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CAP Liberté de Conscience - Liberté de religion - Liberté thérapeutique

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La psychopathologie, mode d’emploi
Des pilules et des hommes
Par Gilles Carat
juillet 2010

 



Depuis le 20 mai 2010, nous savons que toute personne voulant détenir le titre officiel de psychothérapeute en France devra suivre au minimum un cours de psychopathologie, stage dont les psychiatres sont dispensés. Ce cours semble donc enseigner la base indispensable à toute démarche de psychothérapie fructueuse, et l’on dit même que c’est un pré-requis à toute formation psychothérapeutique. Mais de quoi s’agit-il ?

La psychopathologie, selon sa définition officielle, a pour ambition de décrire le fonctionnement mental normal et pathologique en suivant une démarche dite scientifique, donnant naissance à un nouveau type de praticien, le « praticien scientifique » : celui-ci se tient au courant des derniers développement scientifiques, il évalue l’efficacité des traitements (c’est le terme) qu’il administre à ses patients, et peut même contribuer lui-même à la recherche scientifique dans des centres ad hoc. Scientifique est le maître mot ici.

Cette théorie, scientifique donc, nous apprend que chaque individu possède une structure mentale propre, constituée des éléments profonds de sa personnalité, fixés en un assemblage « stable et définitif ». C’est justement la rupture de cet équilibre qui constitue une « pathologie », que le psychiatre ou le psychothérapeute devra tenter de rétablir.

La psychopathologie, diagnostic

Dans l’étude des ruptures de cet équilibre, nous partons au pays des signes et syndromes et abordons les rivages de l’étiologie, de la pathogénie ou de la sémiologie, pour s’ancrer solidement dans la nosographie ; on entend par là une description et un étiquetage des troubles, qui constitue une partie non négligeable de cet enseignement, sinon sa totalité.A côté des troubles anxieux, des psychoses, schizophrénies, névroses et paranoïas, termes classiques, on trouve des termes plus obscurs comme les troubles thymiques, ou dysthymiques, les glaucomes chroniques à angle fermé (sans dessin, c’est pas évident), on se débat avec différentes caractéristiques comme les prodromes, les signes pathognomoniques, et on apprend à distinguer les troubles schizo-phréniformes des bouffées délirantes, suivant les classifications américaines ou françaises – qui ne se recoupent pas forcément.

En psychiatrie, le diagnostic s’effectue à l’aide d’un examen clinique, qui commence par l’examen de la « demande du sujet » (si demande il y a !).

Pas moins de 22 zones sont examinées (intellectuelles, physiologiques, motrices), donnant lieu à près d’une centaine de dysfonctionnements élémentaires. Par exemple, au chapitre langage, on repérera les dysarthries ou les agnosies, ainsi que les logorrhées (équivalent des diarrhées, mais pour la parole) très ennuyeuses, mais pas autant que les verbigérations (carrément démentielles), tout autant que les écholalies ou palilalies (plus champêtres, mais tout aussi démentielles). Enfin, ne pas sous-estimer la tendance aux néologismes, symptôme reconnaissable de schizophrénie (pauvre Victor Hugo, sans parler de Jean-Pierre Raffarin !). Pour ce qui est de la pensée, on sera attentif à la bradypsychie et à la tachypsychie, sans compter le ‘fading mental’.

L’activité motrice quant à elle peut être perturbée par les raptus, les mouvements choréiques ou la catalepsie, et l’état émotionnel sera parfois parasité par la labilité thymique, l’hypoesthésie ou, plus embêtant, par l’athymhormie.

Enfin la conscience de soi peut être altérée par un état crépusculaire, l’hypocondrie, la dysmorphophobie, ou peut encore être affectée par une amnésie antérograde, rétrograde ou antéro-rétrograde, et parfois même paradoxale.

Tout cela permettra, par de savants croisements et analyses « multiaxiales », d’adjuger d’une étiquette qui servira de base ... le plus souvent à une ordonnance.

