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CAP Liberté de Conscience - Liberté de religion - Liberté thérapeutique

A la décourverte d'un auteur

Alain-Paul Fimbel
décembre 2011

 

 

Alain Paul Fimbel : Les prophetes d'aujourd'hui

Simples affaires d’homme

La scientologie, ça ne vaut rien. Elle est nocive à tous coups. Au bout de sa démarche, des dégâts, rien que des dégâts. Hubbard, le fondateur de la chose, a écrit beaucoup de bouquins. Trop disent les contempteurs. Et de s’arranger pour qu’ils soient absents des étagères des bibliothèques publiques.

Tenons-nous-en à l’un d’eux : scientologie, les fondements de la pensée. Le titre est emphatique, admettons-le. La valeur d’un ouvrage se mesure-t-elle à son titre ? Précisément, quels sont les critères d’excellence d’un livre ? A quoi reconnaît-on un vrai bon bouquin dans notre culture livresque pléthorique ? Ce ne sont pas les élites françaises actuelles, largement piégées par leur stérilité, qui nous proposeront des repères utiles. Essayons de le démontrer sur un exemple précis.

Dans les années 60, le livre en question, « les fondements de.. », traînait sur les rayons de la bibliothèque d’une prison américaine (le pénitencier d’Etat de l’Arizona). Un gars emprunte le livre. Un petit crevé qui mijote dans son cachot, joli exemple. Les besoins de ces types n’intéressent pas les âmes creuses qui jouent aux stars de la pensée correcte des deux côtés de l’Atlantique. William Benitez était délinquant et drogué depuis l’âge de treize ans. A ce moment-là il purgeait une quatrième peine de prison. Il en avait pris à nouveau pour dix ans. On ne nous dit pas pour quels méfaits et peu importe. Sérieusement accroc à quelque drogue dure comme beaucoup de ses compagnons de cellule, il ne savait plus à quel saint se vouer pour échapper à ce piège infernal. Ni à quel médecin. Dans sa situation il devait se contenter du toubib de la prison qui, normalement compétent, ne pouvait rien pour lui. Notre William derrière les barreaux sentait les journées se dérouler sur un rythme poisseux. Le scénario commencé devait le conduire à sa ruine mentale et physique immanquable. Au bout du chemin il y aurait la morgue de l’hôpital, sa température adéquate et son sac en plastique. Sur ces entrefaites il emprunte à la bibliothèque du pénitencier un bouquin écrit par Ron Hubbard.

« Scientologie, les fondements de la pensée » contient une analyse du réel présenté en termes ca-tégoriques. Hubbard prétend nous informer sur la manière de fonctionner de l’esprit humain. A en juger par son ton plein d’assurance, il a l’air de savoir de quoi il cause. Une personne en situation ordinaire ne trouvera peut-être rien de renversant là-dedans. Juste un discours brillant comme en sécrètent avec facilité les types qui turbinent du cerveau. Quand on n’a pas besoin d’une clef, la main se détourne. William, lui, vautré qu’il était sur sa paillasse, à demi pourri par la vie, était disponible pour s’ouvrir au contenu du livre qu’il avait dans les mains. Il le lit, le trouve convainquant, en applique le contenu à son cas personnel et se débarrasse de sa dépendance à la drogue grâce à la méthode proposée. Il a vécu cette sorte de fascination intellectuelle que nous procurent certaines lectures et ça l’a électrisé. Ça s’adressait à son esprit et son esprit à réagi. Bouquiner aux heures de repos a eu cet effet de le remettre d’aplomb. William s’est reconstruit une énergie existentielle toute neuve sur la sollicitation d’une brochure à la couverture cassée.

On ne soulignera jamais assez l’importance de certaines virées en bibliothèque dans la vie des gens. Dans les sphères officielles on préfère insister sur les enseignements diffusés par les institutions et sanctionnés par des diplômes. Et pour cause. Ce qu’on reçoit par une lecture hasardeuse recoupe le plan de l’autonomie, de la créativité personnelle, du support spirituel non contraignable de l’être. Et ceci inspire une véritable panique aux autorités, toutes instances et toutes époques confondues (la république ne fait rien à l’affaire).

William s’est rétabli sans l’aide aucune d’un professionnel de la santé. Il s’est guéri avec l’aide d’un pseudo-psychologue dont le travail est censuré en haut lieu. Hubbard est réputé un charlatan auprès des diplômés de la côte Est. Ceux-là ont fini leurs études et trouvé des jobs bien rémunérés. Ils ne voient pas l’utilité d’étudier autre chose que ce qu’ils ont dû ingurgiter au forceps dans leurs années studieuses. Ces gars-là, ils auraient appris à l’école le respect dû à quelque grand prédécesseur appelé Hub-bard, en deux syllabes, ils chanteraient les louanges de cet auteur officiel. Le doigt sur la couture du pantalon. Mais quand on est le contemporain de l’émergence d’un petit défricheur de la pensée non encore répertorié dans le paysage conventionnel de la culture d’appartenance, comment dégager les critères d’évaluation, de reconnaissance, d’identification ? Force est de le tenter pour son propre compte, sur la base de références trouvées au fond de soi. Pas moyen de s’appuyer sur l’immense réseau encore inexistant des commentateurs géniaux et autres carriéristes bien tarifés.

