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CAP Liberté de Conscience - Liberté de religion - Liberté thérapeutique

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Pandémie de fraudes
Par Gilles Carat
décembre 2011

 


Dans la chasse aux idées déviantes si chère à la France, revient souvent un argument selon lequel les groupes « déviants » recourraient à la fraude – il s’agit surtout d’un angle d’attaque « objectif » masquant le plus souvent une volonté d’éradiquer certaines pensées originales – en évitant le débat.

Or, l’actualité de ces dernières années, et singulièrement de ces derniers mois, nous apporte une pleine hotte d’actes frauduleux concernant le secteur de la pharmacie, un secteur qui a l’heur d’indisposer certaines minorités de conviction – et réciproquement -. Au menu, les études falsifiées par les grands labos, les vertus prétendues des médicaments – et leurs dangers cachés –, la publicité parfois trompeuse, les médecins VRP et les officines elles-mêmes, comme le prouve un récent scandale français, nous le verront plus loin. Une pandémie de fraudes qui ne semble pas saisonnière, mais plutôt permanente. En fait, c’est un secteur qui semble particulièrement touché par le phénomène, au point que le gouvernement français ait cru bon de donner un grand coup de pied dans la fourmilière et bouleverser les institutions officielles pour essayer – essayer seulement - de se débarrasser de la maladie chronique. Ce n’est pas gagné, nous allons le voir, et d’ailleurs les observateurs critiques remettent déjà en cause la nouvelle loi française jugée bien trop laxiste ou floue.

Fraudes scientifiques sur la recherche

Tout d’abord, la pire des fraudes peut-être, c’est la falsification de données scientifiques. Ce n’est pas nouveau, en dépit de tous les récits hagiographiques concernant les « grands savants » historique de la médecine qui ont pu être concoctés à l’édification des jeunes générations, particulièrement en France. On a voulu sanctuariser la médecine, à l’image de la religion, alors qu’elle n’est qu’une activité humaine n’échappant pas aux défauts de notre espèce, activité qui peut-être a failli davantage, grâce justement à la protection des regards indiscrets dont elle jouissait. Les études présidant à la mise au point de nouveaux médicaments sont particulièrement en cause, soit parce qu’elles sont souvent – en toute légalité – occultée par les labos lorsqu’elles ne sont pas favorables, soit parce qu’elles sont biaisées (fractionnement des effets secondaires pour ne pas dépasser certains seuils de nuisance, etc.), soit carrément falsifiées, soit, tenez-vous bien, complètement fictives !!! Ainsi, un chercheur travaillant (entre autres) pour Pfizer aurait concocté 21 études entièrement fictives pour des médicaments antidouleur, avec publications scientifiques, etc. et des milliards de dollars de ventes à la clé. Il officiait depuis 1996, y compris pour Merckx.

Industrialisation de la recherche, course aux financements, nécessité de « publier », prestige de grandes firmes qui endort la méfiance de « vérificateurs » peu consciencieux, cosignataires d’articles qui ont à peine participé aux recherches, absence de déontologie bien claire et énormes enjeux commerciaux poussent à la faute/fraude. La récente affaire du Mediator (mais c’est une infime partie du phénomène) illustre bien le phénomène. Ces fraudes sont parfois avalisées par des organismes prestigieux, comme le comité Nobel, qui n’échappe pas lui-même aux accusations de collusions avec certains laboratoires (voir l’affaire du Prix Nobel allemand concernant le papillovirus en 2008).

A l’autre bout de la chaîne de l’innovation, les instances d’approbation, AFFSAPS, agence européenne du médicament, etc., y compris l’OMS. A chaque fois que l’on retire un médicament de la vente – et c’est plutôt souvent – on mentionne qu’il a peu ou pas d’effet thérapeutique prouvé. Or donc, pourquoi ou comment a-t-il été autorisé ?

