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CAP Liberté de Conscience - Liberté de religion - Liberté thérapeutique

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Joan Pinchu : « chasse aux sorcières »
Pour le comité de soutien,
Vanessa Blachon


mars 2010

 


Jean-Marie Bernard, dit Joan Pinchu, sa compagne et Catherine Naivin ont, en 2005, constitué une SCI pour faire l’achat commun d’une maison, d’un lieu de vie où ils comptaient développer des activités artistiques. La maison comptait donc trois habitants adultes, et trois enfants.

Joan Pinchu est titulaire du diplôme de HEILPRAKTIKER (non reconnu en France), a exercé en tant que psychanalyste pendant des années, écrit des livres dont un sur l’homéopathie. Il est aussi « chaman ». Le terme sonne exotique et en tous cas, ne bénéficie d’aucun statut auprès des autorités. Comme il est d’usage de planter le décor, voilà la brève définition que Joan Pinchu donne du chamanisme :

Les Traditions Yakoute, Yougarki, de Sibérie, Same, Shuar, Amérindiennes, Aborigènes, Nordiques, Celtes, Tongouse, Inuit, Mongole, d'Asie centrale, préhistoriques sont le fond commun de sagesse de l’humanité.

En premier lieu le chamanisme est une certaine vision du monde, impliquant une participation harmonieuse au monde et non son assujettissement, ce qui vaut bien sûr pour les humains. En soi, le chamanisme n’est ni une religion, ni une idéologie, ni même une philosophie mais une participation intime avec la nature. On pourrait peut être dire une spiritualité personnelle. Ceci explique pourquoi le chamanisme est plus une relation entre les personnes et la nature, et non un système organisé et structuré. Bien que fortement imprégné du souci de ne pas nuire et d’être utile à la société humaine, il reste une expérience individuelle. Ce qui peut expliquer pourquoi, il a été combattu par tous les systèmes totalitaires. Les bases fondamentales du chamanisme sont : respect de soi, respect des autres, respect de la vie. Tout ce qui existe dans la création à valeur égale. L’homme n’est qu’une partie du tout, ni supérieur, ni inférieur, mais de même valeur. Ceci s’applique à chaque élément de la création. Autrement dit tous les hommes sont égaux, ce qui est d’ailleurs inscrit dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, laquelle contient les valeurs chamanistes.

Notre culture indo-européenne a aussi ses médecines, ses guérisseurs, magnétiseurs, rebouteux, une tradition chamanique et une connaissance de l’art de vivre en harmonie avec la nature. Si l'ordre des médecins les renie, nombre de patients, eux, ne s’y trompent pas et font appel à ces pratiques en parallèle d’un parcours médical classique. Serait-ce que l’on réclame d’être traités comme des êtres humains et non pas comme des symptômes ou des maladies ?

Dans toutes les anciennes sociétés, il est aussi du rôle de chaman de soutenir les gens qui viennent lui demander de l'aide pour surmonter des difficultés sur différents plans : physique, émotionnel, social, psychique. C’est ce que faisait Joan Pinchu jusqu’ici.

Les deux premières années sur le lieu de vie acquis ont été rythmées par le harcèlement administratif et l’abus de pouvoir systématique de l'ancienne municipalité : interdiction d’installer un tipi,

refus successifs de permis de construire,

pas de déneigement de la route d’accès à la maison en hiver,

alerte fréquente des gendarmes par l’ancien maire avec rondes d’intimidation et relevés des plaques d’immatriculation dès qu’il y avait plus de 4 véhicules en stationnement devant la maison,

Etc…

Et puis, le 11 février 2008…

Une dizaine de gendarmes armés, sont arrivés à 8h30, les enfants étaient à l’école. Après perquisition de la maison, ils ont embarqué tout le monde :

Joan Pinchu.

sa compagne alors enceinte

leur amie Catherine, 60ans, que les gendarmes ont jugé bon de menotter.

Seule est restée Simone, 74 ans, amie de la famille, pour assurer la garde de leur fils âgé de 15 mois, qui a assisté à ce spectacle.

Compte-tenu de son état, la compagne de Joan Pinchu sera relâchée au bout de quelques heures ; Catherine sera fouillée à nu et restera la journée en garde à vue, Joan sera « libéré » 48 heures plus tard. Il aura refusé de boire et manger pendant 48 heures , choqué par l'arbitraire.

Lors de l’arrestation, seule Catherine a été informée des crimes dont ils étaient accusés, et des raisons de leur arrestation. Ce n’est qu’après de longues heures de garde à vue et à travers les interrogatoires qu’ils comprendront la vraie nature des accusations.


Ce « coup de filet »était préparé par plus d'un an de surveillance et d’écoutes téléphoniques, à la demande du maire en place qui, en bon voisin, observait à la jumelle ce qui se passait chez eux, et à la moindre occasion appelait les gendarmes qui arrivaient aussitôt.


La rumeur ainsi alimentée et la dénonciation du psychiatre d'une jeune femme gravement malade sont à l'origine de cette arrestation. Cette personne, Joan Pinchu l'a rencontrée… une fois : il l'a accueillie chez lui, à la demande de sa famille désemparée, pour tenter de calmer une forte crise d'hystérie.

Le crime ?

une vie relationnelle riche

une maison partagée

un tipi dans un champ

le respect de soi et d'autrui

De quoi sauter rapidement à la conclusion de mise : une secte !

L’enquête cherchait des preuves : médecine parallèle, manipulation, influence sectaire, opérations financières.