Et au moment où l’on croit avoir tout compris jusque-là, on tombe soudain sur le trouble bipolaire, véritable pavé dans la mare, qui représente un véritable monument à lui tout seul. En effet, certains auteurs ont créé et élargi ce nouveau concept de trouble bipolaire à l’aide de 6 catégories qui couvrent un maximum de troubles déjà répertoriés ci-dessus ; ça, c’est probablement quand on lit le DSM, le manuel « statistique » (admirons le terme) des pathologies, en diagonale en partant de la fin. Comme le fait remarquer le psychiatre Arnaud de Beaurepaire, cette nouvelle classification, sûrement tout aussi scientifique que la première, apporte « une caractérisation clinique très subtile à la bipolarité, mais en élargissant le spectre de la bipolarité de façon si extensive que l’on cerne parfois mal ses limites, en particulier du côté de la normalité, ce qui a fait dire à certains : (‘nous sommes tous des bipolaires’). » Une subtilité un peu envahissante, donc. A noter également, « les bipolaires III sont des patients qui ont présenté un état maniaque ou hypomaniaque déclenché par un traitement antidépresseur. » C’est un peu le monde à l’envers.

On apprend enfin qu’il existe plusieurs classifications concurrentes des troubles bipolaires ! Quelle science prolifique !

Quant à « l’étiologie » (la source possible du symptôme observé), la panoplie éminemment orientée et restrictive est édifiante, comme par exemple pour l’état de « confusion mentale aiguë » : traumatisme crânien, tumeurs, infection du cerveau, alcool, consommation aiguë de drogues douces ou dures, voire de solvants, ou intoxication médicamenteuse (barbituriques, benzodiazépines, anti-dépresseurs), et... c’est presque tout ! Notons la mention honnête des médicaments psychiatriques comme source possible de ce problème « aigu ». La psychopathologie considère en effet que la démence (8 ou 9 types principaux), découle de lésions anatomiques cérébrales.

Pour d’autres états pathologiques, on ajoute cependant les facteurs génétiques, les antécédents familiaux, et, tenez-vous bien, la morphologie : si vous êtes affecté d’un « morphotype leptosome » (longiligne), vous êtes un candidat à la schizophrénie, si vous tirez vers le type « pycnique » (petit et gros), vous risquez de devenir « cyclothymique », et si vous êtes athlétique, votre comportement aura tendance à la « viscosité », cela ne s’invente pas, ou du moins cela a été inventé par Ernst Kretschmer, Président de l’Institut de Neuropsychiatrie de Marburg (Allemagne) de 1926 à 1946.

Pour d’autres états pathologiques (la plupart en fait), on admet que leur « éthiopathogénie » - ou origine – est inconnue ou obscure. En revanche, la conclusion est toujours la même : distribution de neuroleptiques, anti-dépresseurs et consorts. On avertit toutefois que les neuroleptiques, recommandés dans la plupart des cas, ont tendance à provoquer le Parkinson (un fait reconnu aujourd’hui après 30 ans de dénégations), donc il ne faut pas oublier d’administrer parallèlement un traitement correctif « anti-Parkinson ». **

La psychopathologie, remèdes chimiques

Après l’examen clinique, nous avons un arsenal de remèdes, ou plutôt un remède universel qui se décline en une multitude de variantes puisque toute cette démarche faite de diagnostic, anamnèse, catamnèse, compréhension longitudinale, arbre généalogique, analyse de sang, etc., aboutit invariablement à la délivrance d’une ordonnance prescrivant des pilules.

Et là, côté pilules, nous avons une sacrée panoplie, qui selon certains professionnels, s’accroît rapidement et déferle sur le « marché », avec une grande agressivité commerciale. Donc, que l’origine du trouble soit une tumeur au cerveau, une lésion cérébrale ou vasculaire, une intoxication, un traumatisme ou une conséquence de la prise de psychotropes psychiatriques, on administre des comprimés, censés réguler les symptômes, à défaut de guérir une « maladie » dont le praticien ne connaît généralement pas la cause (c’est la théorie qui le dit).

Les produits chimiques – sous forme de pilules, ou de piqûres en urgence – distribués systématiquement, comprennent les différentes familles de neuroleptiques comme les thioxanthènes, phénotiazines, butyrophénones, les phénothiazines, les benzamides, sans compter les atypiques, avec une trentaine de médicaments usuels, tels que les Fluanxol, Largactyl, lévomépromazine, Risperdal, l’acide valproïque, les anti-dépresseurs IRSS, IMAO, tricycliques, tétracycliques, l'Escitalopram, la Mirtazapine et la Venlafaxine, Duxolépine, la Fluoxétine, la Fluvoxamine, la Paroxétine, etc.

