Coordination des Associations et Particuliers pour la Liberté de Conscience
Coordination des Associations & Particuliers pour la Liberté de Conscience
line
CAP pour la Liberté de Conscience - Liberté de Religion - Liberté de Conviction
 
actualites
enquetes
revue de presse
vos droits
Aidez-nous
futur
publications
Point de vue
liens / links
telechargements
contacts
english version
CAP LC 2008
www.coordiap.com
 
 
 
shim  
 

CAP Liberté de Conscience - Liberté de religion - Liberté thérapeutique

sectes-tribune-libre

L'Homme n'est pas né libre, il est né pour se libérer !
Par Kudrat Singh Ménir
janvier 2010

 

 


Le XXIe siècle tendra-t-il vers l'universel ou bien vers l'uniforme ?« Face aux défis et aux enjeux du XXIe siècle, une démocratie digne de ce nom doit résister aux enfermements nationalistes en répondant en termes de droits fondamentaux aux exigences nées de la différenciation de l'humain.

« On ne fait pas une cité à partir d'hommes semblables » (La politique, Aristote, 384-322 av JC). Sur cet héritage politique antique ont été construites toutes les organisations démocratiques occidentales. Les régimes totalitaires se sont au contraire construits sur la négation de ce principe.

L'unicité de l'humanité est un principe essentiel à mes yeux. Le premier enseignement délivré par le fondateur de ma lignée spirituelle, à une époque qui présentait bien des analogies avec la nôtre, fût : « Il n'y a pas d'hindous, il n y a pas de musulmans. Il n 'y a que des êtres humains ».Et il n'y a pour ce siècle, nul ne le met plus en doute aujourd'hui, que deux politiques possibles : celle qui prend le risque de radicaliser et celle qui tend à réunir les modérés de tous bords autour d'un idéal de destin commun.

Déambulant coiffé de mon traditionnel turban blanc dans les rues de Paris dès le matin du 12 septembre 2001, je me suis naturellement trouvé à l'avant-poste pour percevoir dans notre conscience collective le basculement néfaste et soudain du regard porté sur l'Autre. Je me suis ce jour-là juré de faire tout ce qui était en mon pouvoir afin d'enrayer cette tragédie et d'oeuvrer dans l'élaboration du sens commun à l'encontre des forces qui sous-tendent la violence et le chaos et pour promouvoir l'émergence d'un «nous» planétaire.

Ma démarche de citoyen du monde n'implique pourtant aucunement pour moi d'oeuvrer à la déconstruction du socle de valeurs naturelles de la patrie d'enracinement mais au contraire de participer au déploiement des valeurs de la patrie de citoyenneté. Elle réaffirme la confiance en l'universalité du contrat moral des Droits Humains et l'espoir d'un siècle un peu moins sinistre que le précédent en s'appuyant sur les valeurs universalistes et antiracistes qui y sont associées. La reconnaissance de l'autre et la poursuite du bien commun en constituent les deux grandes finalités. Celles-ci sont interdépendantes et communes à l'éthique spirituelle autant que politique ...

Spirituelle car l'exposé-questionnaire ouvrant l'enquête de l'Unesco sur les fondements théoriques des droits de l'homme en mars 1947, contenait cette phrase prémonitoire : «Nous ne pouvons toutefois négliger le fait que, dans d'autres parties du monde, d'autres théories des droits de l'homme ont surgi, surgissent ou sont destinés à surgir (..) Par ailleurs, seule une formule entièrement nouvelle des droits de l'homme pourrait incarner les conceptions d'un homme tel que le Mahatma Gandhi, ou celles de nombreux penseurs indiens qui croient en l'importance sociale et la valeur personnelle de la méditation et de l'expérience mystique... »

Disciple d'un guide spirituel sikh, je suis en effet l'humble héritier d'une tradition apparentée à celle de cet illustre prédécesseur et je partage sa philosophie politique. Je préfère d'ailleurs employer la locution «cosmologie politique» puisque spiritualisme et humanisme sont à mes yeux les deux faces d'une même réalité.