L’accusation ? Pratique illégale de la médecine (à cause de « prescriptions » de chlorure de magnésium et de médicaments homéopathiques basiques disponibles en pharmacie sans ordonnance) et administration de substances illégales.

Dans le cadre de cette procédure et de cette enquête, nombre de leurs relations, habituelles ou de passage, ont été convoquées et entendues.

Aucun des soupçons n’a trouvé de preuve à l’appui, ni dans les perquisitions, ni dans les interrogatoires.

Mais la condamnation était faite à priori, sur soupçon de fait, comme une trace indélébile, selon le vieux dicton « il n’y a pas de fumée sans feu ». D’autant plus que l’histoire ne s’arrêtera pas là. Les gendarmes continuent leurs rondes d’intimidation, intervenant pour relever les plaques d’immatriculation des personnes présentes, même pour des fêtes d’anniversaire… L'ancien maire envoie une inspection de la D.D.A.S.S.

Le mois suivant, pendant une absence de Joan, sa compagne, restée à la maison avec les enfants, décide de partir, emmenant leur fils, sans laisser d'adresse. Joan, inquiet, fait auprès des gendarmes une demande de recherche de son fils disparu. Leur réponse: il n'y a pas de décision judiciaire.

La compagne de Joan finit par le quitter. La séparation est loin de se faire dans le calme et comme très souvent dans ce genre d’affaire, la source principale de conflit sera la garde de l’enfant né de leur union. Quelques jours après son départ du domicile conjugal, la mère revient, et contre toute attente confie l’enfant à son père, sans avoir prévenu, pour un temps qu’elle ne précise pas.

Mis devant le fait accompli, Joan décide d’emmener l’enfant avec lui pour ce week-end qu'il avait organisé de longue date. La mère revient tard pour récupérer l’enfant et trouve porte close. La mère ira à la gendarmerie déclarer que le père est violent et qu'il veut se sauver en Bretagne. Tout est faux et prémédité, mais qu'importe, il suffit d'accuser pour avoir gain de cause. Elle reviendra quatre jours plus tard, accompagnée de trois gendarmes.

Sur leur injonction, l'enfant doit être rendu à sa mère : il sera sorti de son bain et emporté sans aucun égard vis-à-vis de son jeune âge et du traumatisme possible. Tout cela sans aucune décision judiciaire: les gendarmes eux-mêmes ont jugé. Le père est traité comme coupable d’enlèvement alors que l’enfant est à son domicile…L'enfant est « rendu » à sa mère qui n’a pas communiqué l’adresse où elle vit.

Dès lors la guerre est déclarée et les enquêtes sociales comme les témoignages en faveur de la mère seront à charge contre le père, se focalisant sur les mêmes points: vie en communauté, pratique du chamanisme, déviances sectaires. Tout conjoint qui engage ce type d’accusation sait et sent qu’il bénéficie de ce doute à priori se fut-il engagé auparavant corps et âme dans le choix d’un mode de vie différent qu’il récuse avec le changement de sa vie affective.

Au mépris du secret de l’instruction, l’affaire en cours pour les accusations de pratique illégale de la médecine sera portée à l’argumentation de l’avocate de la mère. Le premier jugement lui donnera raison, ainsi que le jugement d’appel qui cite clairement le « chamanisme » et « la vie en communauté » comme potentiellement nocifs pour l’enfant.

Aujourd’hui Joan Pinchu ne peut prétendre qu’à voir son fils tous les 15 jours, pour une durée de 1h et sous surveillance.

Après presque un an de mise sous contrôle judiciaire, le procès pour pratique illégale de la médecine a été fixé au jeudi 18 mars 2010, laissant le juge statuer sans preuves matérielles, et décider d’un destin en mettant dans la balance les seules paroles de l’accusation et de la défense.

Une pétition circule actuellement avec, à son actif, plus de 200 signatures pour soutenir Joan Pinchu, soutenir le droit à la liberté thérapeutique, et à la liberté de conscience. Et les personnes qui le soutiennent n’oublient pas, et à juste titre, que les accusations premières ont de lourdes conséquences sur sa vie personnelle.

Sans méconnaître les abus de personnes avides de pouvoir ou d’argent, les accusations de secte, le jugement de la différence, trouvent depuis quelques années un contexte répressif qui est propre à la France et s’y renforce.

Comme dans les périodes de récession du siècle dernier, il semble se nourrir de la frustration, de l’incertitude, de la peur du lendemain, qui fait de « l’ordre » et du sens commun des « valeurs refuge ». Cet ordre établi, on le croit protecteur alors même qu’il prive des libertés les plus élémentaires, quand bien même ces libertés ne nuiraient à personne.

Cet ordre commun se nourrit de boucs émissaires, dont la désignation est fédératrice de la cohésion sociale. Si ce bouc émissaire est aujourd’hui un « autre », personne n’est à l’abri de le devenir à son tour. D’aucuns disent : «  je n’ai rien à me reprocher », mais chacun trouve ses arrangements. Et dans un état sécuritaire, toute personne est susceptible d’être accusée de faillir aux règles d’aujourd’hui ou de demain.

C’est pourquoi le comité de soutien à Jean-Marie Bernard tient aujourd’hui à communiquer sur son histoire, d’une part pour le soutenir dans ce combat solitaire, d’autre part pour appeler les consciences à réagir et ne pas rester aveugles à ce qui se déroule aujourd’hui.

Pour le comité de soutien,
Vanessa Blachon


 

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