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CAP Liberté de Conscience - Liberté de religion - Liberté thérapeutique

Salut Jeannot

Par Christian Paturel

mars 2010

 

Jean FERRAT vient de nous quitter. Tous s’accordent, y compris ses nombreux censeurs qui ont tenté de nuire à sa carrière, à souligner les immenses qualités de cet « écrivain-parolier », « chanteur-interprète », « musicien-compositeur ». A travers ses nombreuses chansons, Jean FERRAT a toujours fait passer des messages puissants qui exprimaient un engagement sans faille, sans concession et qui étaient très souvent « décalés » par rapport au niveau de conscience de la société (« le poète a toujours raison »…).

Je reste un auditeur fidèle de ses compositions : « La Montagne », « Nuit et brouillard » (dans laquelle le nom de « Jéhovah » est prononcé), « La Paix sur Terre », « Nul ne guérit de son enfance », « Les Jeunes imbéciles », « Tu aurais pu vivre » (en souvenir de son épouse), « Bicentenaire »… Mais, là n’est pas mon propos.

Je voudrais relater une anecdote qui s’est déroulée en 1994. De 1989 à 1995, à l’époque où le service militaire était obligatoire, j’ai été amené à défendre la liberté de conscience de mes coreligionnaires devant les tribunaux correctionnels des affaires militaires. J’ai assuré la défense d’environ 3000 jeunes Témoins de Jéhovah. Quel rapport, me direz-vous, y-a-t-il entre cette expression de la liberté religieuse et Jean FERRAT dont l’athéisme était notoire ? Précisément !

En 1994, j’ai rencontré Jean FERRAT et lui ai fait part de ces combats judiciaires. Je lui ai expliqué que les jeunes Témoins de Jéhovah, qui refusaient le service civil, étaient condamnés à un an de prison ferme. Il m’a écouté poliment et m’a précisé que la religion n’était pas précisément un sujet qui… le passionnait. Il m’a néanmoins demandé de lui préparer un dossier et « qu’il verrait ». J’ai adressé cette documentation, et j’ai reçu huit jours plus tard la réponse suivante :

 

Par cet écrit, Jean FERRAT proposait d’apporter son soutien au dossier dit des « objecteurs de conscience » (au sens large du terme). Il mettait au service de cette cause son nom, sa notoriété, son tissu relationnel… Cette aide n’a pas été nécessaire. En effet, deux mois plus tard, à la suite d’un rapprochement avec l’Eglise chrétienne des Témoins de Jéhovah, le très libéral François Léotard, alors ministre de la Défense, aménageait par voie de circulaire le régime de l’objection de conscience permettant ainsi aux jeunes chrétiens de cette confession, qui constituaient le plus gros du contingent, d’adopter un service civil.

Jean FERRAT ne partageait nullement ces convictions religieuses et pourtant, se dégageant de tout préjugé, de tout dogmatisme, de tout intégrisme politique, il était prêt à s’engager une nouvelle fois dans un combat pour la Liberté. Il faisait sienne la citation de Voltaire :

« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites,
Mais je me battrai jusqu’à la mort
Pour que vous ayez le droit de le dire »

Jean FERRAT, dont le père juif avait été déporté et assassiné dans les camps de concentration nazis, s’est-il souvenu que les Témoins de Jéhovah avaient été les compagnons d’infortune de son père ? Je l’ignore. Si c’est le cas, ce « devoir de souvenir » est aussi à son honneur car nos responsables politiques semblent oublier le tribut payé par les Témoins de Jéhovah au cours de la deuxième guerre mondiale, oubli qui pourrait s’apparenter à une forme de révisionnisme…

Je tenais à ressortir de mon petit jardin secret cette anecdote qui m’a permis de découvrir, à côté du grand chanteur qu’était Jean FERRAT, un homme épris de liberté, prêt à aider son prochain, tolérant, athée mais respectueux des convictions religieuses d’autrui.

Au revoir « Jeannot ».

Christian Paturel
Ardéchois d’adoption, comme toi

 


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