« Je veux que les cultures de toutes les terres soufflent à proximité de ma maison aussi librement que possible, mais je refuse d'être renversé par le souffle de l'une quelconque d'entre elles » disait le Mahatma Gandhi. Cette volonté me paraît aussi adaptée aux enjeux et aux défis du monde contemporain qu'elle l'était à ceux de l'Inde du milieu du vingtième siècle.Ni mon esprit analytique ni mes lectures ne m'ont permis à ce jour d'expliquer la contradiction entre, d'une part, l'intelligence de l'homme dans les domaines scientifique et technique et, d'autre part, l'incohérence de son comportement et les catastrophes auxquelles ses idéologies et ses systèmes de croyance l'exposent de manière récurrente.

La seule homogénéité universelle de l'humanité est-elle de demeurer à jamais incapable de toute activité ou interaction non focalisée sur le moi ? L'autonomie, la responsabilité et la créativité individuelles ne sont-elles que des utopies structurellement hors de portée du plus grand nombre ?

J'ai toujours été et demeure intuitivement convaincu que le refoulement et l'occultation de la dimension spirituelle de l'existence ainsi que sa relation avec la conscience politique jouent un grand rôle dans nos erreurs collectives depuis des siècles.

Le lien entre foi et raison, entre religion et politique, est une question ouverte dans une France désenchantée, désenchantée car elle ne considère plus l'Univers comme constituant un organisme à la fois matériel, spirituel et plus largement métaphysique.

La difficulté de cette question ne devrait cependant pas limiter notre réflexion aux inquiétudes temporelles et immédiates.

La distinction bien comprise entre foi et raison empêche de laisser aux seules institutions étatiques et religieuses la responsabilité ultime de répondre aux aspirations des personnes. Une telle réponse insuffisante pourrait entraîner des conséquences rendant impossible un ordre social respectueux de la dignité et de la liberté des personnes.

J'ai toutefois conscience d'inviter à un changement de paradigme en soutenant que le respect de nos différences peut nous unir de manière plus noble que nos identifications plus ou moins étroites. «L'Homme n'est pas né libre, il est né pour se libérer !» Cette phrase est attribuée au fondateur du sikhisme : Gourou Nanak. C'est sans doute celle qui est restée la plus célèbre dans tout le sous-continent indien et en tout cas celle qui résume le mieux à mes yeux son héritage universaliste. Selon notre vision, tout individu se déplace en permanence sur une orbite spirituelle. La spiritualité, être spirituel, ce n'est donc rien de plus que de sentir l'esprit en nous. Sur le long terme, c'est l'esprit en vous qui vous fait vaincre, qui vous donne le courage, qui vous donne l'endurance, qui vous donne l'intuition, l'amour-propre et la connaissance de soi.

Vous n'êtes donc ni le corps, ni le mental, ni l'âme. Vous êtes ce qui commande aux trois ! Le sens de la vie de tout être humain ne réside donc pas dans la quête de son identité, mais dans la réalisation de la permanence de son identité. Car nous estimons que lorsqu'on a vécu sans savoir qui on est, on meurt sans savoir où on va. C'est la préservation de cet espace de liberté qui est en jeu à l’heure où les systèmes centrés sur des idéologies matérialistes ont montré, de manière spectaculaire et brutale, leurs limites. Sans cet espace de liberté, plus aucun sujet ni culture ne peut se développer, dans cet espace, le sens de l'existence peut se rechercher et parfois se trouver, car là se situe ce seuil au-delà duquel l'humanité entière est perçue comme ne faisant qu'une en esprit.

Beaucoup de gens, particulièrement au sein des sociétés modernes, n'arrivent pas de nos jours à appréhender spontanément la vraie nature de la vie spirituelle. Ils considèrent que maîtriser intellectuellement les concepts énoncés dans les Écritures Saintes ou philosophiques au sujet de la «Vérité », c'est la connaissance spirituelle. Le plus tragique est qu'ils pensent sincèrement que cela suffit. Ils croient que la vérité dont il est question ici peut se comprendre au moyen de l'intellect. Or cette vérité n'est connaissance spirituelle que lorsqu'elle est devenue expérience personnelle.

