Coordination des Associations et Particuliers pour la Liberté de Conscience
Coordination des Associations & Particuliers pour la Liberté de Conscience
line
CAP pour la Liberté de Conscience - Liberté de Religion - Liberté de Conviction
 
actualites
enquetes
revue de presse
vos droits
Aidez-nous
futur
publications
Point de vue
liens / links
telechargements
contacts
english version
CAP LC 2012
www.coordiap.com

Ecrivez-nous : 37, rue St Léonard 44000 Nantes

contact@coordiap.com
 
 
   
 

L'exception européenne et française

 


Vers une libéralisation du marché des biens religieux ?
Article de Massimo Introvigne (résumé)

Dans son livre " l'Exception européenne " Grace Davie rappelle que la sociologie des religions a placé au centre de son débat la question de la sécularisation. Sécularisation qualitative, avec la désacralisation des institutions et des mœurs, sécularisation quantitative avec la diminution des membres des religions.

Cependant, il faut distinguer la perte des croyances et la pratique proprement dite, car on peut " croire " sans " appartenir ". La théorie classique fait de la sécularisation quantitative et qualitative une conséquence évidente de la modernité, de la science, de l'autonomie individuelle. Cependant, ce schéma n'est pas vérifié dans les faits.

La théorie du " marché des biens religieux

On peut en effet lui opposer une théorie du " marché des biens religieux ", qui obéirait aux mêmes règles que les autres biens et services. Dans cette nouvelle hypothèse, le pourcentage des individus religieux dans une société donnée dépend de la qualité et de la variété de l'offre de ces biens religieux, et l'offre peut même créer la demande. Bien entendu, si le marché n'est pas libre et que l'Etat établit des lois ou règlements pour maintenir un monopole ou un oligopole, l'offre ne crée plus la demande.

Si la théorie du marché des biens religieux semblait ne s'appliquer qu'aux Etats-Unis, et la théorie classique d'une sécularisation inexorable à l'Europe, la sociologue Grace Davie a montré qu'à partir de 1990, les réalités de l'Afrique, de l'Asie et de l'Amérique Latine ont changé la donne, et le débat est reparti de plus belle avec l'Europe de l'Est post-communiste. On parlerait plutôt d'une dé-sécularisation, à l'échelle mondiale.

Pour l'Europe, si " l'appartenance " semble avoir beaucoup baissé, il n'en est rien des croyances, avec 77% des européens occidentaux s'affirmant croyants. Par contre, on constate en Europe (par opposition aux Etats-Unis par exemple) une intervention des Etats cherchant à faire obstacle à l'offre et l'on peut supposer que, si cette intervention disparaissait, les européens suivraient une évolution similaire aux autres pays.

Etat français et Eglise Catholique, deux institutions au sort lié ?

Pour sa part, Danièle Hervieu Léger, dans " Catholicisme, la fin d'un monde ", observe la réalité spécifique française et croit plutôt à une nouvelle phase de la sécularisation plutôt qu'à un nouveau marché des biens religieux. Si l'évêque de Clermont-Ferrand a mis en garde contre l'avènement d'une " France païenne ", la sociologue ne le suit pas quand il impute la cause de ce phénomène à des forces externes hostiles à l'Eglise Catholique.
Elle note cependant que, avec la Révolution française, on a assisté à " une sacralisation de la politique et à une transfiguration religieuse de la souveraineté ", avec une forte parenté entre l'Eglise Catholique et l'Etat Français. De 1926 à 1996, on assiste à un long processus d'acceptation de la laïcité française par l'Eglise Catholique.

Pendant ce temps, de 1960 à nos jours, la transformation des modèles sociaux de la famille, de la vie rurale, de la bio-éthique a été de pair avec un abandon des structure " d'appartenance " - qu'il s'agisse de religion ou de politique, à des structures " de services " auxquelles on recourt pour un besoin particulier. La décrédibilisation de l'Eglise semble avoir précédé et entraîné à sa suite celle de l'Etat, confusément ressenti de même : nature dans la culture française.
Pourtant l'Etat, porté à privilégier l'Eglise Catholique de par sa nature similaire, ne peut faire plus que limiter la concurrence religieuse, bien qu'elle ne soit pas du tout la cause du déclin de l'Eglise Catholique. Bien plus, c'est probablement en raison de la perte de son propre crédit et sentant confusément que son sort et sa légitimité sont liés à ceux de l'Eglise Catholique, qu'il aurait tout récemment réintroduit l'étude des religions à l'école.

Mise au point de Massimo Introvigne

S'il qualifie de très utiles les contributions de ces deux sociologues, Massimo Introvigne formule cependant deux critiques à l'égard des thèses de Danièle Hervieu-Léger.

D'une part, les spécificités de l'exception française qu'elle souligne ne remettent pas en cause la théorie du marché des biens religieux, dans la mesure où l'on constate bien une limitation de l'offre par l'Etat, qui limite donc l'appartenance.
Autre désaccord, " l'ultra-modernité " n'est pas une fatalité, car l'on constate que, dans les pays où règne un marché des biens religieux plus libres, les groupes affirmant une conception morale plus classique progressent rapidement, alors que ceux qui prônent un relativisme perdent rapidement leurs membres, ce qui semble indiquer une " demande ". Idem en France, où l'Eglise Catholique " moderne " perd ses membres rapidement, à la différence des groupes charismatiques par exemple.

 

Sommaire des Points de vue