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Points de vue

 


Une leçon d'ethnologie appliquée


Petit résumé du début du livre " Un ethnologue au Mandarom " par Maurice Duval
PUF - Collection "ethnologies"


Enquête sur un ethnologue :

Pour bien situer le climat peu propice à l'objectivité en France, Maurice Duval décrit avec honnêteté et recul ses propres réactions lorsqu'on lui propose d'entreprendre une étude ethnologique sur la communauté du Mandarom. " Effrayé à l'idée d'étudier une secte, je répondis dans un premier temps par la négative ... je n'aurais pas hésité, par exemple, à agir utilement au profit d'enfants qui auraient pu être mis à mal par le groupe... "

L'auteur veut se protéger de tout prosélytisme à son égard et hésite à dévoiler ses croyances " .. J'étais très embarrassé pour répondre et tentais d'être aussi peu clair que possible ...". Il interdit à sa secrétaire de donner ses coordonnées personnelles, il craint pour la sécurité de sa fille, tout cela avant de rencontrer les membres du groupe.

Commentaire : si un ethnologue, universitaire habitué à prendre du recul, ne serait-ce que par éthique professionnelle, avait à ce point intériorisé la propagande anti-cultiste, qu'en est-il de " l'homme de la rue " ? On comprend mieux certains gestes extrêmes - parfois tragiques - de ceux qui, prenant les médias au premier degré, sont terrorisés par la simple existence de nouveaux groupes philosophiques ou spirituels.

Enquête sur un entourage " bien intentionné " :

Son entourage et ses amis craignent qu'il ne se convertisse rapidement. Alors qu'il déteste l'alcool à midi, il se force à boire du vin aux repas pour démontrer qu'il ne devient pas ascète, il utilise ostensiblement des médicaments allopathiques pour montrer qu'il ne suit pas une médecine dissidente.
Ses amis l'interrogent constamment sur les " crimes " supposés des aumistes (membres du Mandarom), lui demandant s'il n'est pas témoin de viols, de drogue, de détournements d'argent ... curieuse peuplade que ces gens " normaux " aux bien étranges croyances !


Le contexte du milieu universitaire :

L'auteur évolue également au milieu des pressions du milieu universitaire. Dans une attitude anti-scientifique, la commission ethnologique lui refuse une année supplémentaire d'étude car son étude " pourrait être utilisée pour la banalisation de mouvements du type que vous étudiez ". Le Président de l'Université de Provence refuse que l'auteur organise un colloque sur le thème des " sectes ".

Un de ses collègues lui avoue qu'il n'irait pas au Mandarom, " ayant trop peur de tomber dans ces croyances " ! Une revue scientifique lui demande de revoir un article à publier en y incluant certains éléments qui discréditent le Mandarom. En deux autres circonstances, ses articles dans des revues ou ouvrages " scientifiques " sont censurés pour l'objet même de son étude.

Par ailleurs, le fait que l'Etat n'ait commandé aucune étude sur ces groupes que l'on nomme " sectes " n'est pas neutre.

Et pourtant, l'auteur décide finalement de mener à bien son projet. Donc, bravo à ce marin de l'esprit qui, bravant ses peurs et les mises en gardes, part traverser l'océan, sans d'ailleurs jamais rencontrer les dragons tapis au creux des vagues qu'on lui a tant décrits.

Discours de la méthode ou l'anti-journalisme :

En ce qui concerne l'étude proprement dite, M. Duval nous livre quelques jalons pédagogiques qui peuvent servir de critères sur le sérieux d'une étude. On pourrait dire que cette attitude est à l'opposé de celle prônée par M. Vivien, qui affirmait " qu'il ne faut pas comprendre, car la connaissance empêche de combattre ".

L'objet d'une étude n'est pas tant de décider si des individus, un groupe ou des pratiques sont " normales " ou " acceptables ", mais de comprendre comment les humains vivent un certain mode de vie et de rapports sociaux. L'observateur devra donc écarter toutes les raisons qu'on lui donne pour ne pas étudier ce groupe, donc pour ne pas savoir.

L'attitude se résume ainsi :

" Il faut accepter l'idée de ne rien savoir et de laisser à la porte ce que l'on croit savoir, en se disant qu'après la recherche, on verra bien si cela est de la connaissance réelle ou de l'opinion... " Le but est de découvrir une vérité que l'on ne connaît pas encore, et non pas de vérifier quelques idées préconçues.

Le chercheur n'est ni avocat ni procureur. Pour décrire ses observations, il se doit de prendre des termes sans connotation. L'auteur relativise la fameuse définition sociologique de " secte " de Max Weber, le " maître " sur cette question. Celle-ci apparaît quasi inutilisable en pratique.

Quant aux conditions même de l'étude, " la méthode ethnologique consiste à vivre autant que possible avec les gens que l'on souhaite connaître. " Il fallut plus d'un an pour faire accepter par la Communauté du Mandarom les modalités de son étude : deux à trois jours de présence par semaine pendant plusieurs mois. Maurice Duval obtient l'autorisation de se déplacer dans un périmètre élargi. Il doit vaincre les méfiances liées aux campagnes médiatiques, et les restrictions inhérentes à un groupe initiatique.
Finalement, à force d'apprivoisement réciproque, de travail manuel en commun, la confiance vient et il pourra même assister aux offices et rituels.

Le jeu consiste à se faire oublier comme ethnologue tout en sachant que, comme toujours en ethnologie, les informations ne sont pas livrées sans espoir de contrepartie.


Validité du discours des anciens adeptes :

On ne peut attendre une vérité absolue d'anciens adeptes, souvent trop passionnés. Bien souvent, " l'intensité du dénigrement est à la hauteur de la passion antérieure ". " Le discours des anciens adeptes est souvent renforcé par la médiatisation qui stimule (l'adepte) à grossir sa victimisation proportionnellement à la diabolisation de l'ancien groupe d'appartenance. "
L'auteur cite notamment le psychiatre J.M. Abgrall, ancien membre de plusieurs " sectes ", qui mène désormais une véritable croisade passionnée.


Les champions de l'audimat :

L'auteur fait enfin remarquer que l'on peut écrire un livre et le publier sans avoir jamais mis les pieds dans le groupe qu'on prétend connaître. Ces livres " audimatistes " ne peuvent donc être mis dans la balance avec les études réelles de terrain.

En conclusion, mener une étude sur une minorité spirituelle en France relevait d'un véritable défi, mais n'est-ce pas dans les zones " interdites ", hors des sentiers battus, qu'il y a le plus à découvrir ?

17 décembre 2002.

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