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Les effets des campagnes anti-sectes sur notre société

 


par
Paul Vinel

Résumé

Suite à deux décennies au cours desquelles des individus et des associations en France se sont investis dans le co
mbat contre les nouvelles minorités de conviction, qu'elles soient spirituelles, religieuses, philosophiques ou thérapeutiques, en les qualifiant de "sectes", le CAP-LC s'est donc interrogé sur les répercussions de ces fameuses actions anti-sectes. Mises à part les nombreuses atteintes aux Droits de l'Homme qui leur ont été reprochées, nous souhaitons ici vous faire partager quelques-unes de nos réflexions concernant les effets plus subtils et plus profonds que ce genre de "campagne" induit dans notre société actuelle. Il nous semble qu'elle encourage l'intolérance ambiante, qu'elle accentue les fractures sociales, qu'elle freine le dynamisme économique et scientifique (notamment dans le domaine de la santé) et l'avènement de nouvelles idées susceptibles de résoudre les problèmes actuels.

Nous attirons particulièrement votre attention sur les points suivants :

- intolérance : comment promouvoir la tolérance auprès des citoyens (lutte contre le racisme, l'antisémitisme, l'homo-phobie, ...) quand l'Etat cautionne des pratiques intolérantes visant à rejeter les minorités spirituelles et religieuses ?

- intégrisme : pourquoi, seules, les minorités spirituelles inoffensives ont-elles été persécutées et non les mouvements intégristes islamistes qui sont eux, véritablement dangereux ?

- fracture sociale et délinquance : pourquoi avoir voulu éliminer certaines minorités spirituelles et religieuses qui souvent assumaient un rôle d'accueil et d'intégration sociale notamment auprès des jeunes en difficulté ?

- réduction des choix thérapeutiques : pourquoi les médecines alternatives, peu coûteuses, ont-elles été combattues sans merci, au bénéfice exclusif des traitements médicamenteux lourds (surtout dans le contexte actuel du déficit de la Sécurité sociale) ?Haut de page

- marasme économique : pourquoi de plus en plus de chercheurs, de personnes créatives riches en idées nouvelles, préfèrent-ils partir à l'étranger plutôt que de subir intolérance et étroitesse d'esprit ?

- terrorisme international : comment un dialogue pourrait-il naître entre des fanatiques religieux et des rationalistes athées ? Les minorités spirituelles, riches d'un héritage multiculturel, ne pourraient-elles pas justement détenir les clés d'un véritable dialogue constructif ?

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Depuis deux décennies que des actions anti-sectes se poursuivent et portent un regard suspicieux sur tous les individus et groupuscules "hors norme", quel a été l'impact de cette "chasse aux sorcières" sur notre société française?

Nous tous, responsables ou simples citoyens, nous sommes confrontés journellement à de très nombreux problèmes : intolérances et discriminations, islamisme, fracture sociale, délinquance, trou de la Sécurité sociale, difficultés économiques, terrorisme international. Y aurait-il une relation de cause à effet, même subtile, entre les actions anti-sectes et les problèmes évoqués ci-dessus ?

Nous suggérons aux responsables de notre pays quelques pistes de réflexion susceptibles de les éclairer pour, espérons-le, aborder avec discernement ces problèmes difficiles et élaborer des solutions.

- En tout premier, il nous appartient de considérer le problème de l'intolérance : racisme, antisémitisme, etc. L'Etat a créé des missions interministérielles, Mils et Miviludes, qui à leur tour subventionnent des associations ouvertement anti-sectes. Régulièrement, les chaînes de télévision relaient les messages discriminatoires de ces mêmes associations. Comment s'étonner ensuite que les manifestations de racisme, d'antisémitisme et d'autres formes de discrimination soient en hausse dans notre pays ?
Quand, sous couvert de lutte anti-sectes, tout comportement un tant soit peu étrange est ridiculisé et condamné, comment dès lors s'étonner que l'étranger, par sa race ou sa religion, n'ait plus droit de cité ? Roger Ikor, militant anti-sectes de la première heure et fondateur du CCMM avait écrit à propos des religions : "Si nous nous écoutions, nous mettrions un terme à toutes ces billevesées, celles des sectes, mais aussi celles des grandes religions... Seuls, la taille des grandes religions et le trouble qu'apporteraient interdiction et persécution expliquent que des gens éclairés les tolèrent."