Prenons un exemple peu médité par les thuriféraires de la pensée moderne : la plupart des contemporains de Freud le traitait de charlatan. Et de pornographe étant donné son intérêt pour la sexualité. Notre homme étant juif, ils rajoutaient pour faire bonne mesure des qualificatifs que nous omettrons de décliner afin de de-meurer dans le registre de la propreté. Aujourd’hui, l’intelligentsia quasi unanime, prise d’un enthousiasme imposé sur les bancs de la fac, multiplie les ouvrages de glose sur son œuvre. Les linéaires de librairie en sont envahis comme le lit des rivières par les algues. Chacun pond un livre de convention apte à nuancer la pensée du génial prédécesseur. On traque le moindre scribouillage du penseur - lettres, notes en bas de pages, trois mots laissés à la bonne -, afin de cerner quelque considération essentielle encore non entrevue. Les maisons d’édition se délectent de cet engouement de commande. Il en a été de même dans un autre contexte en Union soviétique ainsi que dans les milieux dits progressistes des nations occidentales à une époque où il allait de soi de discourir à l’infini sur le moindre alinéa marxiste, léniniste, maoïste, castriste... Et cette logorrhée, dont on crut ne jamais voir la fin - on est nombreux à avoir cédé à cette mode à un moment ou à un autre de notre jeunesse coupable - ne fut pas précisément une illustration d’indépendance ou de courage. Juste du bon gros grégarisme dans le registre de l’intellectualisme. A d’autres périodes, le phénomène s’est produit en faveur d’Aristote et de Jésus-Christ, de Confucius et de Bouddha, de bien d’autres qui le méritaient moins. Les mêmes causes engendrent les mêmes effets. Toujours le même rejet haineux, au début, suivi du même engouement généralisé, bardé d’autorité.

Ce délinquant de William, lui, ne connaissait les universités que pour être passé devant, à l’occasion, en déambulant mains aux poches dans l’univers urbain. Il ne savait pas ce qu’on doit à x ou y, successivement. Tout ce qu’il savait, c’était qu’il s’était trouvé dans une mauvaise passe, qu’il avait pensé ne pas s’en sortir et que, grâce à un petit livre bouquiné par hasard, il bénéficiait d’une deuxième chance. Il entrevoyait une fraîche embellie. A la suite du rétablissement spectaculaire qu’il doit aux analyses enlevées de fondements, William cherche à lire d’autres ouvrages de l’auteur inconnu. Il veut approfondir. Etant du genre communicatif, il songe en plus à partager son expérience avec les potes de cellule.

Oh le petit prosélyte. Après avoir ingurgité les divagations hubbardiennes, il s’apprête à les disséminer dans son entourage.

Autour de William il y avait plein de gars accrocs à la drogue, ça faisait déjà partie de la culture de la prison dans les années 60 ou 70. Il leur fait lire le bouquin. Le contenu de l’ouvrage apparaît moins évident aux cama-rades de chiourme. Alors il entreprend de leur expliquer ce qu’il en a compris. Il leur mâche les exercices. Professeur malgré lui - de quoi se mêle-t-il, je vous demande un peu ! -, il essaie de théoriser le mécanisme qui lui a permis de redresser la barre sur le plan personnel. J’aime bien ces gars qui comprennent des choses vitales au cœur de situations impossibles et j’aime moins ceux qui se prélassent dans les concepts comme des truites dodues dans l’eau fraîche, faute d’être requis par la vie. William a vécu quelque chose de l’ordre de la régénération, ça donne de la conviction. On ne doute pas du miracle quand il se produit sur soi. Les indifférents peuvent clabauder à leur aise sur la touche.

Il y a un politologue lyonnais, nommé Ariès, qui a surfé éditorialement sur la vague anti-scientologue prévalant en France et prétendu démontrer l’essentielle inhumanité de la scientologie. Point de vue de professeur choyé par les autorités à cause de son engagement contre les spiritualités détestées, mais seulement farci de lectures, et de lectures jamais réellement comprises ni surtout appliquées.