Quant aux neuroleptiques « atypiques », qui étaient réputés éviter certains effets secondaires, une nouvelle étude montrerait qu’ils sont finalement « typiques ».

Sur les effets et l’innocuité de ces comprimés, on peut cependant avoir des questions légitimes, l’action de ces molécules, même prises isolément, posant souvent problème : par exemple, les troubles choréiques (mouvements brusques involontaires et tics) sont soit génétiques, soit acquis : acquis par lésion organique ou par la prise de contraceptifs oraux ou ... de neuroleptiques ou d’anti-Parkinsoniens ! Or, génétiques, organiques, vasculaires, médicamenteux ou pas, les traitements de ces symptômes dits choréiques incluent essentiellement les anxiolytiques, les antidépresseurs et les neuroleptiques, (vous y comprenez quelque chose ?).

Outre ces mouvements compulsifs souvent appelés pudiquement problèmes extra-pyramidaux – assez caractéristiques -, on trouve parmi les effets secondaires officiellement observés et répertoriés : l’hyperkinésie (hyperactivité), la léthargie, les vertiges, les tremblements, les ralentissements de la pensée, les céphalées, la salivation, l’atteinte rétinienne, la baisse du rendement scolaire, la modification du faciès, les symptômes bronchitiques, l’accentuation des troubles dépressifs, effet désinhibiteur, angoisse, troubles de la parole, troubles de la mémoire, altération/perte du goût, spasmes musculaires intermittents, protusion de la langue, crise oculogyre (immobilisation des yeux en position extrême, en général vers le haut), hyperthermie en général accompagnée du « syndrome malin des neuroleptiques » (sic) dont « le mécanisme complexe est mal élucidé », syndrome confusionnel, crises d’épilepsie, (« peut-être ») un certain état dépressif, l’hypotension, une insuffisance rénale, troubles métaboliques, diabète, angine de poitrine, tachycardie, infarctus, hyper ou hypothyroïdie, lésion du cervelet (syndrome cérébelleux, souvent mortel), une cytolyse hépatique sévère avec dans de rares cas, des troubles hépatiques, jaunisse, et ralentissement de la coagulation, un coma « calme », les morts subites (possibles), augmentation du risque suicidaire, convulsions, état maniaque provoqué, pulsions meurtrières (pendant le traitement, ou au moment du sevrage), retard de croissance, inflammations de la peau, des reins, du foie ou des poumons, les galactorrhées (écoulement de lait par les seins), l’hypertrophie des seins chez l’homme, les troubles de l’érection, la phototoxicité/allergie de la peau au soleil, la trombopénie (baisse des plaquettes dans le sang, parfois mortelle), ou l’agranulocytose.

On observe également les cas de tératogenèse, ou malformation des nouveaux-nés : une étude publiée dans le NEJM du 10 juin 2010 confirme clairement que le traitement par l’acide valproïque, jugé le plus efficace au cours du premier trimestre de la grossesse, augmente nettement le risque de malformations du tube neural (spina bifida), ainsi que de malformations cardiaques, faciales, urogénitales (hypospadias)… L'acide valproïque semble représenter parmi les antiépileptiques celui qui augmente le plus le risque de malformations. La carbamazépine suit de près, et les (vertueux) sels de lithium multiplient également les risques de malformation par 20.

Pour compléter ce tableau, selon l’American Psychiatric Association (APA), il n’y aurait pas de traitement curatif des troubles bipolaires, on pourrait seulement réduire leur morbidité. Par contre, chez ces patients bipolaires, il existerait un risque important de virage maniaque avec les antidépresseurs. Nous touchons là l’un des noeuds du problème : en schématisant à l’extrême, toute cette médication repose sur la théorie qu’il faut rééquilibrer les doses de quelques hormones circulant dans le cerveau, certaines ayant un effet inhibiteur, d’autres un effet désinhibiteur. Or, il y a une chance infime que l’on puisse équilibrer les flux chimiques « à la louche », en ingérant des quantités de produits routinières, sans disposer d’une jauge d’analyse en temps réel, comme on le voit dans les installations de dépollution chimique (excusez le ‘mauvais goût’). L’administration quantitative grossière de psychotropes sans analyse médicale préalable aura toutes les chances de provoquer trop d’inhibition, ou trop de désinhibition, à tel point que l’on prescrit souvent les deux types de médicaments simultanément, inhibiteurs et désinhibiteurs, en espérant un équilibrage magique spontané. Mais le résultat du traitement chimique est bien souvent une succession d’excitations et de dépressions artificielles, créant une personnalité synthétique. Or, toute personne ayant côtoyé un proche sous traitement – c’est mon cas – distingue aisément les excitations et dépressions « chimiques » des états naturels, les premières tendant à supplanter les secondes au fur et à mesure des traitements à répétition. En d’autres termes, le traitement peut de lui-même créer un véritable syndrome bipolaire (crises d’excitation / dépressions), ce qui donnerait une explication (« étiologique ») de cette affirmation selon laquelle on « ne guérit pas le trouble bipolaire ».