- Un autre problème de notre époque est celui de l'intégrisme, et particulièrement du plus connu, l'intégrisme islamique. Le rapport parlementaire de 1996 cite 172 groupes potentiellement dangereux selon lui, mais parmi eux n'apparaît aucun groupe islamiste.Haut de page

Pourquoi s'être acharné sur des groupes spirituels inoffensifs qui vivaient à la campagne, tranquilles, en autarcie, et prônant la communion avec tous les êtres humains ? Pourquoi, dans le même temps, avoir laissé se développer des groupes islamiques dangereux ?

Force est de constater que ce rapport parlementaire a eu pour conséquence de ligoter tous les groupes spirituels, y compris les plus inoffensifs et les plus utiles, et les a empêchés de se faire connaître et de se développer. Le besoin spirituel est un besoin vital pour l'homme, et quand les jeunes des banlieues ont ressenti en eux le réveil de cette aspiration-là, restait disponible pour eux l'islam, et souvent l'islam le plus radical.

En faisant la chasse à toutes les minorités de conviction, groupes spirituels ou religieux, les actions anti-sectes ont laissé le champ libre à tous les intégrismes, islamiques et autres.

- Il nous appartient maintenant de parler d'un autre fléau de notre société, à savoir l'intégration sociale ou plutôt le manque d'intégration.

Citons l'exemple récent d'un groupe de bénévoles à Lille qui distribuait des repas aux démunis. Parce que l'un de ses membres avait des liens avec l'hindouisme, ce groupe a été taxé de secte et a dû arrêter ses activités. Et les pauvres démunis qui auparavant bénéficiaient de ces repas gratuits ? Citons les psychothérapeutes dont le métier est de soulager la souffrance psychique. Pourquoi donc les accuser aujourd'hui de charlatanisme et de sectarisme ?

Une des constantes des minorités de conviction, qu'elles soient spirituelles, religieuses ou thérapeutiques, est de promouvoir un esprit d'entraide entre ses membres d'une part, et l'extérieur d'autre part.

Laminés par la chasse aux sorcières, ces groupes n'ont donc pas pu remplir ce rôle d'entraide. Les actions anti-sectes les ont accusés faussement de séquestrer et d'abuser les plus faibles, de s'en prendre à leur argent. Ils ont totalement occulté que ces minorités de conviction accueillent sans distinction des personnes de toute origine ethnique ou religieuse, de tout statut social, et que, de ce fait, ils sont un facteur d'intégration sociale.

La vitalité d'une société se mesure à son degré de créativité et les minorités de conviction sont riches en individus créatifs culturels. En les diabolisant, les campagnes anti-sectes n'ont-elles pas mis un frein à l'évolution de notre pays ?Haut de page

Il est permis de s'interroger sur les motivations profondes de ces campagnes incessantes. Est-ce pour protéger la santé mentale de la population, comme c'est leur credo officiel ? Ou est-ce pour distiller une peur diffuse dans on ne sait quel but ?

- et que dire de la délinquance ? Celle-ci est la conséquence directe de la pauvreté, de la désintégration sociale et du manque de repères éthiques : nous avons vu que l'activité anti-sectes a eu pour conséquence de ralentir, voire de bloquer l'intégration sociale. Rejetés par la société, leur vie privée de sens, que restait-il aux jeunes des banlieues hormis la délinquance ?

- le secteur de la santé mérite une attention toute particulière, sans oublier bien sûr son corollaire, le déficit de la Sécurité sociale. Récemment, de grands groupes pharmaceutiques ont refusé de permettre aux pays pauvres de s'approvisionner en médicaments bon marché pour soigner leurs populations atteintes du sida. Ce refus a jeté la suspicion sur les motivations profondes de ces groupes. Soulager les souffrances des populations, ou bien ...?
Les minorités de conviction prônent toutes des habitudes de vie plus saines, et certaines proposent des méthodes de soins alternatives, toutes solutions à même de réduire le déficit de la Sécurité sociale. Des recherches intéressantes ont été effectuées mais n'ont pas été poursuivies malgré des perspectives prometteuses. Pourquoi ?

Les médecins et thérapeutes qui ont le courage d'explorer des nouvelles voies thérapeutiques doivent faire face à d'innombrables tracasseries. Y aurait-il en France des Ayatollahs de la médecine qui interdiraient toute vérité autre que la leur ?
Pourquoi ces nouvelles attaques contre l'homéopathie, médecine peu chère et qui a la faveur des français ?
Pourquoi réduire les choix thérapeutiques et favoriser exclusivement les solutions médicamenteuses chères ?
Tant que cet activisme envers des nouvelles méthodes de soin va perdurer, comment le déficit abyssal de la Sécurité sociale pourra-t-il être résorbé ?