Il y a un juriste pénaliste nommé Palisson qui a consacré sa thèse de doctorat à la scientologie. Il en a tiré également un livre grand public. Fantastique travail d’analyse coercitive qui fait penser à quelque gros ouvrage rédigé sous Louis XIV par quelque procureur de sa majesté alignant les moyens de droit mis à disposition pour ruiner en toute légalité les efforts de la secte protestante. Travail impeccable dont le seul reproche qu’on lui fera est de relever d’une logique affolante d’inhumanité.

Pour William, le résultat est tangible, le ressenti bienheureux. Comment douter de ce qui se produit ? Comment négliger le profit concret qui vous restitue le bonheur d’exister ? Le médecin de la prison, dont l’art s’arrête à soigner les bronchites – et ce n’est déjà pas si mal étant donné l’insalubrité des lieux - a constaté la belle humeur de William. Ne se shoote plus, le gars, on dirait. De n’y être pour rien ne l’empêchera pas de continuer à toucher son salaire. Au moins n’aura-t-il pas l’indélicatesse d’essayer de bloquer ce qui le dépasse comme plein de ses collègues français qui font de la peine à Hippocrate chaque fois qu’ils prennent une initiative. L’affaire remonte à la direction de la prison. Un gars communicatif qui ne se drogue plus et qui positive sans passer par l’islam revendicatif, c’est nouveau dans l’établissement. D’habitude, les nouvelles qui émergent des bas-fonds sentent la sueur, la rancoeur, le malheur. Là, c’est parfum violette. Sympa !

Le dirlo se renseigne sur ce qui se passe. N’étant pas lui non plus spécialement en cheville avec la mouvance anti-sectaire de la nation, il ne songe pas - ce pourrait être un réflexe de quelque responsable de prison dans la France d’aujourd’hui, oh honte sur nous ! - à interdire la lecture des brûlots hubbardiens en les retirant des rayons de la bibliothèque ou en les faisant saisir dans la cellule de l’intéressé. Non, il laisse faire. Mieux, étant donné cette sorte de charisme de camarade que dégage William, il accepte de lui donner les moyens de tester en grand la méthode supposée faire florès. Il autorise la création d’un groupe pilote dans le pénitencier.

Pouah ! collaborer avec le pouvoir carcéral. Un héros de roman noir qui crève d’une overdose, ça, ça me botte. Ça sent bon le mauvais tabac qui empuantit l’atmosphère des polars américains. Bon comme le goût du malheur chez les autres, goûté au chaud dans son fauteuil domestique. Mais cette sorte de paillasson qui se réhabilite sous la férule des matons, repouah ! Au fait, il n’était pas de droite, ce Hubbard-là ?

Le groupe pilote se révèle tout de suite un franc succès - au moins dans le genre baisse de la tension carcérale -, de sorte que l’initiative est élargie à l’ensemble du pénitencier. Le résultat des efforts de William, ce sera juste une petite amélioration des conditions générales d’existence dans ce coin maudit du paradis américain. Ça n’aura à peu près rien coûté au budget public et ça n’aura rien rapporté à la secte. Et toc.

Voire ! Entre-temps William a écrit à Ron Hubbard, qui lui a répondu normalement et qui l’incite à élargir son action. L’anti-sectaire de service : « je m’en doutais, le gourou a tout de même réussi à se dégoter de nouveaux clients avec son charabia bon pour les aliénés, les drogués et les pau-més ». Le pro-secte de service: « Hubbard a constaté une fois de plus les possibilités de rétablissement que contiennent ses ouvrages. Il aimait vraiment que les gens en difficulté s’en sortent. Il aimait bien les gens, notre Hubbard ». Et ça, c’est un beau critère pour évaluer l’importance de ses écrits et la faiblesse abyssale de certains autres, par comparaison.

Plus tard William sortira de prison. A dû bénéficier d’une remise de peine, le petit collabo... Il rencontrera les scientologues. L’histoire ne dit pas s’il est devenu scientologue lui-même. Par fidélité, reconnaissance pour ce que ça lui a apporté, intérêt doctrinal, je ne sais pas moi. Si, en fait, l’histoire laisse entendre que Benitez est devenu scientologue. Mais devenir scientologue, ça veut dire quoi ? On n’est pas dans le registre des engagements plus ou moins abstraits, plus ou moins distingués. William a eu un vécu totalement aléatoire. Il a testé une méthode de pensée qui permet à un individu abîmé de se réhabiliter. De retrouver la pêche. Qui se permettra de porter un jugement sur les conséquences que le principal intéressé en tire quant à sa propre vie, sinon ces maudits anti-sectaires qui aiment bien une certaine mécanicité des choses les enjoignant de dénoncer ceux qui s’engagent dans des scénarios non répertoriés par les experts.

Pages 121 à 127 de « prophètes d’aujourd’hui » alain paul fimbel merry world Lyon 2011

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