inquiétants : sacrifices humains, notamment d’enfants et de prisonniers, à des dieux païens. Par ailleurs, l’astrologie qui était l’affaire des prêtres, occupait une place importante dans la cité. Leur civilisation et leur degré de conscience universelle n’étaient donc pas aussi avancés.

A ce stade de ma réflexion, je ne peux m’empêcher de constater que dans nos sociétés modernes l’astrologie dirige de nombreuses personnes, y compris nos responsables politiques (ce qui explique certainement en partie l’impasse dans laquelle la communauté internationale se trouve…). Quant aux sacrifices humains, « nous » opérons il est vrai sur une échelle beaucoup plus vaste avec deux guerres mondiales et plus de cent millions de morts en moins d’un siècle, le tout au nom du dieu Etat et de la déesse Patrie.

Les mouvements apocalyptiques

Toujours est-il que cette date du 21 décembre 2012 fait les beaux jours des mouvements apocalyptiques et occultes. Une parenthèse : le message biblique dispensé par les Témoins de Jéhovah n’a jamais présenté un caractère apocalyptique malgré les affirmations de certaines structures étatiques (type Miviludes), d’associations (genre Unadfi) ou de commissions parlementaires (une espèce hybride) qui sortent de leur rôle (un parlement doit fédérer le peuple et non susciter des discriminations et préjugés). Les Témoins de Jéhovah prêchent l’évangile (qui veut dire « Bonne Nouvelle »). Ils annoncent la « fin… d’un système » de gouvernance humain et non… la fin du monde. Quant la société maya été détruite par les conquistadors espagnols appuyés par le clergé catholique (« le sabre et le goupillon »), cet évènement a vu « la fin du système » de gouvernement maya… et non la fin du monde.

La crise de civilisation

Quelle curieuse revanche de l’histoire tout de même. Les Espagnols et l’Eglise catholique romaine ont justifié la destruction des cités mayas, l’esclavage et l’exploitation du peuple par une sorte de sainte croisade entreprise au nom de la civilisation et de la christianisation. Le peuple a été ruiné par les exigences de ses nouveaux maîtres, quant au christianisme il s’est édulcoré dans un curieux mélange de paganisme basé sur l’adoration de dieux antiques dans les grottes et le culte des saints dans les églises catholiques. L’échec est total.

Aujourd’hui, nous assistons au retour en force de la civilisation maya par l’entremise de… son calendrier. Pour une bonne partie de l’opinion publique, l’arrivée à terme du calendrier maya est plus importante que les bulles papales, les encycliques et les instructions des chefs religieux toutes confessions confondues. Un tel déplacement des centres d’intérêt spirituel reflète très bien l’état de la société résultant de la faillite des grandes religions, de la banqueroute des systèmes politiques, de la destruction programmée de la planète et du désarroi des peuples qui tentent désespérément, dans la tourmente actuelle, de trouver, à défaut de certitudes, des repères. Les « NMR » (« nouveaux mouvements religieux » selon Régis Dericqbourg) s’inscrivent dans ce mouvement de l’histoire. La lutte qui est menée pour entraver ce dernier (il ne pourra être détruit) s’effectue à contre courant avec l’évolution des sociétés. Malraux disait « le vingt et unième siècle sera spirituel ou ne sera pas ».

Il était un petit village gaulois…

Et notre petit village de Bugarach dans toute cette histoire ? Des organisations et des mouvements diffus versés dans l’occultisme tentent d’accréditer l’idée que le mont Bugarach serait sacré. Que ce dernier abriterait des extraterrestres (ainsi d’ailleurs que…. le trésor des Templiers) et qu’il faudrait impérativement être sur cet emplacement, le 21 décembre 2012, afin de pouvoir s’embarquer à bord d’aéronefs pilotés par les extraterrestres. Que deviendront ceux, dont je suis, qui n’auront pas pris leur billet (aller simple ou aller-retour ? La question mérite d’être posée) ?

Et d’évoquer, pour appuyer cette affirmation et renforcer le mystère maya, la présence d’innombrables vestiges accréditant l’idée que la terre a été visitée dans le passé par des extraterrestres : Tiahuanaco, les figures de Nazca, le plateau de Marcahuasi, les légendes communes à de nombreuses civilisations évoquant la présence d’êtres supérieurs qui seraient venus du ciel, les pyramides d’Egypte, les statues de l’île de Pâques…

Cette démonstration est appuyée par le rappel de nombreux faits historiques régionaux (prouvés et non prouvés) qui sont sensés être survenus dans la périphérie de Bugarach : Marie Madeleine, demeure de Nostradamus, trésor de l’abbé Saulnières à Rennes le Château, présence des Templiers… Cette accumulation d’arguments explique l’engouement des personnes attirées par l’occultisme, l’extraordinaire, le fantastique, le nouveau qui renoue avec le passé (comme la mode vestimentaire), l’irrationnel… Ces preuves historiques, ces légendes, ces contes, quelques faits réels plus ou moins enjolivés permettent de convaincre même des incrédules.

Bugarach, face à cette ruée vers l’or(dination) et la survie pourrait connaître très rapidement des problèmes d’organisation liés à la surpopulation, à l’insuffisance des moyens et des structures d’accueil. Un mouvement de panique, me direz-vous, n’obéit pas toujours à la raison. C’est effectivement le cas dans tous les naufrages… et ceci en est un.

La raison m’incite à relever :

  • Que la fin du calendrier maya était inévitable. On ne voit pas l’utilité pour les astronomes-astrologues d’établir un calendrier qui aurait plongé ses regards vers l’éternité. Il fallait bien, à un moment donné, arrêter la prospection. Embrasser une période de plus de 5000 ans constitue déjà une belle performance, surtout à notre époque où les gouvernements se dirigent à la corne de brume et gèrent les affaires au jour le jour…
  • Que par ailleurs, associer la fin dudit calendrier à la fin du monde constitue une regrettable confusion et un raccourci un peu rapide. Il est vrai que l’information fait vendre.
  • Qu’enfin, s’agissant de la petite commune de Bugarach, dans la mesure où les « touristes » veulent venir et affluent, pourquoi ne pas opter pour le réalisme d’autres communes qui sont devenues célèbres pour des raisons assez diverses : religieuses (Lourdes et Lisieux par exemple), historiques et militaires (Arromanches, Sainte-Mère-L’Eglise …), voire relevant du mimétisme (Saint-Tropez, Deauville). Toutes ces collectivités locales ont su retourner à leur avantage une célébrité qui pouvait, de prime abord, sembler encombrante. Les retombées peuvent être positives « en satisfaisant la demande (évidente) du marché » et en s’affranchissant… de la morale. Mais, l’économie et la finance sont-elles morales ? Pas plus que les médias !


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