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"Interview Maître Dominique Kounkou"
directeur de publication à l'Harmattan

Dominique Kounkou

Mars 2008

 

 

CAP LC : Que pensez-vous des déclarations de Madame Alliot Marie sur le rôle de la Miviludes. ?

Domique Kounkou : Je pense que Mme Alliot Marie a pris un risque très grand mais qui est un risque politiquement valable.

Ce risque est grand dans la mesure où le ministère de l’Intérieur intègre aussi le bureau des cultes. Jusqu’à présent, ce bureau s’est défini pratiquement comme un bras séculier en dehors du bras politique qui est évidement la politique du ministère de l’Intérieur. Le rôle de la Miviludes, aujourd’hui, rentre en conflit avec celui du bureau des cultes en se « définissant » aussi comme un bras séculier.

On a pu constater cette opposition entre les deux organismes, lors de la dernière commission d’enquête parlementaire où Mr Leschi, directeur du bureau des cultes, parle de la petite reconnaissance des Témoins de Jéhovah, alors que la Miviludes en parle comme une « secte ».

Ce qui ne paraît pas politiquement correct de faire est pratiquement relégué à la Miviludes.

Donc, je pense que la position de Madame Alliot Marie était politiquement bonne dans le sens où le problème de la religion est d’abord un problème politique dans sa totalité. Il était donc important que Mme le ministre de l’Intérieur puisse recentrer son regard sur la question de la religion, puisqu’en France c’est elle qui est notre ministre du culte et ce n’est pas la Miviludes.

CAP LC : Que pensez-vous du rôle de la Miviludes aujourd’hui ?

Domique Kounkou : La Miviludes est une mission et, par définition, une mission ne peut pas être pérenne. Elle a un rôle déterminé, justement on lui confie une mission. Mais dans ses agissements, on a le sentiment qu’elle devient une sorte « d’annexe » du ministère de l’Intérieur. Alors, tôt ou tard, il y aura un problème qui va se poser, à la fois citoyen mais aussi constitutionnel. En effet, la liberté religieuse est quand même une liberté défendue par la constitution. Peut-on alors se permettre de laisser cette liberté religieuse entre les mains d’une simple mission ? Je ne le crois pas. Cette mission doit-elle contrôler la vie des citoyens, les croyances des citoyens ? Je crois que c’est maladroit dans un pays comme le nôtre qui est quand même le pays des droits de l’Homme.

CAP LC : Pensez-vous que c’est au politique de régler cette question religieuse ?

Domique Kounkou : Je crois que le politique retrouve sa place mais c’est un choix risqué parce que la question religieuse est une question très épineuse. Si déjà la question se pose avec ce qu’on appelle les cultes établis, les cultes dits historiques, tels les catholiques, les protestants, dès qu’on commence à parler des nouveaux mouvements religieux, il y a beaucoup d’inquiétude.

Cette mission agissant comme une sorte de digue pour éviter toute inquiétude au politique, évidement dès l’instant où l’on commence à se dire que la Miviludes doit changer, il faut bien que notre ministre s’attende à des retours de bâton et je comprends bien cette sorte de « vacarme » politique.

Mais je suis persuadé que le recentrage de la question religieuse autour du ministère de l’Intérieur est capital pour la survie de la liberté religieuse en France.

Cette question n’appartient pas à une mission, quelle qu’elle soit, et je ne parle pas personnellement ni de la qualité des membres qui composent la Miviludes, ni de leur travail, je parle de nos libertés.

Nous avons un ministre du culte qui doit assumer son rôle, ce qui signifie que le citoyen sache de manière précise que c’est celui-ci qui gère la question des libertés du culte.

Je comprendrais que le bureau des cultes organise une mission ponctuelle, donc non permanente, pour faire une sorte d’audit sur la question des nouvelles pratiques religieuses. Mais en l’état actuel, si on sondait les Français pour savoir s’ils accepteraient que leur liberté de Culte soit gérée par une mission et que, dans se cas, le ministère de l’Intérieur n’aurait plus cette responsabilité, je suis persuadé que les gens s’opposeraient à cette idée. Donc, si l’on veut amputer le ministère de l’Intérieur de sa fonction, une de ses attributions capitales, celle de la liberté des cultes, alors poussons la logique jusqu’au bout et créons un ministère des Cultes. On n’aura plus besoin de la Miviludes puisqu’il y aura un ministère des Cultes, voilà mon sentiment.

J’analyse cette question de droit et de liberté de tous en tant que politique et avocat.

CAP LC : A quoi attribuez-vous cette phobie des nouveaux mouvements religieux et de la religion en général ?