Psychopathologie, remèdes non chimiques

Enfin, on doit mentionner que la panoplie des remèdes de cette science comprend également la psychochirurgie. Celle-ci commence ‘piano’ avec la stimulation du cerveau par électrodes, utilisée dans le cas du Parkinson mais aussi pour soigner certains « TOC » (Troubles Obsessionnels du Comportement), et peut-être bientôt la boulimie et l’anorexie – cette technique remédiant entre autres aux cas « pharmaco-résistants ». Cependant, dans certaines études officielles récentes réalisées sur 6 mois de traitement, les risques d’effets secondaires de ces stimulations « novatrices » s’avèrent quatre fois plus élevés que par la voie « chimique », avec risque « d’infections, de troubles neurologiques et/ou psychiatriques et de complications cardiaques ». Toujours cette poisse des effets secondaires qui semblent coller à la peau de cette discipline comme une seconde nature, effets qui semblent produire les symptômes mêmes qu’ils sont censés réduire.

Ensuite, les remèdes aux TOC comprennent le fait de sectionner par chirurgie des liens entre certaines zones clé du cerveau, particulièrement dans l’aire de Broca, interventions qui seraient moins pratiquées de nos jours - quoique toujours en vigueur - car les lésions causées sont irréversibles et peuvent entraîner des complications d’ordre cognitif et émotionnel (euphorie, agitation psychomotrice, émoussement affectif, « aspontanéité motrice »...). L’a spontanéité motrice, en psychopathologie, désigne un trouble de la parole, avec un débit ralenti, un rythme de parole haché avec articulation difficile, un vocabulaire réduit et un style télégraphique, résultant en général de lésions dans les zones « prérolandiques » de la convexité du lobe frontal, en d’autres termes les zones mutilées par le ‘traitement’ chirurgical des TOC. Là encore, mauvaise pioche !

Nous avons ensuite la leucotomie et la lobotomie, qui ont valu le Prix Nobel à Almeida Lima et Egas Moniz de l’Université de Lisbonne. La première, toujours utilisée aux Etats-Unis, au Royaume Uni et en Belgique, consiste à sectionner certaines fibres nerveuses de la substance blanche du cerveau, sélectivement, alors que la lobotomie le fait massivement. Cependant, il est loin le temps où l’américain Walter Freeman se promenait en autocar, lobotomisant à tour de bras des milliers de personnes avec son pic à glace et un petit marteau (une technique ‘de pointe’ pour l’époque) ; en effet, malgré une commission du Sénat américain qui a conclu en 1977 que la lobotomie était majoritairement profitable, la France, l’Allemagne, le Japon et certains États des États-Unis l’ont finalement interdite. La lobotomie ne serait plus considérée comme sérieuse du point de vue médical, voire même barbare et très dangereuse. Mais n’était-elle point ... « scientifique » ?

