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UNE LAICITÉ LÉGITIME
par Raphaël Lioger - juin 2006

 

 

La France et ses religions d'État

Le but de l'ouvrage est de décrypter les rapports ambigus entre la théorie et la pratique de la laïcité en France, en explorant le fonctionnement des institutions et en s'appuyant notamment sur des enquêtes de terrain parmi un certain nombre de groupes sociaux identifiés (Catholiques d'une petite commune provinciale, musulmans de banlieues de grandes villes, musulmans de groupes soufis, membres d'un mouvement de yoga).

De cet examen, il ressort sans aucun doute que la laïcité française n'est pas une séparation de l'Etat et des religions, mais plutôt un système masqué et justifié par les mythes de la neutralité et de l'universalisme, qui consiste à valoriser ou dévaloriser des phénomènes et groupes religieux ; à l'opposé de la théorie, la laïcité est en fait sociologiquement un système d'intervention en matière de religions, bien plus développé que dans d'autres pays supposés " non-laïques ".

L'arrière-plan des valeurs dans la société française actuelle

On repère trois types de valeurs dans les société modernes : traditionnelles (minoritaires), sécuritaires (matérialistes) et valeurs de bien-être (post industrielles), ces dernières étant majoritaires ou dominantes. Les enquêtes qualitatives font cependant ressortir des aspirations chroniques (traditionnelles et sécuritaires), sous-jacentes mais peinant à s'exprimer au milieu d'une culture de bien-être dominante. Plus le capital matériel et culturel est élevé, plus les individus adhèrent aux valeurs de bien-être et inversement, ceci quelle que soit l'appartenance religieuse, y compris au sein de l'Islam.

Quant aux musulmans ou africains par exemple, l'Etat leur applique bien souvent une grille coloniale datant des départements d'Outre-mer : des devoirs civiques, mais pas de droits citoyens. Citoyens ou pas, ils ne sauraient critiquer la loi qui " s'impose " comme une évidence. Il faut donc étudier la laïcité dans sa pratique, et non dans sa théorie.

Les bonnes et les mauvaises religions

Les actions politiques s'élaborent suivant une grille de lecture qui va de la " bonne " religion " à la " mauvaise " religion, en fonction de quoi les actions politiques sont différenciées (ex : délivrance de permis de construire, dialogues officiels, avantages fiscaux, locations de salles).

Historiquement, la laïcité est devenue la religion invisible de la France, sorte de continuité avec un gallicanisme religieux. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, elle consiste en fait en un foisonnement de normes juridiques et d'institutions, bien plus nombreuses qu'ailleurs, dans des pays dits non laïques. La " neutralité " de l'Etat, s'appuyant sur un bien commun " indiscutable et évident " permet d'intervenir de façon " impartiale ". Après la Révolution, l'idéologie centralisatrice jacobine, pourvue de sa dogmatique propre, devient la norme en matière de gestion des phénomènes religieux.

Il est symptomatique de constater que l'expression " séparation des Eglises et de l'Etat " ne figure que dans le titre de la loi 1905, et n'est pas employée dans le corps de la loi qui prévoit par contre de nombreux cas d'interférences. Comme sur le sujet de la démocratie, tout le monde est d'accord sur le principe de la laïcité, mais les définitions sont multiples, enjeux de pouvoirs.

A l'inverse, les religions " reconnues " interviennent également traditionnellement dans la vie publique au sein de conseils, etc. ce qui se traduit par des avantages et des différences de traitements.

Encadrement politique de l'expression des religions Haut de page

On s'aperçoit qu'il y a en France toute une machine diversifiée, organisée : on dénombre beaucoup d'acteurs impliqués dans ces interventions, et une confusion certaine dans les documents et les instances (circulaires, rapports parlementaires, décrets municipaux). En France, la laïcité suppose l'encadrement des religions préalablement reconnues, labellisées au cours d'une négociation avec les pouvoirs publics dans des structures déterminées, souvent mises sur pied par l'Etat français (Consistoire juif, CRIF) dans la pure tradition Napoléonienne. Cet encadrement s'exerce à travers une série de cercles de décision allant des plus hauts ministères aux fonctionnaires locaux.

Il y a bien une politique religieuse nationale en France, qui passe tout d'abord par les ministères de l'Intérieur et des Affaires Etrangères, notamment à travers le CAR (Conseiller aux affaires religieuses), puis par les autres ministères.

D'autre part, on note que les évêques d'Alsace ont un statut de hauts fonctionnaires de la République.

Cette politique religieuse se définit à plusieurs niveaux :

Intérieur / affaires étrangères, Economie et Enseignement, puis les autres, entraînant de gros écarts de traitement en fonction de la connotation, " bonne " et " mauvaise " religion.

La fiscalité utilisée en France est une autre tactique qui renforce les " bonnes " religions et affaiblissent les " mauvaises ". Celle-ci est renégociée au niveau local.

Selon les sociologues, l'Etat français a en effet prétention à constituer une " méta religion ", au-dessus des religions, qui enseigne une sorte de religiosité rationnelle.

En conséquence, tout mouvement ayant une vocation à éduquer un tant soit peu ses membres (ex : Anthroposophie, Soka Gakaï) entre donc en concurrence avec le pouvoir spirituel / éducatif de l'Etat français. L'Education Nationale a ainsi pour vocation de transmettre des valeurs " évidentes par elles-mêmes ", (et donc non critiquables) de sélectionner les bons et les mauvais comportements.

Contre-pouvoirs :

Les institutions européennes pèsent sur cette politique, tout autant au niveau de la rhétorique libérale à laquelle l'Etat jacobin doit s'adapter, au moins en surface, que par la présence de lobbies religieux traditionnels beaucoup plus faibles en France. Dans ce contexte, la pratique d'une laïcité de combat, spécifique à la France, n'a aucun écho ni poids.