Domique Kounkou : J’ai le sentiment que ce pays, qui est un pays grand au niveau des idées, au niveau des droits de l’homme, est un pays qui a construit dans le temps ce que je peux appeler « l’inculture religieuse ». D’ailleurs, c’est mon professeur et mon ami Emile Poulat qui, lors d’un colloque que j’avais organisé, avait parlé de « l’inculture religieuse » des Français.

Mais je crois aussi qu’il y a une « inculture religieuse » du monde politique, parce que la politique est définie exclusivement à travers l’économique. On se battra pour les indices de prix, pour le pouvoir d’achat, on se battra pour les accidentés de la route, on se battra pour savoir si le commerce extérieur fonctionne ou ne fonctionne pas, là c’est légitime.

Mais dès l’instant où l’on parle de la religion, on a l’impression que l’on marche sur des œufs. Cela tient du fait qu’il y a deux cents, on a pensé que l’on pouvait se passer de la religion.

Mais au fond, même la loi de 1905 ne dit pas qu’il faut se passer de la religion. Elle dit seulement que, dans la sphère publique, il est bien que l’on ne puisse pas traiter les individus en fonction de leur appartenance religieuse, au fond c’est tout ce que la loi dit. La loi de 1905 ne dit pas qu’il ne faut pas parler de la religion en public, elle ne dit pas que si quelqu’un devient ministre, il doit devenir athée. La loi de 1905 nous dit simplement que tu sois musulman, que tu sois protestant, que tu sois catholique, que tu sois tout ce que tu veux, tu as le droit, en tant que citoyen, de participer à la vie économique et sociale du pays sans que l’on regarde la couleur de ta religion.

Une fois que l’on revient à ce débat, les questions ne sont plus les mêmes. Oui, je peux être protestant et assumer mes fonctions politiques, je peux être catholique et assumer une fonction politique et ainsi de suite ; la conviction religieuse n’est pas gommée dès qu’on assume une fonction quelconque.

J’ai envie de dire, en tant que chrétien, que le temps est un outil précieux qui appartient à Dieu, qui le met à la disposition des hommes.

Du coup, nous avons besoin du temps et je dirais même à Madame la Ministre de l’Intérieur qu’elle a aussi besoin du temps pour que les grandes options qui ont été prises, y compris par le président de la République, puissent se traduire de manière à corriger « l’inculture religieuse » qui est la nôtre.

Il nous faudra du temps, et ce n’est peut être pas en une génération qu’on arrivera à corriger, il faut être réaliste. En effet la génération présente a été éduquée sur l’idée que c’était une valeur républicaine de ne pas parler de religion.

CAP LC : Que pensez-vous de la levée de boucliers des milieux dits laïques et du grand orient en particulier ?

Domique Kounkou : J’ai écouté les francs-maçons qui ont parlé de cette question. Quand je regarde l’histoire de la franc-maçonnerie, c’est quand même un pasteur qui est à l’origine de celle-ci . Donc il ne faudrait pas qu’ils oublient leur origine ; si franc maçon signifie devenir mécréant il y a un problème. La franc-maçonnerie ne peut pas nier l’existence de la religion ne serait ce qu’à cause de ses racines religieuses. Et de plus elle fonctionne comme une religion. Notre société a-t-elle besoin, oui ou non, d’une religion, ne serait-ce que pour nourrir nos valeurs, juste pour transmettre une valeur ajoutée à nos valeurs ? Même quand je regarde les rituels de franc-maçonnerie ils sont typiquement religieux.

CAP LC : Quelles seraient vos propositions pour l’avenir ?

Domique Kounkou : Ouvrir un débat pour notre société. Les sociologues savent que « nous nous nourrissons » de la société.

Mais que met-on dans cette société si elle est polluée ?

Pourquoi parle-t-on de « racaille » et de tout cela ?

Parce qu’il n’y a plus de valeur. Mais qui donc peut leur donner de la valeur ? Ce n’est pas seulement l’étude la Constitution, cela on le fera pour avoir des bonnes notes, pour avoir des valeurs morales intérieures. Pour donner de la valeur, on est obligé de revenir sur le religieux, dans sa forme la plus primordiale.

Je suis heureux de voir qu’en politique, on commence à lever le petit doigt pour dire : voilà je suis chrétien, je suis musulman, qu’importe, mais voilà j’ai une religion et elle au moins a le droit de cité dans ma vie de tous les jours.

C’est pour dire que rien n’est irréversible, je pense que là il y a un courant qui a été lancé, il y a une sorte de prise de conscience qui a été faite, une sorte de rendez-vous qui a été donné.

Maintenant, il faut que l’on ait le courage de construire ce monde dans lequel les valeurs religieuses retrouverons leur place, sans s’opposer à une institution ou un groupe. Il s’agit de notre société, examinons-là, j’ai envie de dire : faisons l’inventaire de notre société, de quoi a-t-elle besoin, de quoi se nourrit-elle ?

Maître Dominique Koukou


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