Enfin on ne peut terminer cette énumération des trouvailles scientifiques destinées au traitement des psychopathologies sans évoquer l’électrochoc, pardon, la sismothérapie ou ECT, ElectroConvulsivoThérapie, qui a succédé historiquement à d’autres thérapies de choc comme la malariathérapie, une injection de la malaria au patient psychotique qui a également valu le prix Nobel à son inventeur, Jauregg Jules Wagner, et le choc à l’insuline. L’intérêt supposé officiel de l’ECT – thérapie pour les dépressifs pharmaco-résistants, ou pour les psychotiques un peu trop agités - serait de « reconnecter les neurones » grâce à une crise d’épilepsie provoquée (ici, pas d’effet secondaire, l’épilepsie est bien l’effet primaire recherché) et de soulager ainsi la souffrance du patient. Toutefois, comme le répètent les chercheurs, assurances maladies, etc., pour l’instant, le mécanisme d’action des électrochocs est inconnu (sic) et la science en est réduite à des hypothèses. Ceci n’invalide pas le fait que l’effet serait si grand qu’ils représenteraient « le traitement antidépresseur le plus puissant et le plus rapide qui existe ». « Il faut enfin savoir que les électrochocs constituent une excellente indication pour le traitement des états maniaques aigus » proclame-t-on. De même, « Chez les patients dont la vie est en danger (inanition, idées suicidaires, psychose), les électrochocs constituent la meilleure alternative (et plus particulièrement chez les femmes enceintes). » Posologie : trois fois par semaine, mais si c’est juste un traitement d’entretien pour garder la forme, une seule fois par mois. Produit associé : le curare pour relaxer, et éviter les fractures des os et des vertèbres, les langues sectionnées et dents fracassées, petits aléas fréquents aux débuts de cette « innovation thérapeutique ».

Selon les promoteurs de cette « excellente » technique, celle-ci provoquerait cependant « des pertes de mémoire systématiques » parfois « impressionnantes ». Pertes de mémoire qui seraient « parfois courtes et localisées à la région traitée, mais les psychiatres savent aussi qu'elles peuvent durer jusqu'à un an. Certaines personnes mettent ainsi plusieurs mois à retrouver des pans entiers de leur vie. » Risque d’anoxie (manque d’oxygène) également pour le foetus, pouvant affecter le coeur et le cerveau, parfois de façon irréversible. Les rechutes seraient nombreuses, mais les résultats sur le long terme « impressionnants ». D’autre part, on serait en train de mettre au point une nouvelle technique à base de magnétisme, moins destructive, mais celle-ci « n'est pas encore aussi efficace que l'électroconvulsivothérapie ». Dommage !

Notons une fois encore que le remède provoque – volontairement dans ce cas – l’une des affections (l’épilepsie) que l’on est censé guérir, avec un effet jugé salutaire dans ce cas, poursuivant la même logique obscure. En quoi une crise d’épilepsie serait-elle profitable à une femme enceinte et au foetus ? On y perd son latin ! Si maladia opiniatra, medicandi, purgandi, saignandi, perçandi, taillandi, coupandi et occidendi disait (déjà) le médecin de Molière.

Que penser de la psychopathologie ?

Cette compulsion à créer sans cesse des noms nouveaux d’affections et de dysfonctionnements (‘descriptionnite’ et ‘néologite’ aiguës, indice de schizophrénie !) est tout à fait étonnante. Ce modeste texte vous fait grâce des centaines ou des milliers de noms d’affections, symptômes et syndromes eux-mêmes émaillés d’une bonne centaine de noms de chercheurs qui ont donné chacun leur nom à une nouvelle affection, et qui remplissent des centaines de pages, en un catalogue intarissable, quasi « logorrhéique ». S’agit-il d’incantations exorcisantes, via un langage ésotérique compréhensible des seuls clercs, destinées à apprivoiser l’incompréhensible et les démons ? Par exemple, on trouve parfois des descriptions quasi délirantes ... des délires, couvrant des pages de tombereaux de termes et observations savantes comme pour conjurer l’irrationnel absolu.

Quand au rituel du médicament, selon un psychiatre français, la classification américaine ‘scientifique’ du fameux DSM, la bible de cette riche science, vise essentiellement à regrouper les pathologies en chapitres, en fonction du type de médicament à administrer. Le DSM constituerait en fait un véritable manuel de prescription pharmaceutique. Il s’ensuit que dans leur travail, beaucoup de psychiatres et psychothérapeutes n’accordent qu’un vague crédit et une utilité réduite à ce catalogue, tout en critiquant mollement (en privé).

Et pourtant, on ne peut passer sous silence les effets secondaires – ou primaires ! – des fameux traitements chimiques, parce qu’ils posent justement un problème... scientifique, en plus d’un problème de déontologie manifeste. Il est maintenant admis que les neuroleptiques, anti-psychotiques et autres sont susceptibles de créer pour la plupart des déséquilibres, des addictions (certains composants activent les agents mêmes des drogues de la rue) – et des symptômes psychiatriques comme vu plus haut.