- la conjoncture économique est actuellement difficile, y aurait-il un lien avec la peur sournoise distillée par les campagnes anti-sectes ?

Le siècle passé a vu la croissance quantitative de la consommation. Aujourd'hui, notre économie cherche de nouveaux débouchés mais il est clair que les ressources de notre planète ne sont pas inépuisables d'une part et, d'autre part, que le consommateur que nous sommes, ne peut pas augmenter indéfiniment la quantité de biens consommés. C'est donc nécessairement vers une augmentation de la qualité, et principalement de la qualité de vie, que doit se réorienter notre économie. Cet accroissement de la qualité est nécessaire pour deux raisons : d'abord, compenser la consommation quantitative forcément limitée et ensuite, lutter contre la concurrence des pays émergents capables de produire à bas coût.Haut de page
Or, c'est très exactement le message de nombreuses minorités de conviction qui proposent des nouveaux modes de vie. Il n'est que de voir le développement des salons bio, zen, marjolaine et autres, pour constater combien cette démarche répond à un véritable besoin de société.
Le secteur du développement personnel et du bien-être est un secteur économique émergent qu'il convient de protéger.
M. Jean-Louis Borloo, ministre de la cohésion sociale, arrive à une conclusion similaire quand il affirme que le secteur de "l'aide à la personne" représente un gisement d'emplois de l'ordre de 3,5 millions de personnes. Aujourd'hui, les entreprises industrielles sont demandeuses de formation en développement personnel, ceci pour accroître les prestations des employés. Alors, pourquoi les formateurs en développement personnel sont-ils accusés de sectarisme ?
Pourquoi même les enseignants de yoga sont-ils ennuyés et suspectés ? Les créatifs culturels, porteurs d'idées novatrices pour notre société et notre économie, existent.
Mais l'Etat, en subventionnant des campagnes anti-sectes, ne subventionnerait-il pas de fait le marasme économique ?

- La France, pays des Droits de l'Homme.

Mais voilà, cette même France a été condamnée soixante seize fois en 2003 pour atteinte aux Droits de l'Homme, deuxième rang en Europe après la Turquie. M. Nicolas Sarkozy, ministre du budget, s'est fait fortement critiquer par M. JP. Brard pour avoir rencontré M. Tom Cruise, star du cinéma et figure de la Scientologie aux Etats-Unis.
Madonna est une autre artiste américaine très connue. Suite à son passage en France et parce qu'elle suit les enseignements de la cabbale, le centre parisien La Kabbalah a fait l'objet d'une émission critique de la part de France2. Est-ce là le meilleur moyen pour réchauffer les relations franco-américaines ? Est-ce la dernière trouvaille pour lutter contre l'antisémitisme ?

Ou bien est-ce en ridiculisant ainsi la France que d'aucuns voudraient favoriser la candidature de Paris comme ville organisatrice des JO de 2012 ?

- Il reste à terminer ce panorama par le problème le plus important et le plus insoluble a priori, celui du terrorisme international.

Tout d'abord, il faut constater que l'une des raisons affichées du terrorisme international est son rejet de certains fonctionnements dévoyés de notre société occidentale, de ses excès matérialistes.
Ensuite, il nous faut clairement affirmer que ce terrorisme ne peut pas être jugulé à coups de bombes, parce que chaque bombe crée d'avantage de terroristes qu'elle n'en tue. Il faudra bien, à un moment ou à un autre, engager la bataille des mots et des idées.
Mais qui pourrait dialoguer efficacement avec des poseurs de bombes et des kamikazes ?
Des rationalistes athées ? Poser la question, c'est y répondre.Haut de page
Ces "sectes", ridiculisées, discréditées et persécutées, ne pourraient-elles pas représenter la porte de sortie de cette crise majeure ?
N'ont-elles pas, avec les kamikazes potentiels, des langages et des aspirations similaires ?
Les minorités spirituelles, riches d'un héritage multiculturel, ne pourraient-elles pas justement détenir les clés d'un véritable dialogue constructif ?
Les chercheurs en psychologie n'ont-ils pas développé de nouvelles approches de la psyché et de nouvelles techniques de résolution des conflits ?

Quelle conclusion en tirer ? Elle reste bien sûr à écrire en fonction des réponses de chacun. Il nous reste cependant une dernière question qu'il convient de poser clairement :
Faut-il, sous couvert de lutte anti-sectes, accepter que des minorités spirituelles, religieuses ou thérapeutiques soient discréditées et persécutées ? Ne représentent-elles pas, au contraire, une richesse à exploiter, et des solutions aux impasses de notre civilisation ?


Octobre 2004

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