Dans ce contexte, la France a été condamnée de multiples fois par la CDEH, souvent pour avoir favorisé certaines associations religieuses au détriment d'autres " mal notées " ou d'organisations athées ! Un comble qui traduit bien la profonde schizophrénie du discours et des pratiques françaises ! Notons que la référence à la CDEH est de plus en plus présente dans les raisons poussant à voter telle ou telle loi, dans les deux sens d'ailleurs.

Face à un discours normalisateur qui rejetait systématiquement toute étude sociologique ou anthropologique sur le sujet, les chercheurs français ont commencé à se regrouper pour faire entendre leur voix. On constate certains changements de politique en 2002, sous l'influence conjuguée de la pression de l'Europe, d'une modification de la stratégie des religions reconnues se sentant menacées et du nouveau problème de l'Islam, qui a amené un début de reconnaissance des chercheurs, notamment dans le cadre de l'enseignement du fait religieux de l'Education publique.

La laïcité et ses intellectuels organiques Haut de page

Les chantres de la laïcité ne présentent pas d' opinions, mais des sortes de vérités révélées par Rousseau, Voltaire ou autres, chantant une sorte d'épopée laïque commençant avec l'avènement de la République Française, avec l'image de la République " neutre " qui lutte contre les ténèbres.

Entre 1999 et 2000, l'escalade continue de l'action politique visant à la " sectarisation " de groupes a subi une halte, sous le coup d'un retournement des religions reconnues inquiètes de ce zèle, mais aussi de la riposte des mouvements minoritaires visés par cette sectarisation, notamment à travers une association comme CAP LC, ces mouvements accédant ainsi parfois à l'image de groupes minoritaires victimes.

Le voile musulman, problème de " l'ethnie française "

Explorant le problème du voile musulman et son traitement par la loi française, l'auteur examine finement les diverses motivations des jeunes filles qui ont décidé de porter ce voile, et montre combien le discours officiel, enfermant les jeunes dans des stéréotypes, est réducteur. On distingue en effet le voile traditionnel et le voile fondamentaliste, très minoritaires chez les jeunes, mais aussi le voile d'évitement de la violence, le voile de démonstration de la foi personnelle, le voile de distinction (mode). La famille est rarement à l'origine du voile porté par les jeunes filles.

Par enquête, on constate que, dans nos sociétés, les valeurs de référence sont très fortement influencées par le milieu social des individus, avec la maxime : dis-moi quel est ton milieu social et je te dirai quelles sont tes valeurs. On retrouve alors les trois types de valeurs :

Les valeurs de bien-être, très présentes au niveau des mouvements religieux, tels par exemple les bouddhistes et les adeptes du yoga. Idem pour le soufisme, branche atypique de l'Islam. Par contre, les valeurs de sécurité / matérialistes et les valeurs traditionnelles se retrouvent dans quelques communautés indigènes ou immigrées.

En fait, le " problème " de l'intégration des arabo-musulmans est plus un problème dans la tête des français de souche, réagissant sur des réflexes hérités du colonialisme, voir carrément racistes, alors que, d'après les enquêtes de terrain, 77% des jeunes des cités se considèrent comme intégrés.

Quant à la perception des musulmans, les défauts sont intrinsèquement attribués à la religion elle-même, alors que les problèmes liés à des extrémistes chrétiens sont liés à tel ou tel groupe spécifiques, voire même à des " sectes ". Dès qu'un sous-groupes tend à être considéré négativement, on gomme l'étiquette chrétienne, ce sont des " pentecôtistes ", alors que, inversement en Afrique musulmane, on parle des " chrétiens " pour les religions locales, et des " catholiques " pour désigner un groupe spécifique lié à l'Occident.

De même, on parlera du lobby fondamentaliste (et non du lobby chrétien), mais du lobby musulman.

L'universalisme au service de la discrimination Haut de page

La rhétorique universaliste (tout comme le langage et les valeurs bourgeoises autrefois) sert à discriminer les jeunes de milieux musulman, en supposant à priori qu'ils ne partagent pas les " valeurs universelles ". En fait, le voile imposé n'a jamais posé de problème en France. Seul le voile adopté volontairement par des jeunes filles pose problème, parce que supposé remettre en question la religion laïque.Du fait d'un discours dominant omniprésent, toutes les minorités, inconsciemment, s'expriment dans le langage dominant pour être acceptées. Par exemple, en " français universaliste ", on assimile l'Islam à la Cause de la pauvreté, alors que c'est tout le contraire. Ceux qui se recentrent sur l'Islam sont ceux qui ont le plus l'idée d'un ascenseur social (études, etc.) et qui sont les plus intégrés dans la société française.

A l'inverse, l'acceptation récente des bouddhistes obéit surtout au fait que ses adeptes sont des bourgeois nantis " postmodernes " des centres-villes. Il s'agit plus d'une acceptation sociale que religieuse.

L'attitude officielle de rejet d'un supposé " Islam des banlieues " ressort plus de l'obscurantisme de l'univers masculin, blanc, catholique ou athée, voire colonialistes et/ou raciste, à la culture et au niveau de vie confortable, suivant une scolastique républicaine fétichiste.

Note de l'éditeur : ce travail de décryptage de la politique de valorisation / dévalorisation des phénomènes religieux en France pourrait tout aussi bien s'étendre aux domaines de la médecine et de l'Education, où nous avons la même prétention jacobine à régenter ces activités à travers une idéologie " neutre et universelle ", qui s'imposerait d'elle-même et exclut toute autre pensée ou critique (présupposés " non négociables.

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