Dans certains cas, cette prise de ‘médicaments’ peut même gêner ou empêcher la psychothérapie. Ainsi, un psychothérapeute « administrant » remarquait que : « Le médicament bien souvent atténue ou supprime les symptômes gênants pour l’entourage, mais génère une apathie résignée et une insensibilité émotionnelle qui empêchent toute thérapie réelle ». Il notait également que la rédaction de l’ordonnance a l’avantage de mettre un point final aux discussions entre collègues sur la nature du trouble et la stratégie à adopter. La psychothérapie s’organisera alors autour « du renouvellement de l’ordonnance ».

Cependant, dans cette masse de « patients » qui prennent ces produits depuis un certain temps (plus de 2 millions de consommateurs journaliers en France, 8 millions occasionnels), comment étudier scientifiquement le domaine, si l’on peut difficilement distinguer les comportements « naturels » des comportements induits par la prise de médicaments dont les effets sont eux-mêmes totalement aléatoires ? Par exemple, de simple maladie psychomotrice, le Parkinson est de plus en plus présenté comme une démence ; ceci s’explique par le fait que les médicaments soignant cette affection peuvent provoquer des « manifestations psychotiques telles que hallucinations, délire de persécution » chez les Parkinsoniens ; à l’inverse, les neuroleptiques quant à eux peuvent carrément provoquer les symptômes Parkinsoniens (un dessin s’impose). Aussi, l’observateur/thérapeute modifiant profondément son objet d’étude, le champ d’étude scientifique de la santé mentale s’en trouve ainsi irrémédiablement « pollué » ! Comme le disait avec humour et à propos Georges Bernard Shaw, "La science a toujours tort. Elle ne résout jamais un problème sans en créer dix nouveaux ".

Quel sera le « feedback » des heureux bénéficiaires de cette formation ?

Si l’on considère la population diverse et variée des psychothérapeutes censés assister à ces cours pour obtenir leur label, et au vu des différentes spécialités ayant cours en France, il est évident qu’une majorité de ces futurs diplômés restera perplexe face à un tel système d’explication des troubles psychiques et sociaux. En psychanalyse par exemple, beaucoup de thérapeutes ont tendance à minimiser le recours aux diagnostics et étiquettes, cherchant plutôt une solution à la souffrance à travers les séances, sachant que la situation problématique se révélera justement dans le cadre des séances. En résumé, pour beaucoup de pratiques psychothérapeutiques, le côté ‘scientifique’ de la démarche décrite ci-dessus, l’étiquetage, est justement quasi inutile, et l’autre côté, la chimie, à manier avec circonspection.

Nous risquons d’assister à un « syndrome de la grippe A » et un fiasco médiatique pour cette psychopathologie qui n’avait rien demandé et qui risque de pâtir d’un discrédit durable auprès des 30 000 psychothérapeutes obligés d’y goûter.

Enfin, pour être complet, il existerait aussi, semble-t-il, une « psychopathologie de la prescription quotidienne de psychotropes » dont serait affecté le psychiatre ou psychothérapeute qui délivre l’ordonnance de traitement, c’est du moins la thèse que soutient Bernard Odier dans un livre. Selon lui, « la chimiothérapie psychiatrique est un archipel constitué d’îlots de certitudes au milieu d’un océan d’empirisme ». Selon lui, le psychiatre va souvent renouveler une ordonnance dont le bien-fondé reste obscur pour satisfaire la demande du patient. Ces ‘médicaments’, d’ailleurs, ont souvent des noms particulièrement abscons et riches en lettres rares de l’alphabet, comme pour renforcer le caractère magique de leur prise, car « aujourd’hui, le geste de prescrire ouvre à l’analyse un champ qui sous son allure moderne est jonché de croyances, de rites, et de magie ». Voilà qui déconstipe le sujet.

Et si tout cela n’était que croyances ? Peut-être n’assistons-nous qu’à un jeu de chapelles luttant pour défendre ou conquérir une suprématie ? En cette ère de matérialisme forcené, il était logique que la chapelle dominante des soins de l’âme démonte les tuyaux et câbles du cerveau et prêche pour la consommation régulière et vertueuse (de pilules), jugée salutaire pour l’économie. Mais l’âme dans tout cela ? Car, ne l’oublions pas, « psych / iatrie » signifie « soins de l’âme ». Peut-être la découvrirons-nous un jour entre deux molécules, au détour d’une synapse ?

Gilles Carat

 


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