On pourrait d’ailleurs mentionner que le secteur spécialisé de la médecine psychiatrique concentre à lui tout seul un maximum de fraudes scientifiques, ce qui a fait dire au Dr Thomas Dorman, du Collège Royal des médecins du Royaume-Uni et du Canada : « En résumé, toute cette histoire de créer de catégories psychiatriques de ‘maladies’, de les formaliser par consensus et de leur attribuer des codes de diagnostic, ce qui mène à leur emploi dans la facturation aux assurances, n’est ni plus ni moins qu’un immense racket donnant à la psychiatrie une aura pseudo-scientifique. Ses auteurs s’engraissent, bien entendu, sur le dos du public. »

Ici, ce n’est plus seulement le médicament, mais la définition de la « maladie » qu’il est censé soigner qui est un objet de fraude. Il en résulte logiquement que la chaîne toute entière, sans conscience, glisse vers la fraude, jusqu’à l’officine qui vend ces médicaments inutiles et souvent dangereux, en passant par les praticiens qui facturent de faux soins psychiatriques. Aux États-Unis, les escroqueries pour soins fictifs se chiffrent souvent à plusieurs millions de dollars.

Au chapitre des « découvertes » fictives de ce secteur... étonnant, citons quand même la lobotomie, qui réduisait un grand pourcentage de patients à l’état végétatif, les théories sur l’hérédité du QI qui ont prévalu pendant des décennies, mais émanaient d’expériences falsifiées d’un chercheur américain ; les théories de l’École psychiatrique d’Alger, considérée comme l’une des deux écoles françaises de psychiatrie, qui expliquait les comportements de « l’indigène » par une infériorité biologique et dont les thèses perdurèrent en France bien après l’indépendance de l’Algérie.

Quand aux pseudo-médicaments contre ladite maladie d’Alzheimer, il s’agit d’une fraude de A à Z, depuis les études tronquées jusqu’aux ordonnances hypocrites, en passant par les campagnes de « dépistage précoce », sources de rentes futures (16 milliards de dollars de chiffres d’affaires annuel). En 2010, la définition de la maladie a été « élargie » afin de la détecter (et donc de la traiter !) avant qu’elle ne se manifeste. Certaines mauvaises langues disent que, au sommet de ceux qui gouvernent notre beau pays, il y a de forts liens d’amitié ou familiaux avec le « business Alzheimer », d’où des campagnes de « sensibilisation » omniprésentes et percutantes. Les autorités de santé ont récemment conclu que tous ces traitements n’amélioraient pas l’état du patient, mais que la prise de médicaments sur ordonnance avait un « effet structurant sur la prise en charge ». Parallèlement, de nombreuses études indépendantes incriminent certains « médicaments » psychotropes comme source des symptômes d’Alzheimer, l’arrêt de la prise desdits médicaments faisant cesser les symptômes.

Campagnes de marketing et indications de traitements

Une fois le nouveau produit approuvé, il faut le vendre ; le marketing des produits pharmaceutiques est (trop) souvent mensonger, et là encore les condamnations pleuvent sur les labos peu honnêtes. Soit le médicament est carrément inefficace mais dangereux, soit son usage (son « indication ») est étendu à d’autres domaines. Une simple « extension » de l’indication peut parfois générer plus d’1 milliard de $ ; ainsi, Astor Zeneca a obtenu d’étendre l’indication d’un anticholestérol, le Crestor, à la prévention du cholestérol chez les individus sains, ce qui pourrait faire bondir le chiffre d’affaires de ce seul médicament de 4,5 à 7,9 milliards de $. De même tout un lobby visant à étendre les indications des médicaments contre l’ostéoporose aux personnes qui ne l’ont pas encore. Tout cela évidemment peut attiser les convoitises.

On peut citer encore l’antidiabétique Médiator utilisé comme coupe-faim (ou l’inverse), mais aussi la Gabapentine, médicament anti-épilepsie, dont l’indication a été étendue aux douleurs, troubles psychiatriques, migraine et bien d’autres. Le laboratoire Pfizer a ainsi dû débourser 430 millions de dollars pour publicité mensongère concernant ce seul médicament. De même le Cymbalta, un antidépresseur d’Ely Lily, obtenant une indication pour le mal de dos. Citons également certains anticoagulants dont l’utilisation a été étendue à la mort aux rats (à moins que ce ne soit l’inverse).

