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Points de vue

 


Assauts sur la laïcité
Par Christian Decoeur

Depuis quelques temps, une véritable bataille fait rage pour s'approprier et redéfinir le concept de laïcité, un accès de fièvre de plus dans une lutte initiée par les jacobins de 1789, qui se poursuit depuis bientôt deux cents ans. Cette polémique évolue dans le contexte français marqué d'une forte centralisation étatique, exerçant une régulation des consciences ; en témoignent les définitions officielles et les périmètres ultra délimités de la science, de la démocratie, de la médecine et de l'éducation.
Reprenant à son compte le rôle de l'Eglise Catholique, l'Etat français s'est en effet attribué le rôle stratégique de direction collective des consciences, ce qui a entretenu en France une lutte constante entre les différents groupes idéologiques pour s'approprier le levier de l'Etat et propager par ce biais leur vision du monde.
Aujourd'hui, certains voudraient ainsi redéfinir ce qu'est la laïcité et il est urgent de dénoncer ces tentatives, et les fausses conceptions mises en avant :

L'argument de la "Rationalité"

Pour certains, la laïcité serait l'avènement du paradis pour la rationalité, témoin cette circulaire adressée par le gouvernement précédent aux établissements scolaires qui expliquait ainsi que " l'idéal laïc passe par la prévention contre l'irrationnel et les effets pervers du relativisme ", stigmatisant dans la foulée toute croyance ou pratique spirituelle ou philosophique " déviante ".
C'est là un bien mauvais procès, car nombre de ces mouvements de pensée philosophiques ou spirituels prônent justement, non une absence de valeurs, mais un rééquilibrage de celles-ci - tout particulièrement dans l'éducation - pour prendre enfin en compte la personnalité toute entière, spirituelle et sociale, au lieu du seul intellect ; une telle éducation, accomplissant vraiment sa mission, aurait le mérite de résoudre bien des problèmes des banlieues.

Un nationalisme laïc pour bannière

A entendre certain(e)s philosophes, la pensée française est la pensée universelle, et inversement. Hors de la pensée et du modèle français, point de salut. Attitude nationaliste à peine déguisée, très imprégnée d'un dogmatisme peu défendable - mais qui exerce une emprise certaine sur beaucoup de français à leur insu - et qui reprend sans recul le catéchisme " républicain" de notre enfance. Bien d'autres modèles existent en Occident dans un climat authentiquement pluraliste.

Certains sociologues en vue parlent même de " relents colonialistes " à propos de ce nombrilisme et de cette arrogance française.

La laïcité serait censée engendrer un espace public purifié de toute référence aux croyances.

Les mêmes militants prétendent redéfinir la laïcité comme impliquant de gommer de " l'espace public " toute référence au religieux. Il s'agit bien souvent d'une impulsion véritablement totalitaire, quand on constate que, de leur point de vue, l'espace public englobe le parlement et les instances de décisions, l'enseignement, le travail, la médecine, les prestations libérales, les salons et expositions, les rendez-vous de l'édition, la rue, et pourquoi pas Internet.
Que reste-t-il ? Le milieu familial ? Mais, sur " dénonciation charitable " de telle ou telle association, on vient justement chez vous contrôler la façon d'éduquer vos enfants, on ausculte vos idées susceptibles de les contaminer, votre façon de les soigner, etc. ! ! !

Bien au contraire, la laïcité protège l'expression de ses croyances dans l'espace public, à condition de ne pas les imposer aux autres, c'est d'ailleurs l'un des fondements de la Déclaration des Droits de l'Homme.

La laïcité, un substitut de religion ?

Beaucoup n'hésitent pas à sacraliser la laïcité et à la présenter comme une religion de remplacement, ou plutôt comme " la " religion qui doit supplanter toutes les autres, sorte d'aboutissement de l' histoire, en idéalisant au passage les " Temples de la connaissance " que seraient les écoles et une culture commune idéale.
Les historiens montrent en effet combien les rituels actuels du Parlement français avaient à l'origine pour but d'imiter - pour rivaliser avec elle - la religion Catholique, et devaient mettre en scène la Religion Républicaine. Cette contre-religion d'Etat serait quasi-exclusiviste, repoussant les autres conceptions, devenues honteuses, dans l'espace privé, voire les pourchassant comme " hérésies ".

Cependant, la laïcité est une conception culturelle et politique, elle ne joue pas sur le même terrain que la recherche spirituelle, et l'une ne remplace pas l'autre, sous peine de confusion et de totalitarisme. On a vu tout au long du XXè siècle les effets dévastateurs de la sacralisation du politique.

Prosélytisme

Dernier mensonge, la laïcité serait également redéfinie comme l'interdiction de tout prosélytisme. Faux, bien sûr ! La Constitution garantit la libre expression, même publique, de ses croyances, à l'exception de certains lieux très précis (institutions d'Etat). Cette liberté d'expression ne peut être réservée aux seuls mouvements politiques et syndicaux !

Attitude des pouvoirs

Force est de constater que la question agitée actuellement est très liée au côté sensationnel des affaires de foulard islamique qui, rappelons-le, ne concerne qu'environ deux cent jeunes filles, et que la question n'est traitée qu'en référence à l'intégration des seuls musulmans. Ainsi, aujourd'hui, la République " ne reconnaît aucun culte ", mais s'occupe très activement de doter l'Islam d'une instance représentative.

Saluons cependant au passage la création toute récente d'une commission de réflexion sur la laïcité, comprenant des personnalités reconnues et compétentes sur le sujet. A l'écart des batailles militantes et de l'urgence des sondages, espérons qu'ils sauront écouter et délibérer avec sagesse.

Quelques pistes

Selon nous, qui oeuvrons pour faire accepter en France les nouvelles tendances spirituelles, modes de pensée et de vie, et en finir avec un ostracisme soutenu et financé officiellement, ce débat de circonstance - comme toute loi que l'on ferait voter à la hâte - occulte complètement le sort qui est réservé en France aux pensées et conduites jugées " hors normes ", bien que tout à fait acceptées dans d'autres pays européens ou occidentaux.

Nous pensons qu'il faut revenir aux principes fondateurs de la laïcité et refuser toute redéfinition. L'attitude qui devrait prévaloir partout dans ce débat est le respect, respect du pays d'accueil et de ses coutumes par les immigrés, respect des croyances et valeurs des autres peuples par le pays hôte.
Mais aussi respect par la société de la nécessaire liberté de conscience pour tous ses membres, même non-immigrés, d'appréhender la vie selon leurs choix métaphysiques ou philosophiques. Des règles communes certes, mais dans un esprit de tolérance et d'ouverture. Les actions extrémistes de quelques-uns ne doivent pas servir de prétexte à pénaliser le reste de la collectivité.

La " République ", censée protéger le libre exercice des cultes, ne peut stigmatiser tel ou tel culte et empêcher son expression sans violer son principe de laïcité. Elle ne peut restreindre la liberté de conscience au nom des libertés.

Christian Decoeur
11 juillet 2003

 

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