Toutes les philosophies et religions majeures ou traditionnelles et la plupart des grands penseurs à travers l'histoire ont reconnu la présence en chacun d'entre nous d'un « être » bien plus vaste, quel que soit le nom qu'on lui donne, que la description des formes de la matière, ou pour le dire autrement, d'une interface entre le fini et l'infini. Or l’une des propriétés de l'Infini est qu'au-delà d'un certain seuil, il vous présente un reflet de vous-même. Je ne conçois donc pas la conscience spirituelle comme une valeur ou un ensemble de valeurs que l'on pourrait rationaliser, énumérer et mesurer pour estimer notre degré de bonne gouvernance. La conscience spirituelle doit plutôt être reconnue comme matricielle. Elle nous enseigne en premier lieu que si nombreuses que soient les manières de pratiquer l'humanité, il n'y a qu'une seule humanité et que la paix entre les êtres humains, la paix entre l'être humain et son environnement, sont indissociables de la paix en l'être humain.

On comprend ainsi que la conscience spirituelle transcende tous les clivages superficiels qu'ils soient ethniques, culturels, politiques voire religieux car les enseignements religieux ne devraient pas être perçus puis mis en pratique comme une forme de ritualisme séparant l'humanité de l'humanité mais plutôt comme un système qui permet de se hisser vers le sommet de soi-même et d'y demeurer.

C'est à sa lumière que se distingue la dignité inhérente à toute incarnation humaine, que se différencient démocratie et dictature de la majorité et que se forge la conviction que l'humanité mérite mieux que le nationalisme et la guerre. Elle se manifeste en premier lieu dans notre vie sociale et politique comme une force qui fait naître en nous tous le courage, la résilience, l'intuition, l'estime de soi et l'aspiration à la vérité et à la justice.

C'est cette intuition de la préséance de la vie immatérielle qui permet de discerner les impensés, les polysémies et les ambiguïtés d'une idéologie, de se comporter spontanément en citoyen plutôt qu'en partisan.

Un de ses plus grands ennemis est l'autocentrisme, qu'il se décline en ego- ou ethno-centrisme, qui nous fait perdre de vue les conséquences de nos actes et de nos décisions sur autrui. Le second est le matérialisme spirituel par lequel, lâchant la proie pour l'ombre afin de continuer à manipuler la culture, nous pourrions être tentés d'instrumentaliser et de frelater la spiritualité en réduisant le sens de l'existence au respect des normes d'une hypothétique « vie bonne ».

La conscience spirituelle agit au contraire par imprégnation et donc à l’encontre de la discrimination. - « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'il te fasse. »

Voilà sans doute le premier principe à travers lequel, vecteur d'intégration sociale et culturelle, elle se manifeste au sein de notre existence individuelle et collective.

Utopiste ? La liberté, l'égalité, la fraternité et la reconnaissance de la dignité humaine, pierre angulaire sur laquelle est bâti l'édifice des Droits Humains, sont des valeurs qui ne doivent rien au matérialisme et à la réification.

Une manifestation concrète du respect de cette liberté que personnellement j'ai eu très tôt la chance de reconnaître comme spirituelle est précisément la coexistence harmonieuse de tous les systèmes de croyance avec l'absence de croyance au sein de sociétés démocratiques inclusives où l'expression de la diversité culturelle et religieuse est considérée comme une richesse, un facteur de paix et un signe de tolérance, parfois définie à juste titre comme «l'intelligence partagée ».

Mon intime conviction est que le reconnaissance de la préséance de la vie immatérielle est indispensable à la définition du monde nouveau et multipolaire dont nous voulons voir enfin poindre l'aube : un monde où, passant de la logique de l'affrontement et du compromis à celle de la compréhension, nous pourrons élaborer les règles de vie, de pensée, de comportement, aménageant à chacun son rôle social selon ses aptitudes, dans la conscience des valeurs qui, quand elles sont suivies, révèlent notre essence spirituelle et rétablissent ainsi l'espèce entière dans sa dignité et sa Grâce.

KUDRAT SINGH MENIR

 

Sommaire tribune libre

CAPLC - CAP pour la Liberté de Conscience - Liberté de Religion - Liberté de Conviction