Une variante consiste à changer la définition d’une maladie, par exemple de l’hypertension : il y a une trentaine d’années, on soignait les gens à plus de 17, et aujourd’hui à 12,5. Aux États-Unis, sous l’effet d’une loi qui permet aux « donneurs d’alerte » de toucher une partie des dommages et intérêts, les laboratoires ont dû débourser des milliards de dollars dans les dernières années pour publicité mensongère ou dissimulation d’effets secondaires dangereux.

Autre perfidie, afin de donner un visage plus sérieux au marketing, on peut carrément créer une fausse revue médicale « d’information » qui est en réalité une émanation d’un laboratoire destinée à promouvoir ses produits. Ainsi, le site Pharmacritique rapporte que le laboratoire Merckx aurait créé de toutes pièces une fausse revue médicale supposément contrôlée par un comité de lecture « scientifique ». Dans le numéro 2, pas moins de 9 articles élogieux écrits par des « ghost writers » (prête –noms) sur le Vioxx, un médicament depuis retiré de la vente.

Étape suivante, si l’on veut humaniser la campagne, on crée une « association de malades » qui passe le plus clair de son temps à vanter les louanges de tel ou tel médicament et à réclamer à cor et à cri la mise sur le marché de nouveaux produits pour des raisons humanitaires bien sûr, influençant ainsi les politiques et raccourcissant les délais d’autorisation.

Ensuite, les fraudes sur la qualité

Quand bien même le diagnostic et le remède sont pertinents, encore faut-il que les remèdes soient de qualité acceptable. Or, nul besoin d’aller en Afrique pour trouver des médicaments périmés. Ainsi, les laboratoires français Genopharm et Alkopharm sont depuis novembre denier sur la sellette pour avoir falsifié les dates de péremption de médicaments anti-cancer. Déjà, en 2005 et en 2009, les mêmes laboratoires avaient été épinglés pour avoir grossièrement modifié les dates de péremption de traitements anti cancer, jusqu’à 4 ans.

Enfin, last but not least, les fraudes fiscales

Le système des remboursements d’assurances sociales, publiques ou privées, peut donner également quelques idées à certains. Par exemple, fait peu connu, Sanofi-Aventis est actuellement sous le coup d’une amende de 95,5 millions de dollars aux États-Unis, faisant suite à près de 190 millions de dollars d’amende passées, concernant des fraudes à l’assurance maladie des handicapés, des malades chroniques et des personnes âgées, ainsi que celles des enfants pauvres et des adultes pauvres.

Et puis, c’est arrivé près de chez nous, une enquête de 2008 a révélé l’utilisation par près de 4000 officines de pharmacie (soit 20% du total en France) de logiciels permissifs permettant de dissimuler des gains dans la comptabilité, tout cela visant à frauder le fisc. Deux sociétés informatiques auraient mis au point des logiciels, qui grâce à l’utilisation d’un code spécial, permettraient de dissimuler environ 5000 euros /mois.

En conclusion, ce domaine de la pharmacie semble le théâtre de fraudes omniprésentes et persistantes, signe de dégénérescence morale, la fraude la plus importante portant sur la vocation même de la discipline qui semble souvent oubliée. Rappelons que la Miviludes a, plus particulièrement en 2010, entrepris une véritable croisade contre les « dérives sectaires thérapeutiques », qui selon elle, engloberaient pratiquement tout ce qui se développe en dehors de la médecine d’école. Ainsi on déplorerait que les malades et les non malades puissent être « un jour » (sic) à la merci de thérapies s’apparentant au « charlatanisme », et l’on glose sur « le patient, proie facile ». Bon diagnostic, il s’agit maintenant de regarder dans la bonne direction et de s’attaquer courageusement au problème.

Gilles Carat


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